Candide … mais oui tout va pour le mieux

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Fut un temps des metteurs en scène assez emblématiques passaient par Bordeaux et laissaient des productions d’ailleurs jamais (ou presque) reprises comme si tout allait bien dans le meilleur des mondes et que l’on pouvait se permettre de n’être pas un théâtre de répertoire et de proposer chaque année des (co) productions nouvelles que l’on ne reverrait plus (pour certaines heureusement). Je repense à Robert Carsen et ses superbes Nozze di Figaro de Mozart, (non sans une certaine émotion car cette production fut mon dépucelage lyrique « live ») ou son audacieux Midsummer night’s dream  de Britten co produit avec le festival d’Aix en Provence et à Francesca Zambello qui avait livré au Grand Théatre un vigoureux Fliegenden Höllander et une controversée mais fidèle Traviata suivis à Paris d’une production historique de War and Peace de Prokofiev. C’est donc impatient que j’attendais son Candide de Bernstein déjà rodée au Glimmerglass Festival et auréolée de bons échos lors de la reprise au Capitole de Toulouse. Non pas que proposer  Candide dans une saison lyrique quasi inexistante m’ait semblé être une urgence vitale mais plutôt en me réjouissant de rentrer enfin (fin janvier il est temps) dans cette saison lyrique bordelaise et de ré-aborder ce petit bijou de la littérature que tout bon professeur de français devrait demander à chaque élève de relire une fois sorti du circuit scolaire.

 Une oeuvre hybride et borderline pour l’opéra addict

Il n’est à travers ce sous titre nullement question de remettre en question le génie de Léonard Bernstein qui s’attelle ici à un défi de taille : adapter le roman de Voltaire en opéra. Tout dans le livret de départ semble anti-opératique : beaucoup de péripéties sans vraiment de lien dramatique, beaucoup de personnages tous très hauts en couleur… cela parait au premier abord difficile de monter quelque chose de scéniquement cohérent mais quand on est un génie , rien n’est impossible.

candide-francesca-zambello-karli-cadel-the-glimmerglass-festival-768x512Réussissant à teinter chaque personnage d’un style musical propre tout en préservant une unité sur l’ensemble de sa pièce, Léonard  Bernstein tisse un canevas alliant après une traditionnelle ouverture :  airs d’opera (Glitter and be gay), choeurs de comédie musicale (What a day for an autodafé) et petites chansons ponctuant des scènes de pur théâtre. Se pose donc toujours la question de comment aborder l’oeuvre … comme une comédie musicale, une opérette, un opéra et donc de savoir quelles voix utiliser …De Broadway à la Scala de Milan, il faut bien avouer que tout types de voix se sont confrontées à cette oeuvre hybride demandant des interprètes avec des qualités vocales évidentes mais surtout un jeu scénique  efficace, indispensable pour arriver à faire vivre ces péripéties qui s’enchainent à un rythme trépidant. Si quelques airs et mélodies sont de belle facture et terriblement entrainants, l’oeuvre présente quelques redites (moins subtiles qu’un leitmotiv wagnérien) et quelques longueurs qu’une mise en scène enlevée peu facilement gommer.

32Et l’approche de Francesca Zambello est dans ce sens plutôt efficace. Faisant fi de toute idée de transposition elle nous plonge dans un entrepôt (?)  ou peut être une salle de spectacle désaffectée à en juger par l’architecture rappelant par ses poutres celle d’un théâtre ancien. A l’aide de praticables mobiles, elle structure et module l’espace faisant passer du château du baron où commence l’histoire, à une place de Lisbonne après le grand tremblement de terre, d’un tripot vénitien à une salle de conseil de l’inquisition, de l’Eldorado au jardin de Candide sans que le spectateur se lasse de voir le même décor pendant les 2H30 de spectacle. Toujours pertinente, la mise en scène fait vivre dans un décor unique le tour du monde du héros et arrive par une habile maitrise des mouvements de foule à centrer l’attention sur les personnages essentiels de chaque scène.

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Une distribution homogène et efficace

Côté voix, il faut bien avouer que la majorité des chanteurs présents sont parfaits dans cette production et l’on comprend bien que leur tournée y est pour quelque chose toutefois  on reste un peu étonné de voir certains rôles de « vrai » opéra figurer dans leur biographie. Mais c’est de Candide dont il est question ce soir alors ne jouons pas les fines bouches. La plus vocalement atypique est la Duègne de Marietta Simpson dont l’extraordinaire performance scénique compense une ligne de chant semblant rescapée d’un champ de mine. Parmi les second rôle Andrew Maughan se distingue avec un vaillant Cacambo ; Kristen Choi et sa brillante et si drôle Paquette. Matthew Scollin apporte de superbes couleurs de baryton basse au personnage de Martin.  Si Ashley Emerson laisse un peu perplexe dans le redoutable Glitter and be gay, elle incarne à merveille Cunégonde. Andrew Stenson doit être un beau ténor mozartien à en juger par une belle ligne de chant, toute en souplesse et un timbre rond et chaleureux. Wynn Harmon interprète un Pangloss volubile, doublure de Voltaire. L’orchestre est mené de main de maitre par James Lowe qui choisit une direction punchy mais d’un parfait équilibre entre le plateau et une fosse richement garnie (parti étant pris de monter l’oeuvre comme un réel opéra). On en ressort fredonnant quelques airs récurants et immanquablement de bonne humeur !

CANDIDE – Léonard Bernstein Opéra National de Bordeaux – Gd théâtre Mercredi 25 janvier 2017

Credit Photo Carli Kadel The Glimmerglass Festival
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