ORFEO … ou le spectateur frustré

NANCY : Opera pre Generale Orpheo

Il est dans la vie d’un spectateur des rendez vous ratés … pour diverses raisons aussi banales qu’une ligne de métro stoppée par un colis suspect sur le quai, une clé qui se casse dans la serrure au moment de partir, un petit rat enragé qui vous mord alors que vous passez devant l’entrée des artistes, une platée de linguine all’amatriciana trop copieuse qui vous reste sur l’estomac … mais parfois aussi pour des raisons plus mathématiques  liée  à la gestion de la donnée « durée »  incriminant ou bien le compositeur qui n’a pas su anticiper que son opéra serait remonté 370 ans plus tard et donc avec une façon d’assister au spectacle différente ou bien le programmateur qui, trop audacieux, jauge mal la capacité d’écoute de son spectateur. Que la raison en soit le spectateur lui même reste bien sur inenvisageable…!!  Orfeo est le premier opéra donné en France sur une idée de Mazarin qui souhaita importer ce divertissement italien pour la cour du roi de France. Luigi Rossi s’attela donc à écrire un opéra  monumental et surement à grand spectacle sur le thème mythique d’Orphée… on raconte que le jeune Louis XIV avait baillé durant ce spectacle fleuve de plus de 6 heures … par chance la version remontée par Raphael Pichon a été savamment amputée de plus de moitié mais hélas, le fantôme des baillements du roi soleil n’a pas déserté ma loge… et j’en suis bien frustré !

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Candide … mais oui tout va pour le mieux

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Fut un temps des metteurs en scène assez emblématiques passaient par Bordeaux et laissaient des productions d’ailleurs jamais (ou presque) reprises comme si tout allait bien dans le meilleur des mondes et que l’on pouvait se permettre de n’être pas un théâtre de répertoire et de proposer chaque année des (co) productions nouvelles que l’on ne reverrait plus (pour certaines heureusement). Je repense à Robert Carsen et ses superbes Nozze di Figaro de Mozart, (non sans une certaine émotion car cette production fut mon dépucelage lyrique « live ») ou son audacieux Midsummer night’s dream  de Britten co produit avec le festival d’Aix en Provence et à Francesca Zambello qui avait livré au Grand Théatre un vigoureux Fliegenden Höllander et une controversée mais fidèle Traviata suivis à Paris d’une production historique de War and Peace de Prokofiev. C’est donc impatient que j’attendais son Candide de Bernstein déjà rodée au Glimmerglass Festival et auréolée de bons échos lors de la reprise au Capitole de Toulouse. Non pas que proposer  Candide dans une saison lyrique quasi inexistante m’ait semblé être une urgence vitale mais plutôt en me réjouissant de rentrer enfin (fin janvier il est temps) dans cette saison lyrique bordelaise et de ré-aborder ce petit bijou de la littérature que tout bon professeur de français devrait demander à chaque élève de relire une fois sorti du circuit scolaire.

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ARMIDE ou la rencontre imprévue

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C’est entre le Wiener Staatsoper et la Philarmonie de Paris que Marc Minkowski a choisi de faire une halte dans « son » auditorium pour étoffer « sa » saison lyrique d’une version de concert de la production viennoise d’Armide de Gluck. Si le génie musical du révolutionnaire chevalier Christoph Willibald est incontestable, ce genre d’oeuvre fleuve issue de la Jérusalem délivrée présentée en version de concert a , de prime abord, plutôt tendance à inciter à la prudence quant au choix d’acheter son billet … surtout quand les tarifs proposés sont aussi honteusement élevés (le prix d’une première catégorie pour une version de concert au prix d’un 16ème rang de parterre dans la prestigieuse salle viennoise pour la version mise en scène et le même spectacle à moitié prix dans la non moins attractive salle de la Philharmonie de Paris !) …il fallait qu’un cast de rêve vienne titiller ma libido lyrique pour que je me décide à franchir le pas et investir dans un second rang de second balcon virage sud qui me parût être un bon placement financier. C’était sans compter la dangerosité de l’accès à la place faisant de ce spot l’endroit rêvé pour qui veut se débarrasser avec classe et grande musique d’une belle mère envahissante ou d’un mari encombrant ! Par chance la salle étant loin d’être pleine, je pus descendre en rappel et rejoindre un parterre beaucoup plus sécure.

