Macbeth … exsangue et atone !

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Très attendue dans la saison théâtrale parisienne et aussi très bien vendue par une visuel plus qu’alléchant … on parle aujourd’hui de la création de Macbeth par Stéphane Braunschweig à l’Odéon Theâtre de l’Europe. S’attaquer à ce monument doit être impressionnant quand on est metteur en scène, en raison de tout l’inconscient collectif qui tourne autour de la pièce, en raison de tous les angles d’attaque possibles liés à la complexité des personnages de cette sanglante course au pouvoir, en raison des contraintes liées au texte peuplé de sorcières, fantômes, spectres et autre forêt mouvante. Hélas, si le défi scénographique est ici réussi, la production s’avère au final plus décevante qu’un pétard mouillé un 14 juillet pluvieux en Picardie. Ca vend du rêve non ?

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Mârouf, savetier du Caire … c’était l’Orient d’avant

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Mârouf, opéra en 5 actes de Henri Rabaud, a fait après sa création  à l’Opéra Comique (1913)  le tour du monde nous apprend le programme de salle riche en anecdotes passionnantes ; il a même égayé la scène du Grand Théâtre de la ville lors de 14 séries entre 1920 et 1979 … avouer l’ignorance même de cette oeuvre vous renvoie donc au rang de néophyte voire d’inculte à en juger par la popularité annoncée de l’oeuvre … avouons le au risque d’être ridicule : nous n’en avions jamais entendu parler ! A notre décharge, le silence radio qui a suivi cet extraordinaire engouement dès les années 80, où nous n’avions encore même pas idée d’une possibilité d’extase lyrique, peut expliquer cela … et faire craindre aussi que si « disparition » il y a eu, raison valable il y eût surement aussi ! Malgré la bonne tenue de la production, cette raison valable semble être que cette partition sonne étrangement d’une autre époque et parait avoir un peu (mal) vieilli. Des voix superbes et des costumes bariolés aident à faire passer la pilule d’une ligne de chant loin d’être inoubliable et d’une intrigue bien peu pimentée.  Lire la suite « Mârouf, savetier du Caire … c’était l’Orient d’avant »

Un Ballo in Maschera … noir gustavien !

 

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Le style gustavien a beau être marqué par des couleurs claires, des tons neutres et apaisants, c’est pourtant dans une ambiance sombre pour ne pas dire d’un noir profond que nous plonge la production parisienne du Bal Masqué de Verdi pour évoquer une intrigue basée sur l’assassinat du roi Gustave III de Suède lors d’une soirée déguisée. Radicalement épurée, cette mise en scène de Gilbert Deflo, portée par un cast globalement convaincant, va à l’essentiel du drame et dessine au scalpel les enjeux de chaque personnage. Esthétique, claire et sans détours, cette reprise (2007) ne révolutionne pas l’oeuvre mais a l’avantage d’en souligner la construction parfaite et la dramaturgie efficace sans se détourner inutilement de cet objectif : l’assurance d’une soirée réussie.

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La Tempête … de l’abstraction nait la clarté

La Tempete - Shakespeare - Carsen - Comedie-Francaise - Salle Richelieu

Cette Tempête est, parmi les propositions très alléchantes d’une belle saison, l’un des spectacles très attendus de la Comédie Française avec l’entrée dans la légendaire maison de Robert Carsen, metteur en scène reconnu (et adoré) à l’opéra mais encore peu familier du monde du théâtre. Son adaptation de l’une des pièces de Shakespeare les plus étranges a pour effet de dérouter le spectateur (et les acteurs !) en le(s) sortant du format attendu, et de déranger la critique mais brille surtout par sa cohérence et l’éclairage bénéfique qu’elle apporte au texte. Le spectateur captivé suit cette histoire avec une concentration étonnante et la troupe bien que parfois bridée dans son jeu montre une nouvelle fois la force de ses comédiens. Lire la suite « La Tempête … de l’abstraction nait la clarté »

Ailey II … transpirer n’est pas exprimer

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Lancée en 1974 sous le nom de Alvin Ailey Repertory Ensemble, Ailey II est le vivier du Alvin Ailey American Dance Theater regroupant une douzaine de jeunes danseurs sous la houlette de Troy Powell. Sa venue en France est l’occasion de se replonger dans la danse américaine à laquelle nous a désormais bien habitué la programmation contemporaine française. Le constat est que l’on retombe bien vide dans des moules semblant pré-formatés même si l’enthousiasme de la troupe essaie avec plus ou moins de bonheur de montrer toute sa bonne volonté et son talent. Lire la suite « Ailey II … transpirer n’est pas exprimer »

Jephtha … le retour sur terre de Claus Guth

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Chat échaudé craint l’eau froide … et spectateur satellisé craint le retour de Claus Guth à la mise en scène après sa mise en orbite de Puccini ! aussi allions nous sur la pointe des pieds voir le pourtant très attendu Jephtha, un des ultimes oratorios de G F Handel ; très attendu car rare : imaginez que cela faisait 59 ans que l’oeuvre n’avait pas été donnée sur la scène de l‘Opéra de Paris, autant dire que c’est l’opéra qu’on ne voit qu’une fois dans sa vie … il fallait donc y être même avec la crainte d’assister une nouvelle fois à un sabotage en bonne et due forme. Et bien non !! à croire que le sujet n’a que modestement inspiré le metteur en scène allemand qui est resté sage et assez peu loquace face à ce récit biblique. Et il faut bien l’avouer, des fois, le manque d’idée fait du bien et permet de voir et ressentir l’oeuvre d’un compositeur pour ce qu’elle est et pas pour ce qu’on voudrait qu’elle soit. Une regain de justice en quelque sorte…
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Après la pluie … huis clos fumant

APRES LA PLUIE - Belbel - Baur - Theatre du Vieux-Colombier - Comedie-Francaise

Ecrite en 1993 par Sergi Belbel, Après la pluie est proposée de manière assez surprenante par la Comédie Française que l’on n’attend pas forcement dans ce registre mais qui (j’allais dire « une fois encore ») affirme ses infinies ressources et son adaptabilité à de nouveaux terrains. Huis clos en plein air, ce qui est déjà un petit exploit, cette pièce pourrait paraitre déjà has been et cliché (ce qui était un futur post-moderne dans les années 90 est presque une réalité), pourrait aussi passer à côté d’une actuelle sensibilité française décalée par rapport à la mouvance espagnole de l’époque (on flirte avec les plus déjantés des Almodovar) mais l’habile mise en scène de Lilo Baur et un plateau de comédiens sans cesse capables de surprendre et d’éblouir par leur maitrise de l’art théâtral réussissent à faire prendre une sauce qui tient en haleine sur l’heure 45 de spectacle. Lire la suite « Après la pluie … huis clos fumant »