Les Pêcheurs de Perles … un truc de nouveau directeur !

20170509-Les-Pecheurs-de-Perles-by-Pierre-Grosbois-2

Amusant de voir qu’en 1996/97,  Thierry Fouquet présentait dans sa première saison qui allait déboucher sur un véritable règne à la tête de l’opéra de Bordeaux (20ans et toute ma jeunesse !) Les Pêcheurs de Perles de Georges Bizet et qu’en 2016/17 les barques des pêcheurs de Ceylan accostent à nouveau au Grand Théâtre de Bordeaux pour la première saison de son nouveau directeur, Marc Minkowski. Voir dans ce TOC de  programmation une projection inconsciente sur l’évolution de la notoriété de Bizet, ouvertement critiqué à la création de ses Pêcheurs et finissant par devenir l’un ces compositeurs les plus célèbres au monde avec Carmen, relève surement de la psychologie de comptoir … mais l’inconscient est parfois tellement facétieux ! Plus sérieusement, avec cette reprise de la production de l’Opéra comique, l’Opéra de Bordeaux clôture sans fausse note une saison lyrique de transition globalement plaisante mais assez peu vibrante : un peu à l’image de cet opéra.Car oui il faut bien avouer Les Pêcheurs de Perles qui connait malgré tout depuis quelques décennies un regain d’intérêt sur les scènes françaises n’est pas l’oeuvre la plus jouissive de l’histoire de l’opéra : un argument des plus simplistes et un melting pot musical flirtant avec le bel canto de Bellini, lorgnant sur les grands opéras français de Faust à l’Africaine, répondant à l’appel de l’exotisme qui titille les opéras de l’époque des Bayadères de Catel à la Lakmé de Delibes en passant par le génial Roi De Lahore de Massenet et se laissant tenter par le leitmotiv wagnérien… au moins tout le monde y trouve son compte.

Zurga vient de se faire nommer chef des pêcheurs de perles ; tandis que la tribu attend Nourabad et le jeune prêtresse chargée de veiller sur leur séance de pêche, arrive Nadir. Ami de Zurga, il avait choisi de prendre le large suite aux prémices d’une brouille liée à une jeune femme dont ils étaient tombés amoureux juste à la regarder (oui on s’échauffe vite chez les pêcheurs de perles!) ; suite au serment de rester amis et de ne pas chercher à la revoir, le jeune homme éperdument amoureux avait choisi la fuite. Evidemment la jeune vierge qui arrive avec le grand prêtre n’est autre que cette Leila. Nadir la reconnait et attend la  nuit pour la rejoindre ; évidemment il se fait gauler par les gardes et évidemment le prêtre demande la mort du sacrilège et de la vestale. Zurga reconnaissant son ami rappelle qu’il est le chef et qu’il est le seul à pouvoir décider … il temporise et ordonne l’exil … jusqu’au moment où Nourabad voulant humilier sa parjure prêtresse lui ôte son voile … et là « c’est elle! c’est la déesse » … la jeune fille qui avait failli les séparer. Furieux, Zurga se ravise et demande leur mort sur le bucher. Dans la nuit, Leila vient intercéder auprès de Zurga pour qu’il épargne la vie de son ami Nadir ; mort de jalousie, il refuse jusqu’au moment où il reconnait un collier qu’il avait donné à une prêtresse qui l’avait sauvé jadis … Le matin, alors que Nadir est sur le point d’être sacrifié, Zurga arrive affolé, le village est en feu … profitant de l’affolement des villageois il libère les prisonniers ; Leila l’avait sauvé, il la sauve aujourd’hui … ayant trahi sa tribu, ayant perdu son amour de jeunesse il se tue.

