SPPF: This is so contemporary !!

 

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Blake Works (C) Ann Ray – ONP

 

 

C’est une soirée typique de l’ère Millepied, qui bien qu’ayant fui le navire signe la saison 2016-2017, avec laquelle le ballet de l’Opéra de Paris fait sa rentrée. Un quadruple bill, accumulation de re-sucées typiquement américaines à peine rangées de la saison passée (Peck et Forsythe) , une création de la très attendue en France Crystal Pite et une invitation à une performance de Tino Seghal.

C’est lui qui signe le préambule de cette soirée se déroulant dans les espaces publics du palais Garnier. C’est grâce à lui que nous sommes accueillis par le personnel de salle qui se met à sautiller et danser un peu connement il faut bien le dire en criant « this is so contemporary »… le programme nous informera qu’il s’agit d’un questionnement sur le contemporain (car oui quoi de plus contemporain que le moment présent) mais de là à aller chercher la « torsion temporelle » produite entre ce « c’est tellement contemporain » et le lieu chargé d’histoire et de tradition issues du passé …cela me donne déjà mal à la tête. Le reste est du même acabit entre transe contemporaine sur des onomatopées et autres bruits de bouche disséminés dans les salon et le grand foyer, à un « happening » sur le thème du baiser dans le salon du glacier ou encore des danseurs et danseuses rampant dans les couloirs … faut il avoir bien peu de considération pour eux !!

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De toute évidence tout le monde s’en fout …

surtout lorsqu’on tombe sur cette scène où un danseur se tortille sur le sol devant une banquette où sont assis des spectateurs qui regardent … leur portable, discutent entre eux et ne calculent pas un seul instant le malheureux qui semble agoniser à leurs pieds. Cela signe pour moi l’échec de ce questionnement sur le corps mis en scène : il ne faut pas avoir réfléchi trois mois et dépensé des milliers d’euros pour comprendre que n’importe quel crétin qui se met en avant va forcement attirer le regard des autres et en ce sens devenir un « spectacle ». Cela signe aussi le fait que l’on peut impunément se foutre de la gueule du monde et en plus être payé pour çà … j’ai failli en apporter la preuve ultime en me roulant moi même par terre pour créer un contre groupe de spectateurs détournés du vrai spectacle …

IN CREASES , Justin Peck :

Justin Peck (ce doit être le prénom qui veut çà!) est depuis quelques temps la coqueluche de ceux qui voient dans la danse états-unienne l’avenir du ballet. De ce que j’ai pu voir de lui, je n’ai jamais franchement eu le sentiment d’assister à quelque chose de révolutionnaire ou du moins novateur dans la forme et encore moins dans le contenu. La reprise de ce ballet entré au répertoire de la compagnie l’an passé (« allez t’es mon pote vient donc créer une choré pour mon nouveau jouet! – Oh merci Benji mon ami !! ») confirme la pâle inspiration du jeune chorégraphe américain. Le choix musical se porte sur une œuvre pour deux pianos de Philip Glass (rien que ce choix musical est pour moi signe le mouton de Panurge tellement il est tarte à la crème dans le domaine de la danse contemporaine), par chance moins hypnotique que d’habitude sans quoi on se serait endormi dès le premier ballet! Tout est très convenu, propre à défaut d’être élégant, indaignablement bien interprété mais cette succession pauses étirées aux allures pseudo-balanchiniennes, ces petits mouvements de cercles et ces effets d’attirance/refoulement ont vite fait de tourner dans le vide et ca n’est pas la partie de « j’emjambe mes partenaires couchés au sol en sautillant » qui suffit à pimenter la chose. Certains passages sont en plus un peu hésitant et les mains de Vincent Chaillet à la ligne parfaite pour ce genre de ballet cherchent parfois celles d’Hannah O’Neill. Marc Moreau semble être le plus convaincu par ce qu’il danse les autres manquants (et quelque part je les comprends) d’énergie et de conviction. Encore un ballet totalement inutile, photocopie de 1000 déjà faits ce qui serait pardonnable si son chorégraphe n’était pas porté aux nues et qui devrait rapidement partir aux oubliettes à l’heure où Aurélie Dupont a repris les rennes de la compagnie.

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Blake Works I : William Forsythe :

A peine a t’il servi à clôturer la saison 2016 qu’il inaugure la saison 2017 ! on ne peut pas dire que cette création pour la compagnie n’aura pas été rentabilisée. J’avais été séduit il y a quelques mois par l’énergie positive que cette pièce dégageait et le potentiel de sympathie envers la compagnie qui paraissait « hyper cool » que ce ballet générait; j’avais émis des réserves sur son vieillissement comparé à l’interstellaire avenir qu’avait eu la dernière création de Forsythe pour la compagnie : In the Middle, Somewhat Elevated et sur le côté sirupeux de la musique.

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Ann Ray @ onp

Passé l’esprit de spectacle de fin d’année et la dynamique de la création, la reprise de Blake Works sonne déjà un ton en dessous. On ne sent plus la même énergie, on ne sent plus la même connivence, la musique fait déjà un peu déjà vue et démodée … bref l’effet euphorisant décrit en juillet n’est plus au rendez vous. Alors certes le pas de deux de Leonore Baulac et François Alu conserve toute son ambivalence entre force et douceur, entre amour et séparation, entre étreintes physiques et sentiment insaisissable (la toujours superbe allusion au cygne) ; certes le pas de deux final entre la sublime Ludmila Paglierio et Germain Louvet est d’une belle pureté et d’un délicieux abandon; certes le jeu de jambe du corps du ballet reste un exemple de style français ; mais le solaire Hugo Marchand a des mouvements trop moelleux là où il explosait lors de la création ; les ensembles sont en place mais il n’y plus ce dynamisant effet « danse en boite de nuit » … bref l’effet de surprise étant passé et l’été ayant balayé tout çà, ce ballet me semble avoir perdu de son aura et s’il avait semblé incarner le « nouvel état esprit » de la compagnie il faut bien avouer que celle ci va devoir se ressaisir pour conserver le nouveau souffle qu’elle avait montré lors de la création.

