Festen … lente et amère digestion

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Après le succès de Nobody, Cyril Teste retrouve les principes du « dogme » de Thomas Vinterberg et de plus près encore puisqu’il s’attaque directement à la mise en scène théâtrale de Festen, que le réalisateur danois avait présenté en 1998 au cinéma. Le challenge est de représenter une pièce de théâtre en la filmant pour en restituer en même temps sur écran géant une version captée caméra au poing et montée en direct, poussant ainsi à l’extrême le rôle intrusif de la vidéo dans la mise en scène. Cette prouesse technique et artistique, renforce la curieuse impression d’absence de drame dans ce qui se joue sous nos yeux de spectateur doublement voyeur, alors que pourtant, ce diner auquel nous assistons devrait être une terrifiante onde de choc … autant dire que le repas reste sur l’estomac, la subtilité de son assaisonnement ne se révélant qu’après une longue digestion.  Lire la suite « Festen … lente et amère digestion »

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Haute surveillance …sublimes voyous

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L’oeuvre de Jean Genet est subversive, peuplée de voyous fascinants, portés aux portes de dérangeants paradis érotiques par la sacralisation de leurs méfaits et la transformation du cachot en un sanctuaire proche d’un lupanar pompéien. Cédric Gourmelon, spécialiste du genre, s’empare de Haute Surveillance, courte pièce incandescente dont la première version date de 1942 (l’auteur était alors à la maison d’arrêt de Fresnes) et remaniée jusqu’en 1985. L’oeuvre n’est pas facile mais le Studio du Carousel du Louvre offre le cadre idéal pour ce huis clos sous tension et la distribution proposée par la Comédie Française est alléchante … rendez vous directement en prison, ne passez pas par la case départ et oubliez vos 20.000 francs !

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Les Fourberies de Scapin … de main de maître

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Bien sur vous les avez lues en 5ème, bien sur vous aviez trouvé çà un peu tarte, bien sur vous vous souvenez des répliques cultes que vous ânonniez en cours de français, bien sur vous trouvez bizarre d’aller voir ce genre de pièce en dehors de toute obligation scolaire, mais je vous le dis … bien sur vous allez courir voir cette nouvelle production de la Comédie Française (enfin lors de la prochaine reprise ou au cinéma car je crois que tout est complet depuis septembre et jusqu’en février) et elle vous fera revoir tout vos a priori sur le théâtre classique et celui de Molière en particulier. La Comédie Française rend avec cette nouvelle mise en scène signée Denis Podalydès le plus bel hommage que l’on puisse faire à la drôlerie mais aussi à la profondeur subtile de ce texte révélant çà et là quelques facettes intimes de son génial auteur.

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Les Damnés (reprise) … le même choc !

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La reprise des Damnés, spectacle monté pour la troupe de la Comédie Française par Ivo Van Hove sur la base du film de Visconti, retrouve les planches de la salle Richelieu en ce début de saison. Et il ne fut jamais question d’hésitation quand il fallut au Vicomte pointer les spectacles à mettre dans son panier d’abonné … retourner voir cette production qui vous balance le plus gros coup de poing que vous ayez jamais pu recevoir dans la gueule était certes un acte de masochisme émotionnel mais une nécessité comme déjà celle qui l’avait conduit à revoir une seconde fois la pièce l’an dernier après avoir pourtant fini au premier round scotché sur son fauteuil, hagard, sonné, réalisant à peine que les autres spectateurs applaudissaient voire commençaient en bon parisiens pressés à déserter le théâtre sitôt le rideau tombé et surtout juré que ce spectacle était d’une telle violence qu’il était hors de question de le revoir et d’en subir à nouveau la claque. Cette claque se reproduirait elle d’ailleurs une fois les coutures de la pièce transformées en fil blanc …? Sans détour la réponse est OUI ! et la claque fut peut être plus violente encore  Lire la suite « Les Damnés (reprise) … le même choc ! »

Un café avec … Eric Ruf

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A quelques volées de marches empourprées du sol des mortels, parcours ponctué d’illustres portraits, se trouve, semblant flotter dans les branches des platanes de la place Colette, une sorte de Wallalah … c’est dans son bureau, en toute décontraction et avec une aptitude déconcertante à vous mettre l’aise de son ton posé et bienveillant, que je retrouve Eric Ruf, administrateur général de la Comédie Française (entre autres activités dont il ne sera malheureusement pas directement question ici). Nommé à ce poste en 2014, il connait la maison comme sa poche et va nous expliquer son rôle de capitaine à la tête de cet immense vaisseau.  Lire la suite « Un café avec … Eric Ruf »

Hippolyte … la revanche sur Phèdre

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@ Caroline Frachet

Parti pour traduire la Phèdre de Sénèque, Robert Garnier l’enrichit des questionnements de son époque (1573) sur le rapport entre le corps et l’âme, la Nature et la Religion, les pulsions et la morale … il livre un texte méconnu, parfois archaïque mais souvent ponctué de fulgurances d’une modernité étonnante, …en tout cas sublime. Partie pour présenter une pièce qui servirait de fil conducteur à l’année passée à la Comédie Française par de jeunes acteurs (trices) et metteuses en scène/Scénographe, l’Académie encadrée par Didier Sandre, sociétaire de la maison depuis 2013, livre un pur bijou de théâtre et un condensé (de deux heures quand même !) d’émotion. Il n’y eu que trois représentations au Studio Théâtre de la CF mais on espère que cette magnifique production , que le format minimaliste permet de faire voyager simplement, aura une autre vie après la fin de l’année de la promotion 2016-2017 de l’Académie. Lire la suite « Hippolyte … la revanche sur Phèdre »

Le Testament de Marie … pour en finir avec la Vierge « javellisée »

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Voila enfin une injustice misogyne réparée !  car si Marie, (oui la « mother » de Jésus), occupe une place de choix dans le paradis des croyants, ses paroles, le récit de ses actions, un bref témoignage même anecdotique de sa présence en dehors des épisodes de la Crèche et du Golgotha sont bien absents des Evangiles. Comme si un « sois sainte et tais toi » avait décidé qu’être la mère du Christ (et au delà être mère tout court) était suffisamment gratifiant et autorisait, par décision  ecclésiastique que tout sentiment humain soit extirpé du coeur de la Madonne pour qu’un avatar aseptisé et javellisé, porteur d’une humanité et d’un don de soi allant jusqu’à l’abnégation la représente pour les siècles et les siècles . Colm Tóibín y remédie de manière magistrale en un long monologue que déverse la pauvre Marie, anéantie par le désastre de sa vie et vivant recluse à Ephèse après la crucifixion de son fils. Le Théâtre de l’Odéon présente cette magnifique pièce interprétée par la miraculeuse Dominique Blanc et amène en douceur, sans blasphème provocateur à une subtile reconsidération du personnage et à travers lui de l’histoire du monde d’hier et d’aujourd’hui, ou de manière plus directe rend un hommage aux mères et au déchirement intérieur de voir partir (de manière plus ou moins radicale, et le mot est ici volontairement choisi) leur fils.  Lire la suite « Le Testament de Marie … pour en finir avec la Vierge « javellisée » »