Festen … lente et amère digestion

festen-photo-simon-gosselin-1030x579

Après le succès de Nobody, Cyril Teste retrouve les principes du « dogme » de Thomas Vinterberg et de plus près encore puisqu’il s’attaque directement à la mise en scène théâtrale de Festen, que le réalisateur danois avait présenté en 1998 au cinéma. Le challenge est de représenter une pièce de théâtre en la filmant pour en restituer en même temps sur écran géant une version captée caméra au poing et montée en direct, poussant ainsi à l’extrême le rôle intrusif de la vidéo dans la mise en scène. Cette prouesse technique et artistique, renforce la curieuse impression d’absence de drame dans ce qui se joue sous nos yeux de spectateur doublement voyeur, alors que pourtant, ce diner auquel nous assistons devrait être une terrifiante onde de choc … autant dire que le repas reste sur l’estomac, la subtilité de son assaisonnement ne se révélant qu’après une longue digestion.  Lire la suite « Festen … lente et amère digestion »

Publicités

Un break à Mozart 1.1 … laisse donc Mozart tranquille

bam1.1lr2-2

Kader Attou avait eu l’an passé l’idée de confronter, et le mot est volontairement choisi car à aucun vrai moment on ne trouvera de fusion ni même de cohabitation naturelle, Mozart et le hip-hop. Enrôlant des musiciens de l’orchestre des Champs Elysées, piochant dans quelques pages du Don Giovanni, du Requiem (rien que çà) et de trois ou quatre sérénades pour cordes d’un Wolfie décidément mangeable à toutes les sauces, et s’entourant d’une bande de solides gaillards, Un break à Mozart 1.1 ne donne pas envie à l’issue d’un second visionnage de voir la mise à jour 1.2 s’il devait y en avoir une. Présenté l’an dernier au festival Cadences, ce ballet, heureusement de format court, n’avait séduit que par de trop rares moments d’abandon des corps virils et agressifs … à y revoir et passé l’effet de surprise de ce bizarre assemblage, la pièce ne décolle pas et devient aussi longue qu’une messe à Rome.

Lire la suite « Un break à Mozart 1.1 … laisse donc Mozart tranquille »

Don Carlos … second cast mais pas de seconde main

sl3aj04pxqcufun0uodf

La présentation d’une nouvelle production de Don Carlos de Verdi par l’Opéra National de Paris, dans sa version française et quasi intégrale (il ne manque que la musique de ballet) soit une soirée de plus de 4H45, était un des évènements très attendu de la saison 2017/2018…et pour étrenner ce nouveau spectacle la grande boutique avait prévu deux casts : le premier qui a fait saliver toute la lyricosphère avec plus de stars au mètre carré que sur un tapis à Cannes un soir de palme et un second qui avait déjà un énorme mérite de se présenter en milieu de série pour reprendre le flambeau. La mise en scène de Krzysztof Warlikowski était elle aussi très attendue au tournant par bon nombre de détracteurs qui avaient bêtement commencé par cracher dans la soupe dès l’annonce de la saison il y a plus de 6 mois … Et bien, tout a tenu ses promesses à commencer par le plateau vocal qui a rivalisé crânement avec les Kaufmann, Yoncheva et GarančaLire la suite « Don Carlos … second cast mais pas de seconde main »

Récital Juan Diego Florez … caramba !!

florez

Rossinien incontournable, c’est avec un album Mozart que le ténor péruvien nous revient cet automne. Il s’arrête au Théatre des Champs Elysées pour un récital mémorable du cycle Grandes Voies. Au ton décontracté mais hyper professionnel, plein d’humour et de générosité, ce récital a permis de parcourir quelques pages de ce nouvel opus mais aussi d’explorer des registres bien éloignés des roucoulades qui ont fait  succès de Juan Diego Florez et de prouver une nouvelle fois que son talent dépasse l’entendement !  Lire la suite « Récital Juan Diego Florez … caramba !! »

Balanchine, Teshigawara, Bausch …victoire du printemps par KO !

22730078_727890987399727_3400504060719153251_n

Objectivement, cette soirée de ballet n’inspirait déjà sur le papier qu’un intérêt concentré sur la reprise du Sacre du Printemps de Pina Bausch qui semblait à lui seul pouvoir faire avaler la pilule de Agon, Nième Georges Balanchine, chorégraphe qui semble aussi indispensable à une soirée de ballet de l’Opéra de Paris qu’un suppo glycériné à la vieille dame constipée et de Grand Miroir, la création conceptuelle de Saburō Teshigawara sur un poème de Baudelaire. Le pressentiment est confirmé sur scène  ;  nous allons voir comment et pourquoi … au risque de se faire excommunier pour blasphème envers le dieu Georges Balanchine tout d’abord et de se voir taxé de rétrograde ensuite pour n’avoir pas su apprécié la modernité du japonais. Mais en Vicomte noble et droit dans ses bottes, le propos défendu ici sera malgré tout totalement assumé  Lire la suite « Balanchine, Teshigawara, Bausch …victoire du printemps par KO ! »

Il Pirata … on n’affronte pas le cap Horn en chaloupe !

BELLINI-vincenzo-concours-582-homepage

Programmer Il Pirata dans une saison lyrique aussi courte soit-elle est toujours un acte louable. Bellini  y a écrit des pages magnifiques et si certaines maisons d’opéra programment des oeuvres et des compositeurs « méconnus » dans un but pédagogique,  inclure ce bon Vincenzo dans une saison n’est que rendre justice à l’un des piliers de l’histoire de l’Opéra. Compositeur majeur de l’opéra italien, il a su mettre en place une petite révolution qui passe aujourd’hui inaperçue dans le flot bel cantiste mais qui à l’époque a du en choquer plus d’un. Choisissant de rendre plus « vrai » le style de Rossini dont il garde certaines lignes et ornements, il demande à ses interprètes de ressentir ce qu’ils chantent et de ne plus se contenter des roucoulades que le public attend d’eux. Il modifie pour cela en profondeur la ligne mélodique qui sous tend le chant en de longues phrases liées et ondulantes, rendues bouleversantes par les sonorités émouvantes des bois très sollicités dans ses partitions. Cette évolution stylistique conduira à l’explosion du plus médiatique Verdi … excusez du peu.  Lire la suite « Il Pirata … on n’affronte pas le cap Horn en chaloupe ! »

Haute surveillance …sublimes voyous

Jérémy-Lopez-Sébastien-Pouderoux-Pierre-Louis-Calixte-et-Christophe-Montenez.-©-Vincent-Pontet-765x510

L’oeuvre de Jean Genet est subversive, peuplée de voyous fascinants, portés aux portes de dérangeants paradis érotiques par la sacralisation de leurs méfaits et la transformation du cachot en un sanctuaire proche d’un lupanar pompéien. Cédric Gourmelon, spécialiste du genre, s’empare de Haute Surveillance, courte pièce incandescente dont la première version date de 1942 (l’auteur était alors à la maison d’arrêt de Fresnes) et remaniée jusqu’en 1985. L’oeuvre n’est pas facile mais le Studio du Carousel du Louvre offre le cadre idéal pour ce huis clos sous tension et la distribution proposée par la Comédie Française est alléchante … rendez vous directement en prison, ne passez pas par la case départ et oubliez vos 20.000 francs !

Lire la suite « Haute surveillance …sublimes voyous »