Les applaudissements ne se mangent pas … ce fut de toute façon soirée de diète !

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Retour médiatique ou retour de bâton ?

Maguy Marin, figure emblématique de la danse contemporaine en France n’avait pas été rappelée à l’Opéra de Paris depuis 1987 où, à la demande de Rudolf Noureev alors directeur, elle avait créée pour une brochette d’étoiles Leçons de Ténèbres sur une musique de François Couperin. Benjamin Millepied a décidé dès sa première saison de la faire revenir avec un ballet créé en 2002 dans le cadre de la Biennale de la Danse à Lyon. La presse a suivi cette idée avec des articles plus ou moins bien documentés comme celui parlant d’une jeune chorégraphe !! (oups) … le public beaucoup moins.

 laurent_philippe___opera_national_de_paris-les-applaudissements-ne-se-mangent-pas-maguy-marin-photo-laurent-philippe-onp-1600Les applaudissements ne se mangent pas est un court (une heure) mais éprouvant plaidoyer en faveur des pays d’Amérique du Sud  qui sous des abords ensoleillés et festifs sont des terres meurtries par de rudes rapports de domination/soumission, par la succession des dictatures, par la faim, par la pauvreté. Sous un masque coloré et chatoyant, le peuple souffre, se méfie, dénonce, meurt. Ces thèmes seront ceux développés durant la grosse heure de ballet que propose ce programme. Alors… thème peu porteur ?prix prohibitifs en terme de tarif horaire pour ce genre de soirée ? mépris du public de la maison pour ce style chorégraphique ?… je ne me chargerai pas de trouver une explication mais ferai simplement le constat que la salle était loin d’être comble en ce samedi soir. Et à en juger par les offres promotionnelles qui peuplent mes boites aux lettres virtuelles et réelles pour la prochaine soirée Balanchine/Peck j’aurais tendance à penser que ce genre de proposition artistique ne fait pas triper le public qui préfère aller vers le Théatre de de la Ville pour ce genre de programmation … et il faut bien avouer que, sonnés (voire assommés ?!) par le court spectacle que nous venions de voir nous étions nombreux à vouloir prolonger le moment en restant papoter dans nos loges, à dé-ambuler dans les coursives comme si nous n’avions pas eu notre quota de « Palais Garnier ». La violence de l’oeuvre y est aussi surement pour quelquechose dans le désir de prolonger le calme dans la cage dorée avant de se retrouver confronté à la violence du monde … car c’est une grosse claque que l’on prend en assistant à ce ballet. Pénible, mais grosse claque !!

Objectif atteint au détriment des danseurs 

Pour peu que l’on ait lu la note d’intention de la chorégraphe, on ressent tout de suite son message. Sans l’avoir lue, difficile aussi de ne pas comprendre qu’il s’agit de pays chauds et de douleur. Laurent_Philippe___Opera_national_de_Paris-E.-Hasboun-N-Paul-S-Le-Borgne-V-Chaillet-Maguy-Marin-Photo-Laurent-Philippe-ONP-800La scène est encadrée de rideaux faits de bandelettes en plastique multicolore. C’est presque joli et accueillant quand on rentre dans la salle et que l’on tombe sur ce chatoiement de couleurs (le grand rideau d’apparat étant déjà relevé)… dès la première entrée des danseurs qui les traversent, ils prennent eux même part à la dureté du propos. Ils avalent les corps et les font disparaître comme si un insatiable broyeurs de chair était caché derrière eux; ils claquent sur les membres, semblent lacérer les visages. La seule chose qui aurait pu être apaisante dans le cauchemar que l’on s’apprête à vivre devient ainsi rapidement hostile.

