Tree of Codes … écrasante soirée

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Je l’ai toujours dit quand le concept et la recherche d’un bel effet veulent s’imposer à la pureté et au naturel d’une émotion, le résultat ne me plait que rarement … on ne va donc pas tourner autour du pot :  Tree of codes de Wayne Mc Gregor a provoqué chez moi un ennui mortel tant et si bien qu’au bout de 20 minutes je regardais déjà ma montre, qu’au bout de 30 j’étais pris d’une douce léthargie avant que dans les dernières et salvatrices 10 minutes la musique totalement dansante de Jamie xx me fasse à nouveau me trémousser sur mon siège et me fasse penser que oui, définitivement, une soirée mousse à Garnier serait totalement décadente et géniale ! Car oui, le ballet de l’Opéra danse aussi sur la musique d’aujourd’hui de ce jeune musicien anglais qui en plus de sa carrière solo et en groupe remixe aussi et produit Drake, Adele ou Alicia Keys … 

Le point de départ de ce ballet est la « chose » nommée Tree of codes, un livre fabriqué par Jonathan Safran Foer en 2010 en découpant littéralement le texte dans les pages du livre de Bruno Schulz (1934) The Street of CrocodilesCet objet obtenu, lisible d’après ce que j’ai cru comprendre, raconte de ce fait une toute autre histoire … nous ne saurons pas laquelle car le ballet proposé n’a pas pour but de se servir du livre ni même d’en évoquer le contenu … tout cela d’ailleurs semble très mystérieux et en tout cas suffisamment hermétique pour que ma paresse intellectuelle si gentiment soulignée récemment ne me pousse pas en à savoir davantage (de toute façon le livre est épuisé et pas ré-édité). Je ne détaillerai pas l’analyse fine de ce ballet qui m’est passée, brut de décoffrage que je suis, largement au-dessus de la tête en visionnant le spectacle mais qui est superbement expliquée dans le programme de la soirée par Claudia Palazzolo … et quand on parle de ballet conceptuel on est ici à fond dans le sujet.

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Décors et lumières signés du plasticien Olafur Eliasson sont les figures majeures du spectacle et c’est bien la le problème ; ces créations tellement puissantes tant physiquement que dans l’ambiance qu’elles créent écrase tout le reste. Couleurs vives, jeux de miroirs, éclairages intenses , immenses formes à géométrie variable évoquant un cauchemar trigonométrique, signes distinctifs du designer danois sont d’un efficacité visuelle certaine (qu’on aime ou pas est ensuite un autre problème) mais coupe toute l’énergie d’une danse pourtant bavarde, riche et extraordinairement vivante (c’est le moins que l’on puisse dire tant le mouvement ne s’arrête jamais). La musique de Jamie XX est d’emblée entrainante et les 10 premières minutes vous prennent aux tripes et vous lance une invitation à la danse ; l’effet est là encore très réussi dès le premier numéro où les danseurs sont dans le noir complet, seulement repérables par des points lumineux collés sur leurs bras, leurs jambes et leur côtés donnant un effet de constellation vivante … effet qui fonctionne bien 5 minutes mais tombe à plat assez rapidement il faut bien l’avouer. La suite est beaucoup moins prenante : la musique se fait plus lounge (comprenez musique au kilomètre) faisant regretter que le service bar ne passe pas de loge en loge pour vous donner un cocktail à boire car tout ce que m’a évoqué la partie centrale de ce ballet est l’envie de siroter un mojito … alors oui on dira qu’il y a de beaux effets comme ces bras traversant une corolle de papier alu et donnant un effet kaléidoscope , comme ces pas de deux doublés et démultipliés par des miroirs reprenant les images des corps irisés de lumière changeantes … c’est joli c’est vrai … mais émotionnellement  efficace  en aucun cas ! Rapidement une immense verrière vient séparer les danseurs de la salle et ainsi finir de les faire passer pour des créatures du jardin des plantes coupant définitivement toute relation sensorielle et émotionnelle avec le public.

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Et pourtant comme dit plus haut la danse de Wayne Mc Grégor pourrait être captivante par sa façon très personnelle d’imbriquer des gestes classiques et des canons beaucoup plus contemporains à travers des extensions acrobatiques, des torsions du bassin et du buste, par l’inflexion des axes de gravité, par la pulsation de vie qui se dégage du mouvement à travers un mouvement permanent reléguant aux oubliettes la pose (le point d’orgue) classique tout en conservant la beauté des lignes … l’image d’un dernier sursaut de vie aussi où les malheureux danseurs semblent s’asphyxier derrière la paroi vitrée et convulser péniblement. Parmi eux, Marie Agnes Gillot dont la silhouette est parfaite dans ce registre montre quelques limites physiques dans une partition physiquement éprouvante. Lydie Vareilhes et Lucie Fenwick, Sébastien Bertaud et Julien Meyzindi ne dépareillent nullement, bien au contraire,  au milieu des danseurs de la Company Wayne Mc Gregor. Jérémie Bélingard que l’on ne voit plus depuis longtemps déclarait forfait juste avant la représentation pour blessure. Passées quelques surprises visuelles dont l’effet  s’estompe rapidement Tree of Codes fut pour moi, Oooo Sacrilège, une heure 20 d’ennui et de désintérêt quasi total ne proposant rien à quoi me raccrocher : ni une scénographie grandiose mais sans impact suffisant pour provoquer mon adhésion, ni une musique par trop easy listening et encore moins par une chorégraphie écrasée par ce surplus de crème fouetté design. Oeuvre complexe il faut en convenir mais réduisant les danseurs à un rôle bien trop annexe.

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Tree of codes – Wayne Mc Gregor – Ballet de l’Opéra de Paris – Palais Garnier – Samedi 18 février 2017

Crédit Photo Stéphanie Berger

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