Grève du Ballet de l’Opéra de Bordeaux

17621786_10150782058974950_2630294020674794143_o

Ce jeudi 30 mars 2017, le Ballet de l’opéra de Bordeaux a choisi de ne pas assurer la représentation de la Première de Quatre Tendances, leur rendez vous annuel avec la danse « contemporaine » (s’il faut encore classer les types de danses) . Quatre talentueux chorégraphes, actuels et donc en pleine immersion avec le monde dans lequel nous vivons, et non pas sortis d’un musée poussiéreux comme on veut nous le faire croire quand on nous parle de ballet, ont fait travailler pendant de longues semaines ces artistes pour présenter 2 créations, une re-création et la reprise d’un ballet emblématique de ces dernières années. Et pourtant, pour défendre leurs contrats malmenés par une direction et une politique culturelle obtuses, ils ont choisi de renoncer ce soir à présenter le fruit de leur travail, de leur souffrance physique, de leur investissement émotionnel et personnel, d’une certaine forme d’abnégation de leur vie privée pour défendre leurs droits, leur carrière, leur place dans la vie culturelle française. Lire la suite « Grève du Ballet de l’Opéra de Bordeaux »

Publicités

Le Cid … toute l’Espagne l’admire

« le Cid » © Guy Delahaye

Aller voir le Cid c’est d’abord accepter de se réciter les innombrables tirades archi connues car archi étudiées au collège ; vous n’y couperez pas ! mais c’est aussi (et surtout) se rendre compte de la puissance de ce « o rage, o désespoir » quand il est placé dans son contexte, quand il est déclamé par un homme meurtri dans son honneur et accablé par le poids des ans. Car à travers cette histoire d’honneur c’est surtout du passage à l’âge adulte dont il est question dans cette pièce. Yves Beaunesne a bien compris l’idée de force et d’énergie caractéristiques de cette transition dans une mise en scène dynamique et respectueuse, ne cherchant pas à « faire moderne » pour révolutionner l’approche d’un texte indéniablement marqué par son vocabulaire parfois vieillot et d’une action souvent invraisemblable,  mais arrivant avec succès à montrer toute la modernité des enjeux de cette histoire d’amour et de famille.  Lire la suite « Le Cid … toute l’Espagne l’admire »

ORFEO … ou le spectateur frustré

NANCY : Opera pre Generale Orpheo

Il est dans la vie d’un spectateur des rendez vous ratés … pour diverses raisons aussi banales qu’une ligne de métro stoppée par un colis suspect sur le quai, une clé qui se casse dans la serrure au moment de partir, un petit rat enragé qui vous mord alors que vous passez devant l’entrée des artistes, une platée de linguine all’amatriciana trop copieuse qui vous reste sur l’estomac … mais parfois aussi pour des raisons plus mathématiques  liée  à la gestion de la donnée « durée »  incriminant ou bien le compositeur qui n’a pas su anticiper que son opéra serait remonté 370 ans plus tard et donc avec une façon d’assister au spectacle différente ou bien le programmateur qui, trop audacieux, jauge mal la capacité d’écoute de son spectateur. Que la raison en soit le spectateur lui même reste bien sur inenvisageable…!!  Orfeo est le premier opéra donné en France sur une idée de Mazarin qui souhaita importer ce divertissement italien pour la cour du roi de France. Luigi Rossi s’attela donc à écrire un opéra  monumental et surement à grand spectacle sur le thème mythique d’Orphée… on raconte que le jeune Louis XIV avait baillé durant ce spectacle fleuve de plus de 6 heures … par chance la version remontée par Raphael Pichon a été savamment amputée de plus de moitié mais hélas, le fantôme des baillements du roi soleil n’a pas déserté ma loge… et j’en suis bien frustré !

