Joel Dicker est il un imposteur ?

 

Joel-Dicker

La lecture de son dernier roman m’avait un peu troublée car si je n’avais pas réussi à décrocher du Livre Des Baltimore, saga familiale pleine de rebondissements savamment distillés sortie à l’automne dernier (oct 2015), il me restait quand même en tête après avoir refermé ces presque 500 pages la sensation désagréable d’avoir été enfumé, roulé dans la farine et abusé par cet écrivain pourtant présenté comme talentueux par la critique et particulièrement télégénique et loquace quand il s’agit de parler de son livre.

Ce sentiment venait surement du fait que l’intrigue était trop bien étudiée et calculée :51+p4SqZ+bL._SX343_BO1,204,203,200_ l’histoire de deux cousins et leur appartenance à deux « clans » familiaux : les Montclair pour le versant modeste de la famille et les Baltimore pour le côté huppé et bling bling à l’américaine, d’un troisième « cousin » recueilli par les riches, l’arrivée d’une fille … un Drame annoncé dès les premières pages et des allers retours entre le passé et la vie actuelle de Marcus Goldmann, le cousin prolétaire devenu écrivain adulé du pays, qui raconte l’histoire ceci étant prétexte à l’écriture de son nouveau roman. La mécanique est imparable et comme dans une série TV on finit un chapitre avec l’envie, l’obligation même, de lire l’épisode, pardon le chapitre, suivant … et comme dans les séries, le script nous mène par le bout du nez pour nous donner un retournement de situation toutes les 100 pages guère plus … et pourtant on est haletant, on trépigne d’impatience et on est cramponné au bouquin car on veut savoir … quel est ce Drame …Il règne sur ce lire un parfum d’imposture évidemment liée à l’intrigue (que je ne dévoilerai pas pour ne pas pénaliser ceux et celles qui, touchés par mes interrogations, se précipiteront sur le livre pour me donner leur avis) … mais pourtant bien plus incrusté que çà quand  on referme le livre.

Il me fallait en savoir plus … j’avais donc couru à la librairie acheter le précédent roman de Dicker, La vérité sur l’Affaire Harry Quebert, prix Goncourt des lycéens et Prix du Roman de l’Académie Française …récompenses semblant totalement incompatibles à mes yeux mais bon pourquoi pas … le hasard de mon emploi du temps et de mes priorités de lecture, m’a conduit à ne lire ce roman que maintenant, donc à distance du précédent. Le personnage central est le même : la_verite_sur_laffaire_harry_quebert_dicker.jpgMarcus Goldmann qui se retrouve ici confronté à l’enquête sur la mort de l’Amour de Harry Quebert, mentor de l’écrivain, dont le corps est retrouvé 30 ans plus tard. Je viens de terminer les 800 pages de ce roman tout aussi efficace que l’autre mais étrangement bâti sur le même moule. L’histoire est a postériori tout à fait banale et les personnages totalement stéréotypés ; en ce sens l’impression série télé que j’avais eu dans mon premier rapport avec cet auteur est ici plus qu’affirmée et renforcée… les personnages sont attachants sans pour autant avoir un semblant de profondeur psychologique … l’intrigue déborde de rebondissements et chaque nouvelle centaine de pages déconstruit l’hypothèse qui commençait à se fonder dans les précédentes. La construction alternant passé/présent et l’écrivain en train d’écrire son roman sur l’histoire qu’il est en train de raconter sont les mêmes configurations que dans les Baltimore … on se sent manipulé du début à une fin totalement tirée par les cheveux de ma perruque poudrée. Et l’on sent bien dans les questionnements que se fait Marcus Goldmann sur l’écriture, sur ce rapport quasi permanent sur l’imposture et le double jeu,  que Joel Dicker n’est finalement pas bien loin de son « héros ». Le style littéraire est piètre voire mauvais jusque dans les extraits donnés du soi disant best seller « étudié dans les écoles » écrit par le personnage d’Harry Quebert dans lesquels on aurait pu s’attendre à un style différent et plus étudié … il n’en est rien. Ce qui est présenté comme une histoire de folle passion entre Harry Quebert, 30 ans à l’âge des faits et Nola Kellergann 15 ans est d’une fadeur qui n’arriverait même pas à émoustiller un GI abstinant de 6 mois. Les dialogues sonnent creux et pourtant on visualise déjà l’adaptation cinématographique qui est déjà surement déjà signée. Dollars dollars !! car oui le fil rouge de ces eux romans typiquement américain bien  que francophone est bien la réussite, l’envie de ce Marcus Dicker:Joel Goldmann d’écrire des best seller … un bon écrivain est il celui qui plait au plus grand nombre quitte à y perdre son identité et sa singularité ? cela reste à prouver

Ma réponse est donc oui : Joel Dicker est un imposteur. La construction de ses romans est parfaite pour prendre le lecteur en otage de son scénario, qui est aussi vide et addictif qu’un épisode de « Plus Belle la Vie » (enfin je crois car je n’ai jamais vraiment suivi la série)  ; l’envie de ne plus lâcher le livre nous fait croire que c’est un bon livre alors que tout n’est qu’incohérences ou banalité (il n’y a qu’à voir l’absence de similitude entre le Marcus de la Vérité et celui des Baltimore), caricatures faciles et style prêt à consommer. Marc Lévy et consorts ont du souci à se faire … la machine Dicker est lancée !

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2 réflexions sur “Joel Dicker est il un imposteur ?

  1. oh! je vous l’avoue : vous m’avez donné envie de le lire! il pousse donc l’imposture si loin que même ceux qui ont levé l’imposture tentent encore les autres lecteurs? après deux livres assez médiocres (dont je tais le titre), je me lancerai donc bientôt dans celui-là! 😉

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  2. J’ai lu l’affaire Harry Québert mais pas le suivant. J’ai beaucoup accroché au départ mais plutôt déçue par le dernier tiers du livre et effectivement je n’ai pas cru une seconde à son histoire d’amour avec la gamine sans intérêt. Ceci dit, c’était quand même un bon moment de lecture en vacances, ça détend. Pour moi, c’est quand même mieux qu’un Musso (la même histoire pour gonzesse répétée à l’infini) mais ce n’est pas de la littérature. Je préfère de loin un bon Pierre Lemaitre ou un Delphine de Vigan mais bon, j’ai pas forcément le courage de lire un livre sur la guerre ou le harcèlement moral en vacances. Je ne trouve pas que Joel Dicker soit un imposteur car il fait le job, on en a pour son pognon ce qui est finalement assez rare (combien de daubes sortent tous les jours en librairie?). Pas de quoi non plus, lui faire gagner tous les prix littéraires. (Le prix du beau gosse par contre, il avait ma voix.).

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