La Fille de Neige : la magie du dégel

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En attendant une autre page russe, cultissime celle là (Eugène Onéguine), l’Opéra de Paris propose de découvrir ce printemps un opéra plutôt méconnu de Rimski Korsakov … mais en même temps (technique réthorique macronienne) quel opéra de ce cher Nikolaï est suffisamment monté en France pour être mieux connu à défaut d’être populaire… quand même sa sublime Shéhérazade est sous exploitée ? mise en scène par le poil à gratter russe Dmitri Tcherniakov qui s’était illustré par un retentissant et polémique diptyque Iolanta/Casse Noisette, cette curiosité m’interpelle et faisant fi des quolibets de mes amis pensant que j’allais voir la version importée de Broadway de la Reine des neiges, j’avais donc inscrit dans mon parcours parisien la FILLE DE NEIGE (Snegourotchka pour les initiés)

L’histoire peut au premier abord en paraître un peu niaise : Fleur de neige, fille de Père Gel et Dame Printemps (on ne rit pas l’histoire ne fait que commencer!) s’ennuie dans son pays enchanté … elle voudrait approcher le monde des humains ; aussi sa mère, la confie au village des Bérendeïs non sans que son père lui ai offert la protection de l’Esprit des bois. Dans ce village, un jeune berger, Lel séduit les filles avec ses chants ; Fleur de neige n’y coupe pas mais est un peu désabusée de le voir aller pousser la chansonnette sous d’autres balcons après avoir eu sa minute de gloire. Elle oublie cela en rejoignant son amie Koupova, une sorte de chef des pompom girls au niveau popularité dans le village ; elle doit épouser Mizguir, un riche marchand sauf que celui ci rompt les fiançailles en voyant la belle Fleur de Neige. Koupava porte l’outrage devant le Tsar qui bannit le rustre qui continue devant le vénérable chef de refuser le mariage. Découvrant Fleur de neige et comprenant qu’elle n’a jamais connu l’amour, le Tsar décide de la marier à celui qui saura toucher son coeur avant l’aube. Ce mariage s’ajoutera à celui de tous les amoureux du village que le Tsar décide de marier au cours d’une grande cérémonie destinée à apaiser la colère du Dieu Soleil et faire sortir le village de sa période hivernale. Touché par le chant de Lel au cours de la fête organisée dans le village, le Tsar lui propose de choisir une fille comme épouse. A la surprise générale, il choisit Koupova qui le remercie de l’avoir sauvé du déshonneur. Fleur de Neige mise KO par ce choix et importunée par les assauts déplacés de Mizguir, heureusement arrêtés par l’Esprit des bois, s’enfuit dans les bois. Elle demande alors l’aide de sa mère : elle veut connaitre l’Amour. Sa mère utilise ses pouvoirs magiques pour lui offrir la capacité de ressentir cette émotion et quand Fleur de Neige retombe sur Mizguir qui la poursuit dans la forêt elle en tombe follement amoureuse. Celui ci revient triomphant au camp, il va selon la loi du tsar épouser la jeune fille. Alors que la cérémonie des mariages a lieu, le Soleil parait … Fleur de neige meurt dans les bras de son nouvel époux … en fondant dans les rayons du premier soleil de printemps ! Je vous avais prévenu il faut être prêt à replonger dans l’univers des contes merveilleux, d’autant que l’opéra est composé d’assez peu de scènes narratives mais de beaucoup de scènes largement inspirées du folklore populaire russe selon la volonté des compositeurs de l’époque de développer une musique nationale. Aussi l’orchestration de Rimski Korsakov est elle riche et chatoyante de sonorités très slaves particulièrement mise en valeur par le chef Mikhail Tatarnikov qui dose avec justesse les moments de musique populaire et les moments plus dramatiques et opératiques.

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La mise en scène de Dmitri Tcherniakov est assez surprenante sans que l’on comprenne trop au début ses intentions qui contrairement à ses habitudes semblent ne pas être franchement tranchées. En effet si son choix se porte sur une délocalisation de l’action hors du monde merveilleux et dans une époque contemporaine, volonté très nette dès le Prologue où le début de l’intrigue n’a plus rien de féérique, Dame Printemps se retrouvant être maitresse dans une école communale (l’improbable « choeur des oiseaux » est remplacé habilement par un chant des élèves déguisés en oiseaux) et dans son approche visuelle du village des Berendeïs qui ressemble à une sorte de village communautaire new âge, il ne parvient pas pleinement à se débarrasser des oripeaux traditionnels (malgré leur allure de jeunes « teufers » et leur look « roots » les villageois ont quand même des habits folkloriques) et d’une certaine forme de magie dans la dernière scène entre Dame Printemps et Fleur de Neige dans une forêt qui se met en mouvement au cours d’une scène éminemment poétique et scéniquement bluffante. Pourquoi se lancer dans une transposition si elle ne doit pas aller jusqu’au bout ? cela restera la question, question sans grand interêt toutefois dans la mesure où l’absence de constance dans le parti pris de mise en scène ne perturbe en rien la lisibilité et l’efficacité du propos. On retiendra un décor gigantesque recomposant un village dans les bois et au dernier acte une foret plus vraie que nature dans laquelle le spectateur est totalement happée. Il faut bien lui reconnaitre un grand art de la scénographie à ce russe là !

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Aida Garifullina est la douce Fleur de Neige ; elle en a le charisme, la douceur, la beauté et la voix. Sa ligne de chant est élégante, souple, vibrante sans tomber dans la mièvrerie à laquelle pourrait inciter le rôle. Son désarroi face au comportement humain est palpable et touchant ; sa découverte des vertiges de l’amour est portée avec une belle sincérité au cours d’un dernier acte particulièrement émouvant. La mezzo Elena Manistina incarne un opulent (dans tous les sens du terme) printemps. Son long duo avec fleur de neige lui réclamant l’amour est une des scènes les plus fortes de l’opéra. Affublé de couettes d’un blond « belle des champs » Yuriy Mynenko (Lel) provoque il faut bien l’avouer le rire quand il apparait ainsi affublé avec sa voix de contre ténor. Mais avec sa prestance, sa voix suave et son excellent jeu de scène il fait rapidement oublier cette association douteuse et marque la soirée de sa présence. Martina Serafin est incroyablement à l’aise dans le rôle de la fille tête à claque (Koupava). Thomas Johannes Mayer a la voix un peu brute de décoffrage qui sied à son goujat personnage de Mizguir. Il aurait gagné à se montrer plus chaleureux lors du duo d’amour. Le reste de la distribution est homogène  et sert magnifiquement la production. Mention spéciale au choeur de l’Opéra de Paris, particulièrement sollicité dans cet opéra et qui se joue avec efficacité et conviction des grands moments chantés et de la mise en scène assurant une grande fluidité aux scènes de « foule » (ce qui n’est assurément pas toujours le cas, aussi faut il le souligner).

Une belle incursion dans l’opéra russe donnant en tout cas envie de mieux connaitre la musique de Nikolai Rimsky Korsakov et une jolie parenthèse dont on ressort libéré, délivrééééé …. (pardon !)

La fille de neige – Nikolai Rimsky Korsakov – Opéra National de Paris – Opéra Bastille – Dimanche 30 Avril 2017

Crédit Photo Elisa Haberer ONP
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