Même la Russie bolchévique n’avait pas osé dire çà …

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Le Ballet de l’Opéra de Bordeaux est en pleine représentation de Coppélia dans la version de son directeur Charles Jude. La compagnie s’y illustre avec une rare perfection ainsi qu’une envie de danser et une joie communicatives à en juger par les sourires des spectateurs à la sortie et l’enthousiasme lors des saluts. Et pourtant sous les sourires et les strass couve un grave problème : Sept (certains parlent de dix) postes de danseurs du ballet seront gelés (comprendre non renouvelés) l’année prochaine amputant la compagnie d’un effectif non négligeable. La cause est bien évidemment financière : « nous n’avons pas les moyens de maintenir un effectif de 39 danseurs » déclare dans le quotidien SUD OUEST le conseil d’administration de la régie personnalisée de l’Opéra de Bordeaux.

On sait depuis longtemps que les comptes (quand ils ne sont pas piratés … comment peut on laisser détourner 2,4 Millions quand on est ricrac au point de ne plus pouvoir payer 7 danseurs ? … oh que je suis cynique!)  sont dans le rouge ; on sait aussi que le changement de direction pour succéder à Thierry Fouquet a été largement étudié par la mairie de Bordeaux pour qu’à peine le grand gagnant nommé tout tourne en jus de boudin plus qu’en un délicieux nectar d’Yquem. Loin de vouloir commenter des choses sans en connaitre les tenants et aboutissants, il faut bien constater que la nomination d’un musicien, Marc Minkowski  que je vénère par ailleurs depuis mon écoute de son Ariodante de Handel chez Archiv (1997) ne fut pas sans rappeler la brève et courte histoire de Benjamin Millepied à la tête du Ballet de l’Opéra de Paris. Le poste de directeur d’opéra N’EST PAS un poste artistique mais bien un poste de management et de politique. Il s’agit de piloter un énorme vaisseau … pas de diriger le Fliegender Höllander !! A tel point que soudainement, à la veille de l’annonce de la saison 2017, son projet fut jugé trop couteux, ses compétences surement trop restreintes de sorte qu’on le flanqua d’un administrateur général chargé de le chaperonner et de faire en quelque sorte son travail de directeur à sa place doublant de ce fait les salaires du seul poste de la direction. Sans trop s’avancer, tout le monde se doute que ces deux postes sont chacun surement plus grassement payés et source de plus de frais de fonctionnement qu’un modeste danseur et ses trois paires de chaussons annuelles …

Le Ballet de l’Opéra (tout comme l’Orchestre National Bordeaux Aquitaine qui sera surement le prochain à voir s’abattre dans ses pupitres le couteau des écarisseurs) est une plus value pour le Grand Theatre de Bordeaux et ce, à deux niveaux :

  • d’abord il donne une âme au bâtiment et à l’entité « Opéra de Bordeaux » en les faisant vivre quotidiennement à travers les allées et venues de la compagnie pour des classes et des répétitions, à travers toute une vie sociale et artistique concrète au sein de la maison
  • ensuite il draine un public fidèle (comprenez il remplit les salles) ce que l’on constate aisément (si l’on veut bien ouvrir les yeux) par le taux de remplissage des salles les soirs de spectacle, par l’affluence lors des manifestations visant à faire sortir la compagnie du théâtre (ateliers, projections en plein air…) et par le lien social devenant parfois amical que la plupart des danseurs ont su créer avec leurs admirateurs et leur public …
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Coppélia @J Paulus