La musique (enfin le son…) de Denis Mariotte, que certains qualifient de « décapante » (on leur donnera raison si l’on envisage le « décapage » comme un goutte à goutte d’acide sur les tympans) se compose de quelque chose approchant du grondement sourd et monocorde d’un moteur qui ne cessera pas durant les 65 minutes que dure l’oeuvre ponctué pour y apporter un soupçon de mélodie de stridences faisant penser à une scie circulaire dans l’atelier d’un ferronnier (voyez que l’image d’acide fumant versé sur mes tympans n’est pas hyperbolique). Pour ne pas dénigrer totalement la composition musicale, il convient de préciser que des nuances y sont apportées : de fort à tonitruant ou de pénible à insupportable selon la sensibilité de votre oreille. La chorégraphie est à la hauteur du propos et redoutablement efficace ; difficile de ne pas sentir le malaise monter au bout de 5 minutes face à ses corps qui se croisent, se heurtent, se renversent, se toisent avant de se bousculer, de se tordre la tête et de se pousser par terre. Les interactions plus rapprochées consistent en se monter dessus en pyramides humaines, façon de montrer le rapport de force et l’indifférence dès qu’il s’agit de sauver sa peau ou de s’étreindre pour mieux se tordre le coup. Régulièrement des corps tombent, inanimés, morts … dans le meilleur des cas un partenaire d’infortune vient les ramasser et les traine hors de la scène ; il sont parfois aspirés derrière le rideau par des bras invisibles qui les tirent par les pieds. Les regards sont fermés, les gestes plus ou moins brusques selon les interprètes, tout est réglé au millimètre.

3710914-3710912-g-danse-opera-de-paris-maguy-jpg_3514590_1000x667Et les huits danseurs (Caroline Bance, Christelle Granier, Laurence Laffon, Emilie Hasboun, Vincent Chaillet, Nicolas Paul, Alexandre Carniato et Simon Le Borgne) font ici un travail d’une grande qualité qui sera hélas bien peu récompensé par un public totalement KO à l’issue de ce supplice chorégraphique. Car il faut bien avouer que ce spectacle a déclenché une crise d’angoisse collective et que chacun aurait supporté de trouver joint à la fiche de distribution une barrette de Valium. Car jusqu’au bout on attend, on espère même, une rédemption, un geste de pardon ou d’humanité, ne serait ce qu’une seconde de tendresse … hélas rien de vient !

Si l’efficacité de la chorégraphie n’est pas à remettre en question, je m’interroge davantage sur la forme, très répétitive et finalement pas très nouvelle. Il suffit de se poster dans les couloirs de Châtelet aux heures de pointe pour retrouver les mêmes visages fermés qui se croisent en marchant en cadence dans un flux continu. Il y a aussi beaucoup de répétitions de séquences chorégraphiques durant cette heure qui parait en durer deux. Enfin, le vide de la fosse et l’avant scène inexploitée mettent une distance entre la salle et l’immense plateau pourtant magistralement investi par les (seulement) huit danseurs qui s’approprient cet espace avec une force époustouflante. On y perd la force des regards et cela dilue un peu la violence des contacts (j’imagine l’ampleur du malaise si j’avais vu le spectacle « à bout portant »).

Les applaudissements ne durèrent pas bien longtemps et s’ils se mangeaient ils n’auraient pas fait prendre le risque d’une indigestion … c’était frustrant pour les artistes qui se sont donnés corps et âme (dans quel état d’esprit ressort on de ce genre de rôle?) mais après avoir subi cette prise d’otage je n’ai pas eu envie (comme beaucoup ) d’applaudir.

Oui ce ballet est engagé, efficace et montre que la danse peut servir de média pour exprimer des idées et générer autre chose que du « joli »

Mais Non je n’ai pas aimé !… et j’attends de trouver une oeuvre d’art contemporain franchement optimiste et joyeuse en lieu et place de toutes ces oeuvres sombres et plombantes

Les applaudissements ne se mangent pas – Ballet de l’Opéra de Paris / Maguy Marin                  Palais Garnier Samedi 30 avril 2016

Crédit Photo Laurent Philippe (OdP)
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