Joyaux … Diabolo menthe, Redbull et Vodka glace !

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Credit Photo J Benhamou

Joyaux ! tout un programme en un seul mot, enluminé par Christian Lacroix en plus … sous les ors de Garnier pour ne rien gâcher … en période de révision de l’impôt sur la fortune on n’est pas loin de l’acte militant et protestataire … mais c’est aussi ça l’Opéra de Paris ! Et pourtant la compagnie a attendu l’an 2000 pour faire rentrer ce triple bill habilement déguisé au répertoire, l’oeuvre datant de 1967 … l’étrangeté de cet assortiment de pierres précieuses explique t’elle cette entrée tardive dans le fond de commerce parisien,  je ne sais pas mais en tout cas re-voila les trois pierres de Georges Balanchine : Emeraudes évoquant le style et l’élégance français (au fait qui a dit que le vert dans un théâtre c’était un peu comme un chat noir passant sous une échelle un vendredi 13?), Rubis tout teinté du jazz et de clinquant américain et Diamants rendant hommage au grand style classique russe. Nous voici donc parti tel des Philéas Fogg en collant pour notre tour du monde du saut de chat, de l’arabesque et du rond de jambe.

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Credit Photo J Benhamou

Emeraudes

si ce n’était l’énorme rhomboèdre vert et biseauté surplombant la scène j’aurais plutôt vu une histoire de liquide plus que de pierre, une histoire de bulles dans un Perrier menthe tellement çà virevolte … alors par contre on ne s’emballe pas, ça virevolte en finesse !! on parle ici de style français !! mais l’effervescence liée à tout ce monde qui se croise sans avoir de lien fait vraiment penser au ballet aléatoire des bulles remontant dans le vert profond d’un sirop de menthe. Si la construction de ce ballet laisse souvent un peu perplexe, il faut reconnaitre à la distribution de ce soir la rarissime qualité d’unifier les pas de un, de deux, de trois, de quatre, et plus si affinité et de rendre l’ensemble cohérent. Emilie Cozette y est pour beaucoup .. c’est un peu la chef des bulles mais on voit qu’elle a de la bouteille et qu’elle a du être avant bulle de Champagne : ces bras sont une merveille de fluidité, le travail de ses mains une leçon d’orfèvrerie, ses pointes solides la font pirouetter avec la douceur d’une crème fouettée.

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Credit Photo J Benhamou

Tout est précis, ciselé, la moindre inflexion devenant nettement visible mais sans ostentation ni appui trop marqué. Une classe naturelle et une élégance folle ! Léonore Baulac est la seconde bulle solitaire à apparaitre sur scène : elle est plus folle, plus vive, plus facétieuse aussi dans le regard mais tout aussi précise dans le mouvement qu’elle délie avec délicatesse tout en faisant preuve d’une belle musicalité. Elle apporte de la vie dans cet ensemble il faut bien l’avouer très abstrait. Florian Magnenet, souvent en retrait dans les grands rôles de prince, fait de sa « transparence » un atout dans ce ballet qu’il sert avec une confondante noblesse. N’ayant ici rien à incarner il réussit en revanche avec talent à suggérer les contours de l’histoire qu’il vit avec Emilie Cozette. Celle ci trouve un partenaire attentif et subtil pour laisser l’imaginaire du spectateur se perdre dans cette aquarelle vert d’eau tandis qu’Audric Bezard ne dépareille pas en chevalier servant de Léonore Baulac. Cet entrelacs de couples est perturbé par un trio assez incongru de bulles plus enfantines et joueuses : Marion Barbeau, jouant de son innocence et de sa touchante hésitation y fait merveille, accompagnée de Letizia Galloni surement plus scolaire dans son interprétation et de Jérémy Loup Quer dont le jeu de jambe manque un peu de précision. Le patch work musical de Fauré accompagnant cette composition gagne dans la direction peu sentimentale de Vellö Pähn qui évite tout élan lyrique maintenant l’atmosphère dans une sorte de brume délicate … Emeraudes reste encore un bien étrange mystère chorégraphique mais ici, si finement interprété,  on ne peut que se plaire à en visiter les détours abscons.