Prendre conscience d’un édifiant paradoxe

Ce qui est depuis longtemps paradoxal c’est que cette manne pour la tête pensante de l’Opéra n’ait pas été plus exploitée (dans le bon sens du terme) pour remplir les caisses ; la structure nationale bénéficie d’une compagnie dont le niveau n’a pas été aussi bon depuis longtemps, qui remplit les salles et qui peut user voir abuser de son « made in Bordeaux » pour jouer à fond la carte locale et chauvine dans sa diffusion hors les murs vers un public aquitain qui ne demande que ça ! ajouté à cela le répertoire classique (Le lac des cygnes, Casse noisette, La Belle au bois dormant, Giselle, Coppélia, Roméo et Juliette…) , que Charles Jude a su renouveler avec intelligence est un répertoire qui se fait rare dans les compagnies françaises et que peu de troupes peuvent programmer ce qui pourrait donner lieu à une exportation des productions. Et pourtant malgré un talent reconnu, une demande forte du public et un manque national en terme de grande compagnie « classique », durant des saisons entières le Ballet a du se contenter de modestes programmations et d’une faible ouverture à des influences extérieures (à la seule faveur d’une soirée « nouveaux chorégraphes » 4 Tendances), voir ses tournées annulées ou amputées et devrait maintenant voir son effectif diminuer … alors qu’à côté le monstre administratif qui ne génère que des dépenses et des idées saugrenues ne cesse de croitre et se développer. Certes le nombre de spectacles augmente sans pour autant que le géant s’y retrouve financièrement ni le spectateur artistiquement, certes le géant dépense des fortunes pour tirer vers lui ces fameux « nouveaux publics » qui ne soyons pas dupes ne viendront pas de force remplir les salles s’ils n’en ont pas envie malgré toutes les opérations de communication onéreuses  qui pourront être mises en place …

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Giselle @S Colomyes

A l’heure de faire des économies il serait surement bon de regarder les choses en face. Si l’on se place d’un pur point de vue comptable il parait logique de maintenir une compagnie dans son état actuel qui lui permet encore de faire ce qu’elle fait bien et que son public réclame (à savoir un répertoire varié mais de base classique qu’elle ne pourra plus proposer avec un effectif réduit), de développer ses saisons de ballet qui avec tout le fond de leur répertoire existant pourraient être plus denses et variées et ainsi garantir un public croissant. Il serait bon aussi de permettre à nouveau à cette compagnie qui répétons le est à un excellent niveau de rayonner en France et à l’étranger comme vitrine de l’Opéra et de la Ville, favorisant en ce sens le rapatriement de mécènes plutôt que de chercher à l’étouffer et disons le franchement à s’en débarrasser car on voit bien venir le coup de guillotine que de 7 çà sera 12 puis 20 puis couic ! plus de Ballet dans la maison !

L’avenir de l’Opéra de Bordeaux passe par la survie et la promotion de son Ballet

Le Ballet fait aujourd’hui plus la force de cette maison que ses saisons lyriques au rabais dont la plupart des productions sont à peine vues qu’elles sont déjà oubliées ! C’est avec ses artistes que l’Opéra s’en sortira et pas avec des gratte papiers qui ne voient dans leur poste que l’occasion de parader au premier rang de leur loge  les poches débordant de dollars amassés à force de cumul des postes, de fonctions fantômes et partiellement inutiles …

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La Belle au bois dormant

« Nous n’avons plus les moyens de maintenir (cet) effectif  » …

même en pleine crise, le plus hardi bolchevique n’aurait jamais osé dire çà en parlant des danseurs du Bolshoi ou du Kirov !!  

Ouvrez les yeux bureaucrates

Utilisez votre meilleur atout pour vous sortir de la panade dans laquelle vous vous enlisez ! quand « votre » théâtre ne sera plus qu’un monument à visiter lors des journées du patrimoine alors vous vous souviendrez qu’un jour vous avez sacrifié un cygne, puis 7, puis tout le troupeau et vous vous direz que vous avez eu tort ! battez vous contre ce projet de gagner de l’argent en tuant des petits cygnes encore dans l’oeuf ! Alors oui bien sur vous aurez toute votre hiérarchie, toutes les instances municipales, départementales, régionales, les sous commissions, les commissions, les directions et les ministères contre vous mais osez et battez vous pour montrer que la politique culturelle ne se satisfait pas de strates administratives aussi peu souples qu’un mammouth, qu’elle ne se gère pas en réglant le sort des artistes comme celui de sac de riz au marché d’Haiphong, et prouvez qu’en faisant des coupes budgétaires au bon endroit et en sortant de cette spirale administrative et cupide, un Ballet extraordinaire peut sauver un Opéra National de la faillite et du discrédit !

Vive le Ballet, Vive la France, Vive une république dont les citoyens sont encore éduqués et peuvent accéder à l’Art ! 

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Une réflexion sur “Même la Russie bolchévique n’avait pas osé dire çà …

  1. Hormis le titre (la Russie Soviétique avait bien compris que son rayonnement passait par ses deux grandes compagnies) je ne peux qu’approuver votre billet d’humeur. Merci « Vive le Ballet, Vive la France, Vive une république dont les citoyens sont encore éduqués et peuvent accéder à l’Art ! « 

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