TOSCA … 100% made in Italy

prove_Tosca_2_-_940x440

Une fois n’est pas coutume (Venise l’an dernier!), c’est en Italie que débute la saison lyrique du Vicomte, à Florence plus précisément ; dans le cadre du festival d’avant saison placé sous la respectable figure de Puccini. C’est avec Tosca que ce festival d’automne se termine montrant au spectateur étranger combien le public est ici étonnamment jeune et décomplexé laissant supposer que l’Opéra florentin est loin d’être symbole d’un élitisme et d’une bourgeoisie s’agrippant à leurs vieux souvenirs d’antan. Il n’y a qu’à voir l’accueil enthousiaste et la bonne humeur générale aux deux entractes au cours desquels pour compléter le plaisir auditif le public se rue en masse pour faire ripaille dans les foyers de ce magnifique « nouveau » Théâtre du Maggio musicale aux lignes sobres et contemporaines. 

bozzetto_tosca_atto_iii__1___940x440

Comme souvent en Italie la mise en scène est assez conventionnelle, d’une simplicité confondante même, mais qui, bien que suivant à la lettre les didascalies de la partition, arrive à se trouver une identité et une certaine cohérence toute singulière. C’est un peu une Tosca « coup de poing » que livre en effet Federico Bertolani en parfaite symbiose avec la direction musicale de Valerio Galli. Ce sentiment d’urgence se ressent dès les accords acérés symbolisant le méchant Scarpia qui ouvrent l’opéra et par l’arrivée agitée d’Angelotti, fraîchement évadé des geôles du château Saint Ange, dans la chapelle de l’église Sant’ Andrea della Valle. De son arrivée dans l’église va découler avec tout autant de précipitation et sans aucun échappatoire tout le drame qui suit. Mario Cavaradossi qui peint une fresque dans ladite chiesa, va couvrir sa fuite en le cachant chez lui. Mais Floria Tosca son amoureuse d’une jalousie maladive, persuadée que son barbouilleur la trompe va un peu faire foirer le plan. En effet, le redoutable Scarpia, poursuivant son prisonnier comme un chien traquerait le sanglier dans les collines toscanes, subodorant que Cavaradossi cache le prisonnier, va user de la jalousie de Tosca pour remonter la piste espérant au passage pouvoir aussi avoir non pas le c.. de la crémière mais au moins celui de la cantatrice (!). Il remonte ainsi jusqu’à la maisonnette du peintre, capturé puis torturé devant Tosca en lui proposant un odieux chantage (ironie du sort pour une cantatrice) : elle se donne à lui ou son amoureux passe l’arme à gauche. Rusée, Tosca accepte de livrer son innocente personne aux sales pattes du monstre à condition d’obtenir un laisser passer pour qu’elle et son chéri puissent s’échapper après une exécution simulée de celui ci. Au moment où Scarpia s’apprête à l’enlacer elle lui plante entre les côtes le couteau à rôti qui trainait sur la table du diner (on ne déplorera jamais assez à cet instant la négligence du personnel de maison). Au château Sant’Angelo Cavaradossi se lamente sur sa mort prochaine quand Tosca déboule et lui raconte tout. Les soldats arrivent, arment leurs fusils et tirent … Cavaradossi tombe « comme la Tosca sur scène » autrement dit avec un réalisme qui n’a d’égal que la réalité cruelle : l’exécution n’était pas feinte, Mario est mort ! Des cris se font entendre dans l’escalier, le crime de Tosca a été découvert, la milice débarque … tragédienne jusqu’au bout, Tosca se jette du haut de la plateforme du château.

