Actéon/Didon et Enée : une leçon de musique baroque

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Le théâtre des Champs Elysées n’est pas mon théâtre parisien préféré ni pour son architecture art déco que je trouve totalement kitch ni pour son public globalement fade et trop bien élevé et encore moins pour sa programmation qui offre de superbes distributions et de beaux opéras mis en scène ou en version de concert mais selon un calendrier totalement inadapté au passionné qui n’habite pas la capitale. Une programmation parisienne pour des parisiens donc… un petit écart dans leurs habitudes a programmé ces deux bijoux baroques un samedi soir ! il ne fallait pas plus pour que le Vicomte passe outre ses réticences et s’engouffre dans une microscopique loge pour se replonger dans les splendeurs de Versailles !

 Actéon

Sous le règne totalitaire du surintendant de la musique royale, un certain Lully, il était bien difficile de faire accepter un opéra en bonne et due forme (un prologue glorifiant le monarque et les 5 actes règlementaires) sur la scène royale. Avec une habileté insolente, Marc Antoine Charpentier présente donc en 1684 un petit concentré de tragédie lyrique en sous la forme de cette Pastorale en 6 scènes. Loin des règles quasi-militaires du modèle de l’opera français de l’époque il cisèle une partition qui reflète avec finesse toute la délicatesse de la musique de l’époque. Dans un style galant sans pour autant tomber dans la préciosité, il resserre en trois quart d’heure les malheurs d’Actéon qui lors d’une partie de chasse tombe sur Diane se baignant avec ses nymphes dans un ruisseau retiré. Il en tombe aussitôt amoureux mais la déesse le démasque caché derrière les roseaux et pour le punir le transforme en cerf. Il finira dévoré par ses chiens … Le rôle titre est sur une ligne vocale plus que tendue, sollicitant un aigu permanent pas forcement évident sur cette ligne mélodique assez prosodique. Cyril Auvity en a fait les frais accumulant les franches fausses notes et les attaques un peu hasardeuses. Sa faible émission nuira aussi à l’incarnation d’Actéon qui, du hardi chasseur amoureux se transforme en un jeune puceau tombant sur sa première femme nue. La scène de sa transformation en cerf sonne cependant d’autant plus juste qu’il y acquiert une voix plus stable et plus virile rendant ce passage vraiment crédible et de fait assez touchant. La Diane incarnée par  Daniela Stkorka est à peine plus puissante sur le début mais s’impose petit à petit donnant un peu plus de rigueur et d’envergure à son personnage. Le rôle de Junon ne permet pas vraiment à Vivica Genaux de se mettre en avant de part ses courtes interventions dans la pièce. C’est l’orchestre des Talens Lyriques qui sublime la partition dans les intermèdes musicaux et dans l’accompagnement des chanteurs qui comme un trait de crayon délicat vient réveiller et rehausser la profondeur d’un regard.

Didon et Enée

Avec ce tube de Henry Purcell (1689), nous replongeons dans un drame amoureux. Didon, princesse de Carthage, héberge le troyen Enée. Elle en est amoureuse (malgré les 20 ans qui les séparent) ; elle brûle d’amour même au point qu’elle est obligée d’épancher son coeur auprès de sa suivante Belinda. Enée est lui aussi amoureux mais suite à l’intervention des méchantes sorcières qui conspirent contre cet amour un peu sacrilège il est abusé par une fausse apparition qui l’enjoint de quitter Carthage et de repartir vers la Grèce pour de nouveaux exploits. Il abandonne donc Didon qui meurt de chagrin dans l’un des plus beaux lamento de la musique baroque. Fair Polishook est un Enée à la voix princière qui s’impose sans aucune difficulté et se pose sur la déclamation requise avec une belle et démonstrative précision. Etienne Bazola hérite du rôle souvent ingrat de la magicienne. Il n’en fait pas des caisses et n’essaie pas de jouer les Cruella Denfer et ça tombe bien. De la même manière Anat Edri et Valerie Gabail arrivent à créer une ambiance machiavélique dans l’antre des sorcières sans déformer leurs voix comme souvent cela est fait mais juste en mêlant leur chant dans des volutes enchanteresses.vivica-genaux Vicia Genaux est dès la courte ouverture possédée par son personnage et joue son rôle en excellente tragédienne. Son air final célébrissime est lancé avec une émotion qui tirerait presque les larmes tellement la ligne de chant est pure ; la voix que l’on avait pu croire il y a quelques temps un peu flétrie est ici d’une rondeur et d’une expressivité poignantes et ce registre à la fois virtuose et  tragique lui convient à merveille. Christophe Rousset dirige ce répertoire avec une finesse et une inspiration qui font de sa vision des choses une évidence  ; ses musiciens notamment ceux soutenant la basse continue accompagnant le chant servent la partition avec une infinie dévotion donnant à chaque coup d’archet une légitimité, un rôle à jouer … rien n’est superflu, rien n’est surjoué ou ne tire vers le pompeux ou l’excessivement élégiaque … une belle leçon de musique baroque !

Actéon (Charpentier) / Didon et Enée (Purcell) – Théatre des Champs Elysées – Samedi 1er octobre 2016

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