La Dame aux camélias …confrontation facile d’Eros et Thanatos

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C’est une lecture taillée à la machette que livre Régis Obadia dans son interprétation du chef d’oeuvre d’Alexandre Dumas. Sa Dame aux camélias n’a ni le côté mélancolique et suranné du ballet de John Neumeier ni la découpe dramatiquement percutante de l’opéra de Verdi. Son approche est frontale et assez binaire : amour et mort. La note d’intention du chorégraphe mentionne quelques succédanés à ces deux alternatives : désir, passion, secrets et trahisons. Si vous attendiez un ballet narratif, vous avez du être déçus : par chance je me suis fais depuis longtemps à l’idée que la narration pour une création contemporaine est une notion bien trop archaïque et m’étais en ce sens préparé à ne recevoir que la quintessence du récit, un peu comme Georges Clooney nous propose l’essence même du café dans une dosette Nespresso.  La scène d’ouverture est forte ; dans un appartement aux murs patinés peuplé de chaises louis XVI un danseur entre en portant un lustre à chandelles ; loin de se contenter de planter le décor, le danseur (Remy Kouadio) se livre à une bataille avec l’objet, joue avec ses oscillations au ras du sol . Métaphore du temps qui passe (les battements du balancier d’une horloge?) obligeant l’Homme à esquiver les coups, métaphore de la mort rodant autour de Marguerite Gautier, courtisane phtysique ? chacun y verra ce qu’il veut mais cela fonctionne bien et plonge le spectateur dans une certaine  attente de la suite. La lumière devient plus forte : on peut entrer dans le vif du sujet. Et là, premier faux pas : la musique de Verdi, de la Traviata (opéra dérivé de cette fameuse Dame aux Camélias) … le choeur des bohémiennes ! le truc déjà casse gueule dans l’opéra lui même (difficile de ne pas direct coller sur cette musique la pub pour un fond de culotte de femme qui voit rouge) devient ici un plan incliné savonneux digne des grandes heures d’Interville .. par chance dans cet ensemble pas franchement raccord niveau tempo, personne n’a en plus « lâché la vachette ». la-dame-aux-camelias-1La musique n’aide pas et cela sera le cas dans la plupart des ensembles (le Dies Irae du Requiem de Verdi … comment avoir l’idée de se confronter à la puissance de cette musique ?). Si l’esthétique est belle, proposant de belles images les ensembles manquent cruellement de musicalité, de legato et d’unité. Pour la plupart les mouvements, très graphiques j’en conviens,  sont mécaniques, sans intention, et quelque part sans âme ce qui est gênant pour débattre de sujets aussi organiques que désir, passion, amour et mort. Ce problème est moins flagrant dans les pas de deux ou les petits ensembles dont certains, bien que toujours assez froids, laisse deviner des mouvements qui, soutenus par plus de lyrisme pourraient être beaucoup plus efficaces sur le spectateur. Nombre de pas font appel à la notion de chute rattrapée ou non et caractérisent assez l’histoire de cette courtisane qui par amour va tenter un moment de sortir de sa condition sans jamais y réussir (et la Marguerite Gautier est en ce sens beaucoup moins politiquement correcte que la Violetta de la Traviata) et devoir tout quitter pour préserver son amoureux de l’aveuglement dans lequel sa passion le plonge. La sensualité et même l’érotisme lié à la notion de courtisane sont parfois un peu traités à grand coup de rouleau Ripolin plutôt qu’à petite touche de pinceau en poil de martre : tenues transparentes, nudité, poses lascives rien n’est épargné … on est dans le sujet certes mais quand on dit vouloir « extraire l’essence des relations et des comportements » on peut surement proposer une analyse plus fine qu’une démultiplication de la courtisane (Leonor Clary, Jennifer Dubreuil, Lola Kervroedan, Noëlle Poulain). ladame-olivierhoueix-01La scène de la confrontation de Marguerite et du père de son amant (seulement évoquée dans le récit de Dumas, sublimée dans l’opéra de Verdi) dure ici un moment sans pourtant livrer son sens : le sacrifice demandé à la courtisane mourante et donc toute l’émotion qu’elle devrait susciter. La mort est symbolisée par des projections de terreau, comme autant de poignées de terre lancées sur le cercueil de la tuberculeuse ; cela donne une belle image et un beau son (par réverbération du bruit de la terre sur la scène), les danseurs viendront y piétiner dedans sans la vigueur du Sacre du Printemps de Pina Bauch auquel cette terre sur la scène ne peut que faire penser. Par une approximation dans l’exécution (excusable du fait du peu de représentations de cette création récente) et par une vision du roman approximative et cédant à la facilité , cette Dame aux Camélias manque un peu d’unité et de sens. Après une adaptation très réussie de Tristan et Iseult l’approche de cet autre blockbuster de la littérature s’avère donc assez décevant. Et dire que c’était un des bons conseils du Vicomte

La Dame aux camélias – Régis Obadia – Olympia Arcachon – Jeudi 19 Janvier 2017

Crédit photo Olivier Houeix
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