immagini.quotidiano.netL’opéra en lui même n’est pas très long et sa découpe en trois actes de courte durée lui donne toujours un certain rythme mais il faut reconnaitre à Federico Bertolani et à son équipe des décors une fascinante vision : noire, étouffante au bord de la suffocation qui centralise l’action sur le trio : Cavaradossi, Tosca, Scarpia. Les personnages annexes sont bien présents mais traités un peu en deçà ou du moins différemment de ce que l’on peut habituellement voir. Ansi le sacristain (Nicolo Seriani) y perd tout son côté comique, Angelotti (Luciano Leoni) n’est là que pour déclencher le drame et la somptueuse scène du Te Deum qui termine l’acte 1 voit sa pompe réduite de part le parti pris de mise en scène qui la relègue sur une deuxième scène s’ouvrant à mi hauteur du plateau laissant Scarpia seul sur la scène principale. Le décor est simplissime : des murs !! mais une oppressante muraille, la même au cours des trois actes agrémentée ici d’une vierge , là d’une table dressée avec argenterie et coutellerie,  et qui s’ouvre horizontalement à mi hauteur pour laisser passer sur une scène suspendue les gens qui vivent hors du drame, dans la douce lumière du jour : notamment le petit pâtre du troisième acte avec des images particulièrement esthétiques. Les trois protagonistes sont ainsi dans l’arène sans aucune chance de s’en sortir. Coup de génie (un peu téléphoné mais visuellement très efficace), à la fin de l’acte 3 la muraille s’entrouvre verticalement déployant dans la noirceur, qui recouvre au fil des actes le plateau, un escalier lumineux surmonté d’un bout de l’aile du gigantesque ange surmontant le château. Tosca gravit en courant les marches pour se libérer par la mort de ce drame qu’elle vient de vivre en se précipitant de ce luxueux héliport pour un dernier vol plané.

firenze-tosca-al-maggio-musicale-dal-22-settembreLa direction de Valerio Galli est totalement raccord avec cette vision au scalpel proposée par le metteur en scène. Précis et sans détour, s’affranchissant des élans de guimauve des scènes d’amour, il colle parfaitement à l’envie de la mise en scène de nous montrer des personnages pris dans un piège à rat ; toutefois, le chef d’orchestre fait perdre aux personnages un peu de naturel. Cette impression est flagrante avec Tosca que l’on ne sent pas plus sincère que çà dans son amour (même si elle va jusqu’à tuer) mais bien plus en représentation permanente : il est d’ailleurs amusant de voir comment s’opère la divergence entre une musique servie de manière assez peu romantique et le jeu de Francesca Tiburzi qui a le physique du rôle, les mimiques du rôle et se trouve de ce fait en décalage avec les intentions de la production. Son personnage sonne de ce fait un peu faux ce qui n’est pas le cas de sa voix d’une étendue des plus honorables lui permettant de réjouir l’auditoire de graves profonds et particulièrement tragiques et d’un médium charnu et opulent. Ses aigus en revanche sonnent un peu métalliques si l’on doit chercher la petite bête. Son Vissi d’arte pourtant bien mené mais manquant une fois encore de sincérité, s’avère assez peu touchant et le public ne l’applaudit que timidement. Il en va tout autrement du ténor qui semble être la coqueluche du parterre florentin. prove_Tosca_3_-_940x440Stefano la Colla a en effet bissé son E lucevan quelques jours auparavant et arrive tout auréolé de ce succès : scéniquement parfait bien qu’à la gestuelle un peu artificielle et surannée, il traverse pourtant de manière poussive l’acte 1. Son émission faible le rend vite inaudible et ses aigus au timbre un peu ingrat et parfois tirés au forceps font un peu craindre le pire (il prendra d’ailleurs toute une phrase un ton en dessous dans la scène de la torture). Son acte 3 est plus assuré et son tube fait réagir la salle au quart de tour. La meilleure voix de la soirée est incontestablement celle de Angelo Veccia qui est un Scarpia fourbe, cruel et malfaisant jusqu’au bout du petit doigt. Son joli timbre compense une émission parfois un peu faible notamment dans le final de l’acte 1 où l’on attend un peu plus d’éclat. Son personnage explose à l’acte 2 qui est vraiment le point culminant de cette soirée.

Tosca-prima-35-©-Michele-Borzoni-TerraProject-Contrasto-e1506425319292

Cette production florentine montre donc que sur une base plus que classique un metteur scène peut apporter une nuance personnelle et sans vouloir introduire de force un message dans un opera qui n’en contient pas faire simplement vivre de manière inattendue une oeuvre archi connue … le Vicomte en rigole d’avance en imaginant le revirement complet que cela va être de comparer cette soirée au futur Don Carlo dans la vision de K Warlikowski qui ouvrira sa saison lyrique en France

bozzetto_tosca_atto_iii_2_940x440

TOSCA – G. Puccini – Teatro del Maggio Musicale Firenze – Jeudi 28 Septembre 2017

Crédit Photo Michele Borzoni
Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s