Petites virtuosités variées …

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3ème étage avait foulé le sol landais en 2006 à Vieux Boucau la patrie de Mathilde Froustey, anciennement membre du corps de Ballet de l’Opéra de Paris actuellement principal au San Francisco Ballet; quelques 10 ans plus tard, la joyeuse troupe retrouve les Landes avec un plaisir visible tant vis à vis de l’accueil d’un public en manque de sensations nouvelles que de celui des organisateurs beaucoup plus impliqués dans le montage du programme que ne le sont leurs collègues dans d’autres usines à spectacles. L’envie de Samuel Murez, presque une mission sacerdotale à en juger par l’enthousiasme avec lequel il en parle, est de proposer à travers une démarche toujours très réfléchie une adaptation contemporaine, (dans le sens « de notre temps ») de la tradition classique  dont il est issu et d’apporter un peu de déséquilibre (folie) dans un milieu gardant dans l’esprit du grand public une image austère, sérieuse et élitiste…  Il parait à ce propos amusant de voir à deux jours d’intervalle Germain Louvet et Léonore Beaulac, jeunes étoiles du ballet de l’OdP, démystifier le « danseur classique »  (et la fameuse gaine !!) dans un show TV large audience , et Samuel Murez triompher avec sa compagnie dans un petit village des Landes pas forcement rompu à l’exercice de la barre ou au travail de l’en dehors. 

Ces Petites Virtuosités Variées sont la version petit format de Désordre(s) qui avait dans la région clôturé le festival Cadences 2016 à Arcachon. L’impression en sortant de la salle est la même … et j’avais déjà beaucoup dit ici.  S’il s’agit de secouer le vocabulaire classique, Samuel Murez est bien l’homme de la situation ; mais attention, il ne s’agit pas de « secouer pour secouer » … c’est une facilité que beaucoup se permettent mais que le jeune homme s’interdit. sameul-murez-desordesPour lui, et son spectacle s’en ressent complètement, la culture classique est un socle omniprésent, que l’on ne peut nier ou balayer d’un méprisant revers de la main mais qui ne ne peut non plus survivre si on la met sous cloche en niant aussi que le monde, la technologie, les moyens d’expression artistique et le public, qui est sa raison d’être, évoluent aussi. L’enjeu est donc de trouver un équilibre entre cette évolution dans la manière de la présenter (qu’il faut indéniablement prendre en compte) et le maintien de l’intégrité de son message, de ses valeurs et de son sens. Tout cela n’est possible que par un travail construit et réfléchi, ici d’une manière extraordinairement fine, par un souci du détail apporté à tous les niveaux et par une cohabitation très réussie des prouesses artistiques et techniques… et à voir le spectacle on se dit que cette philosophie là est sûrement un moyen efficace d’attirer un public différent et surtout de le convaincre que la danse classique n’est pas qu’un tutu poussiéreux ! car ce spectacle n’est, contrairement à ce que le public néophyte en perçoit, QUE de la danse « classique » tant y foisonne tout ce qui fait le parcours de son créateur dans le répertoire du Ballet de l OdP.

L’illustration de la virtuosité aurait pu être faite de manière simple en proposant des pirouettes et des sauts spectaculaires , c’était sans compter l’exigence et la recherche de l’excellence de Samuel (valeurs typiquement chevillées au corps du danseur) . Ce spectacle propose bien plus que cela en déplaçant la virtuosité du danseur à un cadre plus large : artistique (en multipliant les moyens d’expression) et technique (en réalisant des prouesses de régisseur).

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Hugo Vigliotti

Il y a bien sur des pièces dans laquelle la virtuosité est évidente comme dans Cordialement qui ouvre la soirée dans un style « gala de danse classique » où se déroulent sous les yeux d’un public conquis toutes les figures les plus spectaculaires de l’abécédaire du petit rat de l’opéra. Cette pièce pour commencer est une petite vacherie du chorégraphe : la scène ici est dure, parait étroite et l’on sent que les interprètes prennent un peu leur marque et ne se lâchent pas complètement ce qui fait perdre un peu d’intensité au propos. Tout cela rentrera rapidement dans l’ordre jusqu’au final explosif

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@Carli Kadel

Mais la virtuosité ne s’arrête pas à de la simple technique de danseur dans ce spectacle : elle est partout ! Il y a de la virtuosité dans les improvisations théâtrales de ces curieux personnages « me » portés notamment par la présence scénique d’une incroyable  puissance de Lydie Vareilhes et l’humour charismatique de Hugo Vigliotti . Il y a de la virtuosité dans le réglage des éclairages : celle ci est parfaitement décortiquée dans Processes of intricacy qui fonctionne toujours aussi bien en montrant le spectacle brut (pas de musique, juste le souffle et la voix des danseurs et surtout les top du régisseur) et superbement mise en application dans chaque pièce. C’est aussi en virtuose que chaque danseur (seuse) se détache de la rigidité du ballet classique : on pense ici au numéro de Simon Le Borgne dans Trois montrant un pas de trois (quel à propos!)  classique éclater totalement pour se transformer en battle durant laquelle l’hilarant danseur se laisse aller à sa totale folie. On pense aussi dans un autre registre à François Alu déployant ses talents d’acteur dans les Bourgeois sur une chanson de Brel (et on se demande une nouvelle fois au passage comment ce danseur exceptionnel qui a su étoffer son incroyable puissance technique d’une sensibilité artistique et d’un jeu d’acteur indéniable ces dernières années n’est toujours pas nommée Etoile …et je doute que cela puisse être dans la Sylphide en juin prochain …). La virtuosité tient aussi au fait de réussir le mélange avec une simplicité déconcertante (beaucoup essaie sans y parvenir) des styles et des références au cours du spectacle : du mime aux influences hip hop dans le génial duo Me2 énergiquement interprété par Takeru Coste et Hugo Vigliotti, des pirouettes de Petipa aux allusions à peine dissimulées à William Forsythe  à travers les lignes superbes de Clémence Gross , démantelant l’héritage du ballet de l’Opéra de Paris pour construire un spectacle d’aujourd’hui. La virtuosité est enfin musicale en arrivant à créer un univers sonore totalement original et parfaitement cohérent sur toute la durée du spectacle mélangeant son, musique, voix des danseurs …

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Francois Alu

En décentralisant l’art et le prestige d’une compagnie de renommée mondiale, Samuel Murez et son groupe, débordant d’énergie, pétri de talent et pleinement convaincu  du bien fondé de du projet, s’inscrivent dans une belle démarche d’ouverture de la danse à des nouveaux publics. La diffusion de leur (réel) travail à travers des adaptations du format de leur spectacle sur des scènes moins familières avec ces grandes institutions dorées s’avère être un réel succès à en juger par la jauge de la salle affichant complet et par l’enthousiasme d’un public souvent jeune et captivé …qui trouvera l’envie à travers cette porte ouverte de renouveler l’expérience …

Mission réussie Samuel !!

Petites virtuosités variées – Compagnie 3ème Etage – Salle Roger Hanin – Soustons  Samedi 4 février 2017

crédit Photo Julien Benhamou, Carli Cadel, Steve Murez, Costin Radu

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