 

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Credit Photo J Benhamou

Rubis

Le ballet s’ouvre en trombe sur les accords vigoureux du Capriccio pour piano de  Stravinski mais hélas très vite l’orchestre perd le fil de ses attaques, manque d’arêtes et d’angles et cela se ressent sur le plateau. Ce ballet qui doit montrer des accents jazzy, une énergie brute et pleine de naturel se retrouve par manque de rythme à pédaler dans la semoule. Alice Renavand est en quelque sorte la meneuse de revue et se montre dans ce rôle tout à son avantage ! Ses longues jambes exécutent une battue impeccable, son sourire ensorceleur hypnotise le spectateur qui ne demande qu’à rentrer dans son antre festive. Elle ne fait qu’une bouchée des « boys » qui rampent à ses pieds. On se prend à la rêver en courtisane du Fils Prodigue.

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Credit Photo J Benhamou

Le couple François Alu Valentine Colasante est en regard de cette énergie plutôt mal assorti. Lui explose littéralement sur scène se permettant des audaces jubilatoires dans ses sauts et la brutalité de sa gestuelle, libérant totalement (et d’ailleurs même plus que dans son spectacle !) ses propensions naturelles à une danse physique et parfois même un peu brute de décoffrage ; Elle s’avère plus timorée et semble vouloir mettre du politiquement correct là où il faut mettre du sincère. Rubis doit être la pièce éclatante de la soirée, celle qui en met plein la vue, parfois à la frontière de la vulgarité et l’approche de la danseuse est ici bien trop sage et trop stylée. Le corps de ballet se montre généreux et en cadence créant dans les scènes de groupe de superbes éclats, de ceux que l’on aime dans cette pierre écarlate.

 

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Credit Photo J Benhamou

Diamants

à l’ouverture du rideau la somptuosité des broderies sur les habits provoque toujours un « waouuuh » général devant ce hold up de chez Swarovski. La suite n’est que prolongation de cet émerveillement. Myriam Ould Braham y est magistrale dans l’incarnation de l’archétype de la ballerine et de l’esprit des grands actes blancs : chaque détail est réfléchi et pertinent , du regard porté sur son partenaire à ses mouvements d’épaules, de  la finesse de ses doigts à ses jambes insolemment parfaites. Elle apporte juste ce qu’il faut de tension pour faire vivre ce tableau abstrait et transfigurer ce qui pourrait n’être qu’une simple démonstration de technique classique.

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Credit Photo J Benhamou

Germain Louvet retrouve la scène comme on l’avait laissé la saison passée : totalement investi de sa mission de jeune étoile et complètement digne de son rang. Ses talents de partenaire déjà certains, il arrive désormais à « vivre » à coté de sa ballerine apportant élégance et noblesse par un style désormais affirmé et assuré. Le succès de sa périlleuse variation le confirme. Le couple fonctionne à merveille au milieu d’un corps de ballet dont l’harmonie et l’homogénéité restent un peu à revoir notamment dans les positions des mains qui ne sont jamais raccord d’une fille à l’autre. On regrettera que Vellö Pähn ait fini de s’enliser dans Tchaikowski ; l’orchestre Pasdeloup, officiant dans la fosse n’en portant que mieux son nom par la discrétion pour ne pas dire la fadeur avec laquelle il fit sonner la partition sans lyrisme et sans nuance empêchant que la magie de ce qui se jouait sur le plateau n’atteigne l’impossible perfection.

C’est donc avec une couronne de pierres précieuses que commence cette saison de danse à l’Opéra de Paris ; il est bien dommage que le soufflé se prépare à redescendre si vite à cause d’une programmation globalement décevante et disparate.

Joyaux – Georges Balanchine – Opéra de Paris – Palais Garnier – Samedi 7 Octobre 2017

Crédit Photo Julien Benhamou   http://www.julienbenhamou.com
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