The Seasons’canon : Crystal Pite 

Et soudain le choc … un choc qui a posteriori aurait pu être plus violent si certains détails avaient été plus approfondis … mais quand même !! quel choc !! Sur le « remix » des inusables 4 saisons de Vivaldi par Max Richter dont je ne saurais que vous recommander l’écoute, la chorégraphe canadienne, danseuse de Forsythe à Francfort, livre une oeuvre puissante qui arrive à extirper de la musique tout ce que cette partition a de mystérieux dans l’impression qu’elle laisse à l’écoute : « d’espaces vastes et vertigineux et de minuscule densité » « de tension entre simplicité et complexité ». julien_benhamou___opera_national_de_paris-2016-17-pite-060-800-362x425Il ne s’agit nullement d’une illustration des saisons mais d’une observation comme zoomée du miracle de la vie. Sur fond d’images évoquant des aurores boréales dorées, on assiste à la genèse de l’Humanité, à des mouvements amibiens d’une créature composée par l’extraordinaire cohésion du bloc de danseurs (plus de 50) parfaitement maitrisé par la chorégraphe. L’effet rendu par les ensembles est bluffant et donne parfois même une sensation de vertige tellement la mouvance des corps crée un effet visuel saisissant et cette cohésion du groupe n’est pas sans évoquer (effet renforcé par les pantalons bouffants et comme empesés de glaise) la force tellurique d’un sacre du printemps. Les duos n’ont hélas pas toujours le même impact ou voient leur intensité se diluer sur la durée  ce qui par moment fait perdre un peu de tension à l’oeuvre et en laissant respirer le spectateur diminue son effet « coup de poing ». De ce fait ce qui aurait pu être LE ballet emblématique de la fulgurante ère Millepied ne le sera peut être pas car cette forte chorégraphie n’atteint pas totalement son but ni son effet qui avec, un travail plus rapproché sur les individus mis en avant aurait pu, avoir l’effet cataclysmique du Sacre du printemps de Pina Bausch.  De ce grouillement de corps émergent certaines personnalités : l’arachnéenne Marie Agne Gillot dont le corps se plie à la perfection à ce langage chorégraphique, Adrien Couvez dans son face à face avec Francois Alu … qui apparaissent avant d’être à nouveau phagocytés par la masse amiboïde géante. Complètement fascinant ; le public ovationne debout pendant 5 bonnes minutes cette pièce qui est le détonateur de la soirée !! A revoir absolument !!

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Julien Benhamou @ onp

 

Sans Titre : Tino Seghal

Je parlais du peu de respect ressenti envers les danseurs à travers les performances d’ouverture de la soirée ; son « ballet » m’en a paru être la confirmation. Son installation est, on ne peut le nier, surprenante et constitue un bel hommage à l’Opéra Garnier dont il exploite toutes les possibilités dans une étrange démonstration technique. Tin Seghal manque en effet de faire disjoncter le boitier électrique de la salle en faisant des effets de lumière : le grand lustre clignote façon stroboscope, les lumières de la couronne tourbillonnent, les loges s’allument et s’éteignent à tour de rôle … la grande salle comme vous ne la verrez jamais plu !! puis c’est au tour des rideaux de scène de devenir fous : ils montent et descendent faisant voir les cintres puis les coulisses sur les côtés jusqu’à la gigantesque porte séparant la scène du foyer de la danse … mais toujours pas de danseurs !! et puis si tout d’un coup la fameuse porte s’ouvre (celle qui ne s’ouvre que pour le défilé de la compagnie … 1 fois par an sur présentation d’un chèque conséquent pour réserver votre place) et le foyer de la danse se dévoile

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Quand l’apparition du Foyer de la danse est le clou du spectacle …

, dans toute sa splendeur et une danseuse en tenue de répétition apparait en demi pointe … elle recule dos au public à toute vitesse vers la scène et vers la salle, rapidement rejointe par les côtés par d’autres danseurs et danseuses… trois d’entre eux iront jusqu’au raz de la fosse et seront escamotés en y tombant  dedans … puis la lumière revient dans la salle et les différents niveaux sont envahis par des danseurs qui se trémoussent comme des zombies semblant vouloir nous contaminer .. cela donne envie de participer et d’ailleurs en secondes loges de côté j’ai pu observer un spectateur et une spectatrice aux prédispositions évidentes se prendre au jeu et libérer leur corps du carcan bourgeois du spectateur de ballet pour se mettre à gesticuler (si tu te reconnais fais moi un clin d’oeil !!) … puis le personnel de salle passe dans les rangs dire que le spectacle se continue dans le grand escalier … les mêmes sont en effet là , à chanter …enfin à braire (plus ou moins faux) en s’agitant comme lors du préambule … la boucle est bouclée .. je fuis !!! Fut un temps on brulait les imposteurs … aujourd’hui on les vénère …

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Julien Benhamou @ ONP

Soirée Seghal, Peck, Pite, Forsythe Opéra national de Paris – Palais Garnier 
Vendredi 30 septembre 2016

 

 

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