Le Testament de Marie … pour en finir avec la Vierge « javellisée »

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Voila enfin une injustice misogyne réparée !  car si Marie, (oui la « mother » de Jésus), occupe une place de choix dans le paradis des croyants, ses paroles, le récit de ses actions, un bref témoignage même anecdotique de sa présence en dehors des épisodes de la Crèche et du Golgotha sont bien absents des Evangiles. Comme si un « sois sainte et tais toi » avait décidé qu’être la mère du Christ (et au delà être mère tout court) était suffisamment gratifiant et autorisait, par décision  ecclésiastique que tout sentiment humain soit extirpé du coeur de la Madonne pour qu’un avatar aseptisé et javellisé, porteur d’une humanité et d’un don de soi allant jusqu’à l’abnégation la représente pour les siècles et les siècles . Colm Tóibín y remédie de manière magistrale en un long monologue que déverse la pauvre Marie, anéantie par le désastre de sa vie et vivant recluse à Ephèse après la crucifixion de son fils. Le Théâtre de l’Odéon présente cette magnifique pièce interprétée par la miraculeuse Dominique Blanc et amène en douceur, sans blasphème provocateur à une subtile reconsidération du personnage et à travers lui de l’histoire du monde d’hier et d’aujourd’hui, ou de manière plus directe rend un hommage aux mères et au déchirement intérieur de voir partir (de manière plus ou moins radicale, et le mot est ici volontairement choisi) leur fils.  Lire la suite « Le Testament de Marie … pour en finir avec la Vierge « javellisée » »

LUCRECE BORGIA …ou l’impossible rédemption

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La Comédie Française reprend ce printemps Lucrèce Borgia qui avait fait salle comble durant plusieurs saisons en partie grâce à la présence de Guillaume Gallienne dans le rôle titre. Pour cette reprise Eric Ruf propose une nouvelle distribution (elle aussi prometteuse) rendant aux deux rôles principaux (Lucrèce et Gennaro) des acteurs du sexe de leur personnage. En effet à la création Guillaume Gallienne irradiait et donnait une patte vraiment particulière à Lucrèce tandis que Suliane Brahim prêtait ses traits fins à la jeunesse du gentilhomme Gennaro. Voir Elsa Lepoivre, au caractère si trempé dans les Damnés, dans le rôle de la plus redoutable veuve noire de la Renaissance imposait de refaire un détour par cette belle tragédie de Victor Hugo.  Lire la suite « LUCRECE BORGIA …ou l’impossible rédemption »

Bajazet … dans un sérail glacial

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En montant Bajazet de Racine pour remplacer la Cruche cassée annulée dans la salle du vieux Colombier, Eric Ruf s’attaque à une tragédie mal aimée du maitre et me fait pourtant un énorme plaisir … car si Bajazet est souvent méprisé (il n’y a qu’à voir depuis quand la pièce était absente de la scène de la Comédie Française) il n’en demeure pas moins sublime à mes yeux. Tout le génie racinien y est porté à son paroxysme, plus bestial que dans Phèdre en effet, moins élégant certes que dans Bérénice, n’atteignant pas leur sublime mais intriquant magnifiquement les ressorts tragiques de ces deux chefs d’oeuvre : la passion amoureuse et le pouvoir.   Lire la suite « Bajazet … dans un sérail glacial »

La résistible ascension d’Arturo Ui…ou comment l’histoire n’est que recommencement

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En pleine période électorale c’est une saison engagée que présente Eric Ruf à la Comédie française ; après la claque donnée en début de saison avec les Damnés (d’ailleurs maintes fois nommée aux prochains Molière), la Résistible Ascension d’Arturo Ui de Bertold Brecht continue, surement plus que les stériles débats télévisés, d’interroger le spectateur sur le pouvoir, comment y accéder et comment en (ab)user. A la lecture, la pièce, truffée de personnages et de rebondissements assez déstabilisants a de quoi rebuter ; la mise en scène proposée par Katharina Talbach bien au contraire dégage avec une limpidité déconcertante et décortique non sans humour les froids mécanismes alliant magouille et populisme qui permettent d’accéder au sommet et dissèque comment Arturo Ui, gangster en perte de vitesse finit par imposer sa mafia sur le commerce du chou fleur à l’ensemble des Etats Unis (!!). Présenté comme cela, il y a de quoi trouver cela loufoque vous en conviendrez … le parallèle voulu par Brecht avec l’arrivée d’Hitler à la tête du Reich n’en est que plus glaçant.  Lire la suite « La résistible ascension d’Arturo Ui…ou comment l’histoire n’est que recommencement »

Comme une pierre qui … roule bien au delà d’une simple reconstitution

hd1516_commeunepierreQuelle plus belle rencontre avec Bob Dylan peut on rêver que de revivre l’enregistrement de son mythique « Like a rolling stone » ? … je suis sur que cette phrase sortant de la bouche d’un Vicomte à la culture musicale plutôt classique surprendra les habitués et pourtant …   Lire la suite « Comme une pierre qui … roule bien au delà d’une simple reconstitution »

Le Cid … toute l’Espagne l’admire

« le Cid » © Guy Delahaye

Aller voir le Cid c’est d’abord accepter de se réciter les innombrables tirades archi connues car archi étudiées au collège ; vous n’y couperez pas ! mais c’est aussi (et surtout) se rendre compte de la puissance de ce « o rage, o désespoir » quand il est placé dans son contexte, quand il est déclamé par un homme meurtri dans son honneur et accablé par le poids des ans. Car à travers cette histoire d’honneur c’est surtout du passage à l’âge adulte dont il est question dans cette pièce. Yves Beaunesne a bien compris l’idée de force et d’énergie caractéristiques de cette transition dans une mise en scène dynamique et respectueuse, ne cherchant pas à « faire moderne » pour révolutionner l’approche d’un texte indéniablement marqué par son vocabulaire parfois vieillot et d’une action souvent invraisemblable,  mais arrivant avec succès à montrer toute la modernité des enjeux de cette histoire d’amour et de famille.  Lire la suite « Le Cid … toute l’Espagne l’admire »

Le Misanthrope … la version rêvée

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Il est dans un parcours littéraire des oeuvres dans lesquelles on revient sans cesse.  Avec certaines tragédies de Racine (Bérénice, Phèdre, Bajazet) et les sublimes Liaisons Dangereuses de Laclos, le Misanthrope de Molière est de ce genre de chefs d’oeuvre… A les explorer sans cesse, retrouvant à chaque fois l’émotion de la première lecture et découvrant en même temps de nouvelles subtilités, de nouvelles harmonies dans le style et de nouveaux échos, on se fait peu à peu sa propre idée de la chose, on s’approprie la psychologie des personnages, on se persuade de la géographie du monde où se passe l’action … bien difficile après cela pour un metteur en scène de vous convaincre, voir de ne pas vous heurter quand il vous flanque sous le nez SA vision des choses … avec son Misanthrope, Clément Hervieu Léger m’avait en 2014, totalement emporté après la débâcle de la version de JM Sivadier à l’Odéon l’année précédente. Revue en 2015, après la déception de celle exubérante de Michel Fau, il me fallait encore revoir cette production idéale … par bonheur, la revoilà ! Lire la suite « Le Misanthrope … la version rêvée »