The Turn of Screw : point d’orgue d’une ennuyeuse saison

 

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Coup de théâtre …

Qui aurait cru que la musique de Benjamin Britten et Mireille Delunsch seraient mon coup de coeur de la saison lyrique de l’Opéra de Bordeaux qui s’achève ces prochains jours ? L’un parce qu’il n’est absolument pas le prototype d’une musique agréable à mes oreilles, l’autre parce que je n’ai jamais eu de passion pour cette soprano au répertoire couvrant presque l’intégralité des styles de l’histoire de l’opéra (du baroque à cette oeuvre des années 50), fait assez rare pour être signalé, mais dont la voix ne m’a jamais séduit, bien loin de là, dans le grand répertoire. Je lui ai toujours reproché un feulement guttural tâchant son timbre d’une sensation de frottement de la voix que j’ai toujours trouvé très désagréable. Terminer une indigente saison en associant les deux aurait pu se transformer en un nouveau pensum propice à un départ anticipé à la faveur d’un judicieux entracte ! et bien non !!

Asphyxie

Le Tour d’Ecrou, comme souvent chez Britten, s’inspire d’une nouvelle au sujet pesant et lourd de sens caché si l’on gratte un peu la surface assez britannique de l’histoire d’une gouvernante , de « ses » enfants et de fantômes dans un castelet victorien. La Gouvernante dont on ne saura jamais le nom arrive chez son nouvel employeur que l’on ne verra jamais pour s’occuper de deux enfants, Miles et Flora, dont il est le tuteur sans cesse absent. La bonne, Mrs Grose la prévient que les enfants sont difficiles sous leurs airs attendrissants … et cela ne tardera pas à se vérifier quand Miles est renvoyé de l’école. C’est le début d’un cauchemar réel ou métaphysique pour la gouvernante qui se rend compte que les enfants sont sous l’influence de deux fantômes : celui du valet Quint et de l’ancienne gouvernante Miss Jessel. Après des scènes qui auraient tout pour faire sombrer la gouvernante dans la folie (mais n’est ce pas ce qui se passe ?), celle ci finit par faire avouer au jeune garçon que Quint l’a ensorcelé avant qu’il ne tombe raide mort laissant la Gouvernante entonner la berceuse leitmotiv de l’opera.

La mise en scène de Dominique Pitoiset est une belle réussite car elle crée une tension dès les premières mesures où le narrateur du Prologue vient planter le décor en tournant autours de la gouvernante déjà dans la maison, endormie … de telle sorte qu’on pourra se poser la question de savoir si l’histoire n’est pas que son pire cauchemar et qu’elle va se réveiller pour retrouver des enfants de bonne famille et bien élevé. Exit le château écossais et ses fantômes, nous sommes ici dans une maison bourgeoise des années 60 au design épuré et scandinave, dans un salon ouvrant sur un jardin déjà mort sur lequel le ciel ne sera jamais bleu et où une balançoire sinistre évoque l’enfance perdue. Une grande baie vitrée sépare ces deux mondes. Les fantômes y feront des apparitions pour observer l’intérieur de la maison et rôder autour dans une ronde inquiétante. Petit à petit, le metteur en scène resserre l’écrou et rend l’atmosphère oppressante, enfermé que nous sommes dans ce salon, sans aucune issue que le jardin, cet autre monde dans lequel pour rien au monde on ne voudrait aller. Ses intentions de mise en scène affirment sa volonté de matérialiser ce qu’inspire la musique : un sentiment de malaise face à l’enfance volée et sûrement violée des jeunes protagonistes car le fond du sujet est bien celui là.
Les interprètes sont à la hauteur de ce qu’exige une mise en scène aussi rigoureuse et qui se veut ouvertement proche d’Hitchcock et de Bergmann. Mireille Delusnch est comme souvent impériale dans ces rôles décalés et je garde un excellent souvenir (peut être le seul réellement bon d’ailleurs de sa Jenufa il y a quelques années) ; elle incarne avec intensité cette gouvernante psychologiquement fragile et sur la brêche qui finit surement par sombrer dans l’hystérie à la fin de l’oeuvre. Les deux fantômes sont les chanteurs vraiment marquants de la soirée : Cecile Perrin et Eric Huchet sont inquiétants et ont une ligne vocale totalement adaptée à leurs rôles. Hedwig Fassbender est un peu en retrait dans le rôle de Mrs Grose. Le tout jeune Clement Pottier se sort brillamment des airs de Miles (et Dieu sait que je ne suis pas fan des voix d’enfants dans l’opéra) ; il donne au garçonnet une dimension carrément flippante. La scène où il parodie un psaume avec sa soeur (Morgane Collomb) avant de partir à l’église est un très bel exercice d’acteur.

Paul Daniel à la tête d’une petite formation de l’Orchestre National de Bordeaux Aquitaine fait un travail méticuleux, chirurgical et insuffle à la partition toute la tension nécessaire pour nous plonger dans une atmosphère lourde et pleine de suspens.
Ce n’est sûrement pas le genre de musique que j’écouterai chez moi mais sûrement l’opéra  en version mise en scène le plus abouti de la saison.

Il voyait se refermer sur la scène du Grand Théatre le règne hétérogène de Thierry Fouquet, capable du pire (les diverses productions de Laura Scozzi entre autre) comme du meilleur dans ses premières années (les débuts de Dessay dans la Somnambule, un superbe Orphée avec Rockwell Blake … où la mémorable reprise de Atys, les Noces et le Songe d’une Nuit d’été  mis en scène par Robert Carsen, le retour de Tristan und Isolde…) : un règne vivant qui a eu l’avantage de ne pas laisser indifférent et d’explorer des territoires nouveaux ou plus risqués.

Une nouvelle programmation est en marche, chaotique semble t’il mais en marche … à suivre

The turn of screw – Benjamin Britten Opéra national de Bordeaux / Grand Théatre                21 avril 2016

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