Coppelia …on était trop sérieux il y a 17 ans

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Déjà 17 ans que Charles Jude a monté son Coppélia pour le Ballet de l’Opéra de Bordeaux. A l’époque, seul le côté kitsch et l’américanisation du propos flirtant ouvertement avec la comédie musicale, l’univers des cartoons et la magie à trois francs six sous m’avait marqué … et de là, ce ballet ne m’avait pas laissé un souvenir impérissable. Le revoir régulièrement programmé n’était pas franchement source d’excitation balletomaniaque … et cette saison, son annonce pour Noel m’a paru être un rendez vous moins pire qu’une trois cent soixante quinzième dose de Casse Noisette mais bon … et puis …LA surprise !! Le Ballet de l’Opéra de Bordeaux connait depuis quelques années déjà une fructueuse phase de renouvellement et possède dans ses rangs des talents prometteurs dont certains ont déjà atteint le firmament de la hiérarchie comme la délicieuse Sara Renda qui réalise sa première saison en tant qu’Etoile du Ballet. Si le sommet de la pyramide va devoir rapidement être étoffé pour retrouver une parité homme/femme , le corps de ballet dont dispose la compagnie est à son apogée depuis l’an dernier, où une réelle maturité a pu être à maintes reprises constatée. Des « partenariats » particulièrement équilibrés se sont créés, une parfaite unité de style préservant malgré tout les particularités de chacun a su se mettre en place et une cohésion efficace et sympathique s’est installée. Et tout cela se ressent dans cette reprise de Coppélia qui devient un ballet qui ne frappe plus par son côté kitsch mais bien par sa vitalité, son humour et une sacrée dose de bonne humeur !

Une transposition judicieuse 

Si Charles Jude s’éloigne assez peu de l’argument traditionnel du ballet il déplace l’action dans une Amérique fantasmée des années soixante avec ses barmaids, ses gentils loubards, les gars bien aimés de la US Navy et ses filles bien girly toujours prêtes à les chahuter gentiment ! C’est ainsi que Swanie (Sara Renda) doit épouser Fonzy (Alessandro Staiano), un matelot plutôt dragueur. Les deux sont intrigués (pour des raisons différrentes vous l’aurez compris) par une jeune fille blonde qui lit, impassible à son balcon. Swanie voudrait l’inviter à venir la rejoindre pour danser avec ses amies ; Fonzy lui chante déjà la sérénade sous ses fenêtres ce qui n’est pas du gout de sa copine ! Alors que la nuit tombée, Coppélius (Kase Craig / Marc Emmanuel Zanoli) quitte le bâtiment, une rixe eclate et après avoir mis tout le monde KO il s’éloigne laissant tomber la clé de la sombre demeure. Les filles intrépides s’en emparent et rentrent dans la maison. Fonzy de son côté décide d’escalader la façade pour rejoindre la jolie blonde. Surprises par l’atmopshère étrange des lieux, Swanie et ses amies vont rapidement se rendre compte que la fille est une poupée, genre Barbie grandeur nature ! …mais déjà Coppélius revient et les surprend chez lui … effrayées les filles s’échappent sauf Swanie qui se cache dans l’armoire de la poupée.

15658625_1887242674843952_1265044552_oCoppélius intercepte Fonzy qui lui avoue ne pas avoir d’autre mauvaise intention que de courtiser la jeune fille et même l’épouser. Le sombre Coppélius y voit l’occasion de récupérer l’âme humaine qu’il convoite pour donner vie à sa poupée. Il saoule le jeune homme et commence d’étranges expériences. Swanie comprenant que son amoureux est en danger sort de son placard déguisé en poupée. Le savant fou voyant sa créature s’animer sous ses yeux croit avoir réussi … mais Swanie, ayant réussi à réanimer Fonzy se démasque ; Coppélius est effondré et les deux amoureux en profitent pour s’échapper. Les automates peuplant le laboratoire prennent vie et attaquent Coppélius. En bas, Fonzy rejoint son bataillon pour la cérémonie des fiançailles et tout se finit dans la liesse générale !!

15681687_1887242718177281_1369075082_oToutes ces péripéties donnent à Charles Jude un bon terrain de jeu pour mêler des pas de facture classique comme l’entrée de Swanie et les deux pas de deux des amoureux , mais aussi des pas d’inspiration plus jazzy et des scènes de franche comédie musicale. Le personnage de Coppélius se voit attribuer un style chorégraphique qui n’est pas sans évoquer Fred Astaire. Ces associations qui pourraient surprendre sur le papier fonctionnent parfaitement à condition que tout le jeu théâtral qui les accompagne en fasse ressortir à la fois le décalage mais surtout la grande pertinence musicale. Et toute la force de la compagnie dans cette reprise est de réussir parfaitement ce challenge. Pour ajouter du mystérieux, Charles Jude fait aussi intervenir des numéros d’illusion clins d’oeil aux  effets spéciaux traditionnels dans les grands ballets classiques.