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Les Voyages de Don Quichotte ou Les Moulins de la Frustration

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La montagne accouche d’un petit pois

L’idée très conceptuelle et se voulant très (trop?) fourre tout ne m’inspira guère quand je la découvris dans le programme dégraissé par des coupes budgétaires de la saison lyrique bordelaise. Il s’agissait de fêter l’anniversaire de Cervantes en prolongeant l’esprit festivalier de l’été  et de fédérer les « forces vives » de la maison (comprenez l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine, le Choeur et le Ballet de l’Opéra National de Bordeaux), dans un évènement sortant des murs de l’Opéra (visibilité et ouverture au peuple oblige) tout en investissant les deux salles disponibles (l’Auditorium et le Grand Théâtre) et une fois n’est pas coutume de faire plaisir au nouveau directeur Marc Minkowski en faisant un clin d’oeil à sa passion pour les chevaux !! Lire la suite « Les Voyages de Don Quichotte ou Les Moulins de la Frustration »

Le Messie : quand le corps montre l’âme

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Pour être franc, je n’avais pas gardé un souvenir impérissable

de ce Messie, musique de G. F. Haendel, chorégraphié par Mauricio Wainrot proposé lors de la saison 2006 et quand je l’avais vu programmé en fin de saison 2016 cela ne m’avait pas plus enthousiasmé que çà. Cela m’avait tout au plus permis de voir que les prix avaient augmentés de 15 euros en 10 ans … Je partais donc sans entrain particulier assister au dernier spectacle de ma saison bordelaise, le temps était lourd, ma journée avait été fatigante  … cela sentait le raté …

Et Andrea Quinn est entrée dans a fosse ! Alors on va préciser de suite à ma voisine de parterre que les femmes chef d’orchestre existent maintenant depuis quelques années et qu’on ne va peut être pas passer la soirée à dire que « quand même ça fait bizarre », « en plus elle parait toute petite », « c’est dingue quand même, une femme qui mène tout ce petit monde à la baguette » … et se concentrer sur l’ouverture sublime de cet oratorio trop injustement résumé à son Halleluia final ! Lire la suite « Le Messie : quand le corps montre l’âme »

Sémiramide : l’autre merveille de Babylone

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Un défi de taille

Il faut toujours une certaine audace pour programmer Sémiramide de Rossini dans une saison … et d’ailleurs rares sont ceux qui l’ont faits. L’Opéra National de Bordeaux a relevé le défi … et de défi il en question tant cette oeuvre peu jouée est marquée par des interprétations de légende et des personnalités marquantes qui se sont, à une certaine époque, lancées sur cette voie rossienne ouverte par Maria Callas. Après Joan Sutherland qui, dans cette oeuvre, est ma référence absolue, Mariella Devia plus récemment en passant par Monserrat Caballe, mythique au festival d’Aix ou l’ébouriffante June Anderson , il est ardu de trouver une voix pour le rôle titre réunissant la puissance nécessaire pour virevolter au dessus d’un orchestre assez imposant et la capacité de vocalises propre à la ligne musicale d’un Rossini particulièrement déchainé dans son dernier opéra seria. Lire la suite « Sémiramide : l’autre merveille de Babylone »

Récit du naufrage de Simon Boccanegra

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Mauvaise conscience « professionnelle »

Je suis bien obligé d’avouer ici que mon récit de cette pitoyable soirée ne sera que partiel dans la mesure où sentant poindre l’iceberg qui pourfendrait ce soir la frégate « Opéra de Bordeaux  » pourtant bien fièrement menée par un capitaine et toute sa joyeuse bande de mousaillons embarqués depuis de (trop) longues années à bord, j’ai préféré, tel le rat, quitter le navire à l’entracte, épouvanté par le tumultueux ennui qui secouait mon corps manquant à chaque nouvelle scène de me voir basculer par dessus le bastingage …
Cette envie de fuir des productions parfois bâclées, souvent sans fond, à l’habillage régulièrement pénible pour les yeux ou aux choix vocaux plus que contestables devient une fâcheuse habitude au Grand Théatre de Bordeaux … et je crois, hélas, que ma tolérance à l’ennui et mes aptitudes à l’espoir d’une vie meilleure après l’entracte s’effritent avec ma patience Lire la suite « Récit du naufrage de Simon Boccanegra »