Bejart Ballet Lausanne … 10 ans après

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@Lauren pasche 

Cela fait déjà 10 ans que Maurice Béjart, chorégraphe incontournable du XXème siècle, veille sur le Ballet Béjart Lausanne depuis des cieux surement bienveillants à son égard car fascinés par son parcours ;  il a avant son dernier envol laissé la direction artistique à l’un de ses anciens danseurs : Gil Roman. Celui ci continue de faire vivre la compagnie entre reprises des ballets du Maitre et créations personnelles. J’avouerai que je suis mal placé pour juger de la qualité de sa direction, qui semble être ou avoir été décriée, car de mémoire de balletomane je ne crois avoir vu qu’une fois la compagnie danser (bon ok c’était le Boléro! mais quitte à voir un spectacle de Béjart autant voir celui là !!) et que je n’ai concrètement approché (entendez par là « en live ») Béjart chorégraphe que par l’Oiseau de Feu remonté à l’Opéra de Paris en 2013. Le BALLET BEJART LAUSANNE passait en terres maritimes (quel bel oxymore!) grâce à la pertinente programmation de la ville d’Arcachon, toujours de belle qualité notamment en matière chorégraphique : il était donc impensable de ne pas aller à sa rencontre …d’autant que le soirée proposait un ballet de l’Elève et une adaptation rassemblant plusieurs extraits de ballets du Maitre 

Anima Blues , chorégraphie de Gil Roman débutait la soirée … et comme ballet d’accroche on pouvait souhaiter mieux que cette pièce sans grand interêt. Le style est très connoté « Béjart » on s’en doute mais dès les premiers effets stylistiques passés, force est de constater que tout s’enlise petit à petit dans une platitude assez désarmante. Si la présence scénique de Kateryna Schalkina est tout au long du ballet captivante notamment dans sa première variation où elle en impose vraiment et dégage une énergie et une aura capable en deux levers de jambe de faire frémir le spectateur, ses apparitions évoquant Audrey Hepburn sont une bouffée d’air frais au milieu d’une série de pas de deux disparates et aussi peu inspirés  qu’un plat de coquillettes au beurre.

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@ Marc Ducrest

Si une volonté d’éloge de la féminité à travers la figure plus que suggérée de l’actrice britannique est évidente, son lien avec les autres protagonistes reste plutôt flou .. et si l’on a le malheur de lire la note d’intention du chorégraphe alors tout tombe encore plus à plat : une relecture des théories du psychanalyste Carl Gustav Jung !! rien que çà !! déjà ardues à comprendre  avec des mots (allez donc relire L’Ame et la Vie ou Psychologie de l’Inconscient sans oublier votre godet d’Efferalgan !), ces notions passionnantes d’archétypes, d’animus/anima qui a donné le titre au ballet, et de synchronicité peuvent elles devenir limpides par le biais de la danse … peuvent elles seulement y trouver un moyen de se matérialiser ? j’en doute en voyant ce ballet et j’aurais même tendance à m’insurger contre cette volonté quasi constante de vouloir mettre de la sauce psychanalytique (souvent digne d’un comptoir de café des sports) dans toutes les chorégraphies. L’oeuvre d’art comme révélateur de l’inconscient du spectateur à travers son regard intime et personnel oui, j’en suis profondément persuadé (c’est d’ailleurs pour économiser des frais de thérapeute que j’écris ici) … mais la mise en abime de l’inconscient et de ses mécanismes freudiens, jungiens ou lacaniens pour trouver un argument d’ailleurs pas nécessaire (un ballet sans fond peut fonctionner aussi !! ) non, non et re non !! « j’ai rêvé ce ballet comme une longue ballade blues inspirée des travaux de  C G Jung ..; chaque homme porte en lui une femme et c’est cet élément féminin que j’ai appelé Anima … » explique le chorégraphe …

je n’ai rien vu de tout cela et j’ai appelé ce ballet Ennui lui répond le Vicomte !