Une compagnie à l’énergie communicative

 Si les solistes sont irréprochables dans leur interprétation, c’est bien le corps de ballet qui insuffle à ce Coppélia tout son dynamisme et sa vitalité. L’ensemble est chorégraphiquement bien réglé avec toutefois deux petits bémols sur le pas de 6 des amies et Swanie qui n’est pas toujours très raccord  et sur les  couples genre chicanos (à en juger par les couleurs -horribles- de leurs costumes) qui constituent un groupe moins homogène et moins convaincant que celui des marins et des amies (peut être en partie à cause de leur rôle moins expressif et utile à l’intrigue). La troupe de matelots est irrésistible de drôlerie et de cohésion. Chaque intention individuelle fait mouche dans le groupe si bien qu’il se crée un véritable dialogue dans les scènes de pantomime allant jusqu’à créer un nouveau vocabulaire sortant des standard « je vais l’épouser, je l’aime … blablabla » ! le « elle est bonne? » d’un marin appelant un commentaire de Fonzy sur l’opulente poitrine de la poupée et les interrogations d’un autre sur ses « petites fesses! » ne sont pas dans le catalogue homologué des gestes de Marius Petipa. Les amies font aussi un travail théâtral énorme et hilarant notamment quand il s’agit de prendre la décision de rentrer chez Coppélius ou de s’approcher de Coppélia … elles font les jeunes filles sans minauder ou en faire des tonnes et cela fonctionne très bien. La pantomime s’enrichit chaque soir  montrant le plaisir que prend la joyeuse troupe à s’approprier le ballet.

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Sara Renda apporte à sa Swanie une fraicheur que je n’avais pas trouvé dans les versions précédentes, son rôle dans cette chorégraphie se détachant  du cliché de la ballerine classique trop sage ou trop dans la recherche de l’esthétique … non pas que Sara Renda délaisse ce côté bien au contraire : dès son entrée et sa première variation c’est un enchantement ! léger, pétillant et plein de caractère ! Alessandro Staiano, artiste invité, est son partenaire sur cette série ! Si techniquement il me convaincra de manière inégale (allant crescendo au fil des soirée !) son charisme et son interprétation rattrapent ses quelques tours à la réception bancale, un ballon faiblard (le premier soir mais beaucoup plus convaincant le soir de sa dernière) ou son manège un peu mou du genou dans le pas de deux final … il incarne un personnage passionnant de bout en bout du ballet. Seul regret, son pantalon patte d’eph’ de l’acte 1 qui lui mange les pieds faisant perdre la finesse de toute sa petite batterie. Les Coppélius de Kase Craig et Marc Emmanuel Zanoli sont deux images complémentaires du personnage, en tout cas deux approches radicalement différentes et c’est encore une force de cette compagnie que de disposer de danseurs capables de jouer des rôles de caractère de manière aussi  variée sur une même production (et une bénédiction pour celles et ceux qui vont voir plusieurs fois le spectacle !!). Si le premier joue de son imposante stature pour proposer un personnage assez proche de « the Mask », à la fois « méchant » de cartoon dans l’acte 1 mais aussi franchement inquiétant et méchant (on pense  à Frankenstein) dans sa conviction qu’il va donner vie à sa poupée dans l’acte 2, le second est plus stylé (cela se voit dès la première variation digne des grands danseurs hollywoodiens), plus rêveur mais tout aussi illuminé dans sa quête de donner vie à sa créature .Si ME Zanoli fait surement moins peur au premier degré, étant en ce sens moins « efficace » que K Craig , il dessine avec plus de finesse un personnage au profil psychologique franchement glaçant. Pour l’un comme pour l’autre on regrette que le chorégraphe n’ai pas un peu plus étoffé le rôle pour les voir danser davantage !

La direction dans un style un peu pompier de Geoffrey Styles ne sublime pas la partition mais colle parfaitement à la version proposée sauf lorsque sans prévenir il ralentit ses tempi notamment dans le pas de 6/7 de Sawnie et ses amies !!

Les distributions prévoient de mettre en avant quelques perles du corps de ballet Ashley Whittle (déjà hilarant en matelot) et Neven Ritmanic pour les garçons et Diane Le Floch en Swanie. Il est d’ors et déjà acquis que leur technique et leur force d’interprétation sauront les mettre en valeur dans des personnages décidément bien sympathiques. Qui a dit que je n’aimais pas Coppélia ? … moi ? mais c’était avant … on était trop sérieux il y a 17 ans !!

Coppélia – Ballet de l’Opéra de Bordeaux – Grand Théatre de Bordeaux – Vendredi 16 et Lundi 19 et Jeudi 22 Décembre 2016

(Crédit Photo Julien Palus) 
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3 réflexions sur “Coppelia …on était trop sérieux il y a 17 ans

  1. Un petit message pour vous remercier de vos articles toujours aussi brillants et drôles . Petit souffle d’air frais dans ce monde un peu compassé des balletomanes 🙂 Diane le Floch et Neven Ritmanic ont effectivement éclaboussé de leur talents les quelques représentations qu’ils ont eues.Ashley Wittle a plutôt déçu en revanche. Ce Coppélia est drôle et enlevé. Souhaitons que les problèmes actuels ne fasse pas disparaître cette troupe …

    Aimé par 1 personne

    1. un grand merci pour votre commentaire …il est important pour tous ces jeunes danseurs d’avoir des occasions de prendre leur marque dans les rôles principaux afin de pouvoir fièrement « étoiler » plus tard la compagnie à qui je souhaite un avenir plus serein que le trouble administratif qu’elle traverse en ce moment ! un grand merci encore pour votre fidélité

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