La Sylphide (2) … de ceux dont le talent devrait être mieux récompensé

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Une Sylphide est morte qu’une autre la remplace déjà … et une toute nouvelle : pour Hannah O’ Neill c’est une prise de rôle, fugace qui plus est, car elle hérite du rôle titre pour la dernière représentation uniquement. Tout comme pour son partenaire Vincent Chaillet. « Comment? » vous dites vous .. « il est allé voir deux Sylphides en moins de 24h … Quelle drôle d’idée !! ». « Non point » vous répondrai-je ! faites en l’expérience et vous verrez que rien ne ressemble moins à un ballet que le même ballet dansé par un cast différent. Et cette version de La Sylphide en est une preuve édifiante. Si la veille, les interprètes mettaient l’accent sur la symbolique des personnages, cette nouvelle distribution prend le contre pied et livre une approche beaucoup plus concrète mais diablement efficace. 

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Bien évidemment l’histoire reste la même. La Sylphide a atterri sans savoir pourquoi aux pieds de James endormi dans son plaid écossais. Joueuse et insouciante elle décide de l’embêter, juste de l’embêter … car avec Hannah O’Neill il n’est pas question de relation amoureuse au début. On est plutôt dans le registre d’une fée Clochette farceuse qui se plait à faire tourner en bourrique un James un peu lourdeau. Du côté du garçon, c’est pareil … pas de coup de foudre mais plutôt une attirance liée au côté étrange de cette bête curieuse. Le côté très expressif de Vincent Chaillet colore la pantomime de l’acte 1 et fait redescendre  le sujet sur terre. Il va nous raconter son histoire et nous allons le suivre dans son récit sans en perdre une miette. Pas de personnage tourmenté ou apeuré par le monde des adultes et l’idée d’un mariage prochain… juste un garçon un peu désarçonné par l’arrivée d’une bien étrange créature.

n7xuhyqxthluq0ascaqmCela se ressent dans ce fameux pas de 3 de l’acte 1 qui est bien décisif pour cimenter la conception qu’a chaque interprète de son personnage. On y voit bien que le couple Effie/James est une réalité encore présente à ce moment de l’intrigue. Le James de Vincent Chaillet est un solide gaillard ; on le voit à travers sa danse vigoureuse et puissante (ce qui ne veut pas dire sans finesse bien au contraire). Il est plus dans l’envie de faire exister son personnage que dans l’introspection et n’en chasse pas moins la sorcière prédisant qu’il n’épousera pas Effie parce qu’il sait qu’elle dit vrai (ce qui est surement le cas du James de Germain Louvet) que parce qu’il refuse l’idée d’un monde paranormal. Et c’est plus parce qu’il met en doute les pouvoirs bien réels de la sorcière que celle ci va vouloir se venger et lui prouver que la magie existe (et cela ironiquement au moment où il commence à s’en rendre compte à travers son évolution dans le second acte). De la même manière la Sylphide d’Hannah O’ Neill n’est pas foncièrement amoureuse de James. Elle est là comme elle aurait pu être ailleurs et ce n’est que dans leur badinage de l’acte 2 qu’il se crée une attirance lui faisant oublier la condition d’humain de son bel écossais alors qu’elle continue de voleter de branche en rocher, de vallon en clairière embrumée. Et la première danseuse (qui devrait déjà être étoilée …) s’en donne à coeur joie de nous livrer avec grâce et élégance tout son alphabet du style français. Le pas de 2 de l’acte 2 est d’une précision extrême et comble de bonheur le spectateur devant tant de maîtrise technique et de finesse d’interprétation. Vincent Chaillet propose des variations limpides, ciselant les articulations des pas avec finesse et transparence, assurant à ces enchainements souvent complexes une belle lisibilité et, plus important encore, une subtile musicalité. Sa partenaire lui emboite le pas avec un sourire toujours aussi espiègle et une légèreté de plume (oui l’image est surprenante !!). Sa mort n’en est que plus brutale et troublante bien qu’entachée par la chute prématurée d’une aile de longues mesures avant l’instant voulu. On la sent elle même émue car soudainement consciente du vide qu’elle va laisser dans la vie de James. Lui semble soudainement comprendre le lien affectif qu’il venait de créer, finalement si simple et surement plus spontané que celui qui le liait à Effie, et qu’il vient de briser à cause du sortilège de la sorcière. Alors que le James de Germain Louvet paraissait déchanter de la prise de conscience de l’inexistence du monde enchanté auquel il croyait, celui de Vincent Chaillet semble dépité d’avoir perdu sa créature fantastique pour avoir voulu l’humaniser. L’un fait un brusque retour à la réalité, tandis que l’autre ne peut que s’en prendre à son manque d’imagination pour avoir détruit la part de rêve qui s’offrait à lui. Voyez que deux distributions valent mieux qu’une !

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Aurelien Houette est une sorcière dissipée ; avec ses copines sorcières ils mettront le bazar durant cette dernière représentation en volant en fond de scène là où normalement vole une Sylphide ou en les poursuivant comme Gargamel poursuit les Schtroumpfs dans la forêt (gags de dernière surement imperceptibles pour celui qui ne connait pas la production mais d’une belle drôlerie). Valentine Colasante est encore plus impériale dans le rôle d’Effie avec un James réellement écartelé entre elle et Sylphide (et techniquement plus à l’aise). Le pas de deux des écossais est dansé proprement par Matthieu Contat et Jennifer Visocchi.

Ermanno Florio serait-il cyclothymique ? toujours est il que la direction d’orchestre est aujourd’hui bien plus prenante. Mieux articulée et plus dynamique, elle accompagne mieux l’intrigue et correspond mieux aux personnalités marquées que les interprètes ont choisi de proposer.

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Cette dernière représentation de la saison et les échos des précédentes font naitre deux remarques directement adressées à la directrice de la danse :

1 – n’attendez pas comme cela fut longtemps le cas dans des règnes pas si lointains que les danseurs aient trop de métier ou aient atteint l’âge de leur retraite pour songer à les nommer étoiles ou à mieux les distribuer. Quand on voit l’investissement artistique du couple O’Neill/ Chaillet sur une représentation on imagine ce que cela aurait pu donner si ils avaient eu l’occasion de répéter pour plusieurs soirées.

2- la maitrise du style classique semble s’être raffermie sur cette Sylphide après des productions classiques moins convaincantes pour le corps de ballet, non pas que leur aptitude ait baissé mais surement plus que leur attention a été détournée par des nuages de fumée et de la poudre aux yeux ! Encore une saison à venir qui sera « de transition »,  parsemée de bien peu de productions classiques pour se remettre en jambe et finir d’aguerrir les nouvelles étoiles …mais vous avez une compagnie qui se renouvelle et qui est riche de potentiel pour le ballet classique … alors pour 2018-2019 rendez nous des Giselle, des Copelia, Raymonda et autres joyaux dont certains font encore défaut au répertoire de la compagnie !! Merci d’avance Melle Aurélie 🙂

La Sylphide – Jean Madeleine Schneitzhoeffer – Opéra de Paris – Palais Garnier – Dimanche 16 Juillet 2017

Crédit photo Svetlana Loboff

 

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