Lire la suite « ORFEO … ou le spectateur frustré »

Le (so cuuuute) Songe d’une Nuit d’Eté

m

« Les passagers à destination de la Forêt Magique sont attendus porte 2 pour un embarquement immédiat » aurait pu être le message de ralliement engageant les derniers spectateurs à prendre place dans la vaste et austère salle de l’opéra Bastille pour assister à l’entrée au répertoire du Songe d’une Nuit d’été, rare incursion dans le ballet à argument qu’avait tenté Georges Balanchine en 1962 pour le New York City Ballet ! Fidèle spectateur de Disney Channel, petite fille ou petit garçon (ne soyons pas sexiste) amateur de Barbie ballerine à paillettes range ton pancake au nutella ce spectacle est fait pour toi ! Il faut bien l’avouer la présentation de ce ballet porte la marque de Benjamin Millepied qui n’aura finalement jamais été aussi présent que dans cette saison qu’il a programmé avant de « going away » et ce Songe illustre tout ce que l’Amérique a de différent de l’Europe. On imagine aisément ces new yorkaises polies, la bouche remplie d' »amaiiiiiiiiiizing », « so cuuuuuuute  » et autres qualificatifs aussi creux qu’énoncés avec conviction et exubérance, se pâmer devant ce fade assortiment de niaiseries, version cup cake coloré dégoulinant d’un nappage de bonnes mais insipides intentions …

Lire la suite « Le (so cuuuute) Songe d’une Nuit d’Eté »

Bejart Ballet Lausanne … 10 ans après

99d17da783
@Lauren pasche 

Cela fait déjà 10 ans que Maurice Béjart, chorégraphe incontournable du XXème siècle, veille sur le Ballet Béjart Lausanne depuis des cieux surement bienveillants à son égard car fascinés par son parcours ;  il a avant son dernier envol laissé la direction artistique à l’un de ses anciens danseurs : Gil Roman. Celui ci continue de faire vivre la compagnie entre reprises des ballets du Maitre et créations personnelles. J’avouerai que je suis mal placé pour juger de la qualité de sa direction, qui semble être ou avoir été décriée, car de mémoire de balletomane je ne crois avoir vu qu’une fois la compagnie danser (bon ok c’était le Boléro! mais quitte à voir un spectacle de Béjart autant voir celui là !!) et que je n’ai concrètement approché (entendez par là « en live ») Béjart chorégraphe que par l’Oiseau de Feu remonté à l’Opéra de Paris en 2013. Le BALLET BEJART LAUSANNE passait en terres maritimes (quel bel oxymore!) grâce à la pertinente programmation de la ville d’Arcachon, toujours de belle qualité notamment en matière chorégraphique : il était donc impensable de ne pas aller à sa rencontre …d’autant que le soirée proposait un ballet de l’Elève et une adaptation rassemblant plusieurs extraits de ballets du Maitre  Lire la suite « Bejart Ballet Lausanne … 10 ans après »

Le Misanthrope … la version rêvée

6978676lpw-6979392-le-misanthrope-moliere-hervieuleger-comediefrancaise-jpg_4083477

Il est dans un parcours littéraire des oeuvres dans lesquelles on revient sans cesse.  Avec certaines tragédies de Racine (Bérénice, Phèdre, Bajazet) et les sublimes Liaisons Dangereuses de Laclos, le Misanthrope de Molière est de ce genre de chefs d’oeuvre… A les explorer sans cesse, retrouvant à chaque fois l’émotion de la première lecture et découvrant en même temps de nouvelles subtilités, de nouvelles harmonies dans le style et de nouveaux échos, on se fait peu à peu sa propre idée de la chose, on s’approprie la psychologie des personnages, on se persuade de la géographie du monde où se passe l’action … bien difficile après cela pour un metteur en scène de vous convaincre, voir de ne pas vous heurter quand il vous flanque sous le nez SA vision des choses … avec son Misanthrope, Clément Hervieu Léger m’avait en 2014, totalement emporté après la débâcle de la version de JM Sivadier à l’Odéon l’année précédente. Revue en 2015, après la déception de celle exubérante de Michel Fau, il me fallait encore revoir cette production idéale … par bonheur, la revoilà ! Lire la suite « Le Misanthrope … la version rêvée »