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@ Grégory Batardon

La seconde partie Béjart fête Maurice est une mise en scène de Gil Roman reprenant de manière assez subtile différents ballets de Béjart. Il réussit en effet à imbriquer les uns dans les autres des extraits aux personnalités plus ou moins fortes sans tomber dans l’effet best of et sans chercher non plus à les lier de force. L’extrait de 1ere symphonie réussit là où Anima blues avait échoué : planter une ambiance forte capable de galvaniser le public. L’effectif sur scène est important, la scène peut être trop petite ce qui donne parfois un effet un peu brouillon à cette succession jouissive de sauts, pirouettes et autres pyrotechnies néo-classiques… à leur décharge j’étais placé assez près de la scène ce qui a peut être majoré cette impression de « masse » mais il n’empêche que ce style n’est sûrement pas celui qui magnifie le mieux la technique de la compagnie. Même si l’ensemble est convaincant et fonctionne bien pour transmettre une énergie très « béjartienne », la technique en pâtit un peu.

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@Grégory Batardon

Héliogabale illustre la fascination de Béjart pour les danses tribales : Alana Archibald et Jaym O’Esso y sont tout simplement envoutants et créent une ambiance vraiment troublante sur fond de rythmes africains. L’arrivée du couple suivant sur l’air culte de Heuberger Im chambre separée est un changement brutal de registre qui empêche un peu le couple de poser d’emblée sa poésie mais petit à petit un climat s’installe et ce beau pas de deux finit par se livrer … c’est un peu l’inconvénient de ce genre de programme qui enchaine des musiques trop éclectiques. Les Résidents remet en scène le corps de ballet dans un ensemble plus convaincant avant la brève et un peu fade rencontre entre Mishima et Eva Perron, puis le pas de deux de Hamlet. Dibouk est un court pas de deux plein d’ironie et de désinvolture dégageant lui aussi une belle atmosphère mais ces quelques rapides intermèdes paraissent aussitôt un peu fades dès que l’on rentre dans l’autre pièce majeure de la soirée en plongeant dans les vapeurs encensées d’une Inde fantasmée : Bhakti III.

a568b0f203ee51ec563577a1676e26acLes lignes géométriques (très 70’S) de ce ballet oscillent entre courbes empruntées au yoga et raideur d’une prêtresse ensorcelante. Kateryna Shalkina revient ici pour vous coller une nouvelle claque : le regard d’une tueuse en pleine transe, le corps d’un cobra prêt à mordre  la sculpturale danseuse focalise tous les regards et magnétise autant le corps de ballet, sorte de pélérins en adoration devant la déesse que le public car on est vraiment littéralement hypnotisé par ce regard digne du serpent du Livre de la Jungle et par ses lignes mouvantes et impeccablement captivantes. Son partenaire, Fabrice Guallarague arrive avec talent à s’imposer face à ce monstre de scène tandis que le corps de ballet renforce de leur présence précise et investie l’ambiance sacrée de ce ballet. Et d’un coup, on se retrouve loin de la musique traditionnelle hindoue pour entendre une sorte de tarentelle rossinienne … comme au Macumba, deux salles, deux ambiances !!

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@Lauren Pasche

Ce cours duo, plein de vie et d’énergie est magnifiquement servi par Michelangelo Chelucci et Kwinten Guilliams et sert de piste de décollage pour l’extrait final sur la IX ème symphonie de Beethoven, un autre moment phare de la création de Maurice Béjart et un moment fort de la soirée. Ce final réunissant tous les danseurs laisse exploser le style du maître, sa vitalité, sa foi dans la danse et dans son pouvoir de rassemblement. Et c’est dans un grand élan triomphal que s’est terminée cette soirée faite de pièces fortes illustrant le style emblématique de Béjart agencées sans heurt avec des pièces plus anecdotiques et rapidement oubliées. Il me parait intéressant de se plonger dans les créations post Béjart de cette compagnie pour se faire une idée de son évolution car de ce que nous présente cette soirée il semble que tout soit un peu resté figé en l’état et que 10 ans plus tard le répertoire soit encore plus tourné vers une sorte de vénération du chorégraphe que vers une évolution du style.

Ballet Béjart Lausanne – Olympia Arcachon – Jeudi 9 mars 2017

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