La Fresque … légende capillaire

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Angelin Preljocaj aime raconter des histoires ; après Blanche neige il se penche avec la Fresque sur un conte asiatique racontant l’histoire de deux voyageurs trouvant refuge dans un petit temple. Un vieux moine les conduit alors devant une fresque représentant de superbes femmes cueillant des fleurs dans la foret. L’un des deux voyageurs tombe tellement en extase devant la beauté de l’une d’elle qu’il finit par rentrer dans le dessin. Une histoire d’amour se noue entre la jeune fille du monde imaginaire et le voyageur du monde terrestre mais le jeune homme se trouve chassé de la toile à l’arrivée des dieux ayant découvert la présence d’un mortel dans leur monde. Se réveillant devant la fresque, l’amoureux banni du tableau fait remarquer à son compagnon que l’une des filles a changé de coiffure et arbore désormais celle des femmes mariées.

L’argument est poétique et le lien entre l’oeil du spectateur et le monde présenté par l’artiste est intéressant à traiter à travers l’imaginaire du ballet et la magie du mouvement. Angelin Preljocaj en tire un ballet assez fidèle à son univers. Si le début du conte commence par des mouvements très terriens avec des voyageurs harassés et rampant sur le sol , rapidement on retrouve la légèreté des pas et cette sensation d’une gestuelle aérienne que l’on aime chez ce chorégraphe. Lorsque la fresque est évoquée à la faveur d’un panneau coulissant dévoilant le groupe de filles, le mauvais esprit ne peut pas s’empêcher de dire que bien évidemment « danse contemporaine » ne pouvait se passer d’effets de chevelure version soin Nutricolor à l’huile de betterave de L’Oréal « parce que nous le valons tous plus que bien » mais rapidement en se rattachant au conte et grâce à une scénographie bien huilée pour le coup, on comprend (ou on se souvient pour qui à lu le programme de salle) de l’importance de la coiffure.

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Les cheveux sont en fait omniprésents : les projections qu’au départ on pouvait prendre pour un dragon, de la brume, la fragile séparation entre les deux mondes ne sont que des projections des cheveux que cette belle jeune fille coiffe pour finir par s’en servir pour signifier son engagement envers le voyageur. On salue ici le superbe visuel de Constance Guisset. Un peu plus tard, un tableau présente les danseuses comme suspendues par leur longue natte servant de prétexte à un numéro flirtnat avec le cirque et particulièrement envoutant.
Sur une musique planante de Nicolas Godin (Air), l’histoire se déroule ainsi au gré de subtils et sensuels pas de deux et d’ensembles harmonieux réglés au millimètre. La narration est fine sans être trop appuyée ou directive ce qui permet à l’esprit du spectateur de vagabonder et de se laisser porter par les belles images.

ensemble_robes_-r_jean-claude_carbonne_webPlongé entre doux émerveillement et complet lâcher prise, on ne peut qu’apprécier ce ballet et en ressortir apaisé. En ce sens l’intention de départ est atteinte : grâce à sa scénographie, à la musique choisie et à la douceur ouatée de la chorégraphie à peine troublée par la brutale et caricaturale arrivée des esprits méchants, Preljocaj fait vivre au spectateur l’expérience du voyageur  Chu et de la fresque. On pourra cependant penser que cet effet est simplement immédiat et qu’en ce sens le chorégraphe ne livre pas ici une création marquante. La Fresque est surement ce genre de ballet que l’on aime sur le moment mais que l’on oubliera, non qu’il soit sans interêt bien au contraire, mais plus qu’il n’est pas un jalon dans la biographie du chorégraphe et encore moins dans la vie d’un balletomane. On ne boudera en tout cas pas cette bulle de rêve aussi éphémère soit elle.

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La Fresque sera programmée dans la saison culturelle d’Arcachon en partenariat avec l’Opéra de Bordeaux en 2018, nous y serons surement avec plaisir … à voir quelle impression se dégage au second visionnage … à suivre !

La Fresque – Angelin Preljocaj/Ballet Preljocaj – Gare du Midi Biarritz – Mardi 30 Mai 2017

crédit Photo JC Carbonne / Constance Guisset
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