pré-géné Les pêcheurs de perles

Yoshi Oida livre une mise en scène pleine de paradoxe ; choisissant au niveau de sa scénographie une ambiance épurée : accessoires limités à deux pontons en bois et trois branches, un plan incliné gris bleu évoquant les vagues, la terre, le ciel et quelques barques stylisées perchées dans les cintres, il se « perd » dans un grand bavardage au niveau des costumes (opulence des étoffes d’inspiration orientale, japonaise, mongole …) et au niveau de la gestion des mouvements du choeur très présent dans l’oeuvre. Si l’évocation de cet ailleurs de théâtre est bien servi par ce mélange des styles (l’illustration ethnographique de Ceylan n’aurait eu aucun intérêt et aucun effet sur la stimulation de l’imaginaire du spectateur), certains fouillis sur scène sont un peu ridicules : les chorégraphies de l’acte 1 prêtent vraiment à rire dignes qu’elles sont d’un spectacle de fin de session estivale du centre aéré de Saint Lubin du Perche et cet épisode où Nourabad ôte son couvre chef (que même un enfant de maternelle n’aurait pas osé fabriquer pour la fête des mères) pour en agiter les bandelettes de papier devant la prêtresse reste pour moi encore un grand mystère. Par la suite les mouvements de foule paraissent assez confus et enlèvent surement une certaine part de l’esthétique que l’on pourrait attendre des décors zen et des jolis jeux de lumière. Pour le contenu, on ne peut lui reprocher de rester purement narratif vu le peu de consistance du livret . Le choeur est donc très présent et globalement convaincant : on critiquera la diction version « bouche pleine de semoule » sur le début de l’acte 1, explicable par un texte pas simple à articuler et un tempo plutôt endiablé et donc pas forcement exempt de compassion envers les choristes. On retiendra la bonne intensité dramatique lors du final des actes 2 et 3.

LES PECHEURS DE PERLES

Côté drame, Sébastien Droy le frôle à plusieurs reprises dans le rôle de Nadir : certes il franchit avec un (relatif) bonheur l’écueil des notes aigues de son grand air « Je crois entendre encore » chanté cependant avec un vibrato particulièrement désagréable mais il manque de vigueur et de passion dans le grand duo de l’acte 2. Son manque d’émission fait qu’il est complètement couvert dans les ensembles rendant son personnage assez peu consistant. David Bizic se montre dramatiquement plus convaincant dans le rôle de Zurga et son acte 3 est vraiment réussi : sa jalousie faisant naitre sa haine et son désir de vengeance le pousse dans un registre plus sombre, plus affirmé le libérant d’un certain conformisme dans les actes précédents. Jean Vincent Blot a une belle voix, c’est indéniable mais son personnage de Nourabad est un peu trop caricatural dans le rôle du grand prêtre un peu méchant et agitant la colère des dieux pour terrifier ses ouailles. Joyce El Khoury est une Leila qui laisse perplexe. Sa voix est puisante, elle a un beau médium mais peut être capable du meilleur comme du pire dans ses vocalises : ainsi ses incantations de l’acte 1 n’ont pas la légèreté des effluves de jasmin que l’on attend dans cette brise orientale mais plutôt la lourdeur des raviolis frits du marché de Saigon. Les autres actes, plus dramatiques sont mieux adaptés à sa voix mais on a du mal à imaginer une jeune vierge à travers le personnage proposé qui abuse de minauderies à travers des sons filés quasi systématiques pour attaquer des aigues, qui abuse du rubato avec un étirement maniéré des tempi  et un timbre rappelant les divas des années 60… A saluer, son art de la trille, indéniable !! … on la retrouvera a priori dans Le Pirate de Bellini l’an prochain … mouais … !

LES PECHEURS DE PERLES

Paul Daniel décortique avec finesse et méthode la partition dynamisant le plateau qui peine parfois à suivre ; ainsi la fièvre de la rencontre nocturne de Nadir et Leila est perceptible plus dans la fosse où l’orchestre n’est que frémissement et transe amoureuse que sur la scène. Il cisèle les harmonies, fait briller des perles à chaque pupitre de l’orchestre (mention spéciale aux hautbois sublimement élégiaques). A faire trop bien, il en fait peut être trop ressortir les différentes inspirations de Bizet et renforce cette impression d’oeuvre un peu disparate entre scènes de grand opéra français et scènes plus intimistes de mouvance italienne. Quoiqu’il en soit, la soirée est agréable sans être euphorisante et les Pêcheurs de perles se sont encore montrés efficaces … c’est peut être çà qui fait qu’on les programme pour débuter son « mandat » : leur « ailleurs » de théâtre de pacotille ne déçoit jamais !

Les pêcheurs de perles – Georges Bizet – Opéra National de Bordeaux – Gd Théatre Mardi 16 mai 2017 

Crédit Photo : Frédéric Desmesure

 

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