Cie Marie Chouinard : 24 Préludes et c’est le Printemps

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24 Préludes : 

Les Préludes de Chopin, tout comme ses Nocturnes sont longtemps restés des pièces pour piano très agaçantes à mes oreilles et je les ai longtemps trouvés trop teintés de mièvrerie et d’un romantisme un peu désuet … et puis à les ré-écouter plus « vieux », à les re-découvrir grâce à Alexandre Tharaud, j’ai finalement réussi à les apprécier sans trop savoir expliquer pourquoi et même à y trouver un certain génie dans la capacité à exprimer sur une si courte durée un concentré d’émotion (un peu comme l’équivalent d’une bouchée en gastronomie!). Ces courtes pièces de quelques minutes explorent toute l’expressivité du piano en dosant les moments élégiaques et les moments virtuoses… ça vous permet de jauger un pianiste çà !! et grâce à la canadienne Marie Chouinard ça permet aussi de jauger une compagnie de danse contemporaine.

Créé en 1999, ce ballet n’a pris aucune ride et il est même surprenant de voir qu’il a déjà plus de 15 ans. Les éclairages particulièrement soignés rythment la succession des 24 pièces pour piano alternant des formes rondes et rectangulaires, des chaudes couleurs rougeoyantes  et des bleus plus froids. La composition est elle aussi construite de manière à éviter tout effet de lassitude ou toute répétition , enchainant solo, duo, trio ou plus … semblant réagir à la musique et ne dépendre que d’elle. La musicalité de la chorégraphie permet aux interprètes de donner de la chair à chaque note, à chaque phrase musicale dans une énergie individuelle et collective très communicative. image_fichier_fr_6466-chopin-2fillesnb_6Avec subtilité Marie Chouinard nous fait passer d’une transe amoureuse à un moment de nostalgie, d’une joie exhubérante à un  sombre vague à l’âme en conservant son style toujours assez brut et sans concession esthétisante. Loin de rechercher des poses esthétiques, elle base son langage corporel sur une certaine spontanéité apparente du mouvement ce qui contribue à donner à son ballet une grande humanité. Sans tomber dans l’illustration simpliste de l’état d’esprit de chaque prélude ou dans ce qui aurait été de fâcheux effets démonstratifs,  elle arrive à transcender la partition et à en souligner avec une rude douceur toute la richesse et la profondeur. Les contraires finissent par se rejoindre : à l’aspect dur des costumes (justaucorps transparents avec du scotch noir sur les seins, le sexe et les fesses) s’oppose la finesse de la gestuelle (notamment des mains), à la puissance des sauts ou de certaines étreintes s’oppose la douceur et la souplesse des ondulations des bustes  … puis tout cela se fond, se mélange et s’apprivoise jusqu’au final où l’ensemble des 10 danseurs (seuses) reprennent simultanément différentes phrases chorégraphiques dans une coulée de notes. Captivant !!

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Le Sacre du Printemps

Dans ce ballet crée en 1993, Marie Chouinard prend un contrepied radical et paradoxalement très « respectueux » avec les interprétations de ce ballet mythique . Souvent présenté comme une opposition entre le groupe et l’Elue qu’il va falloir sacrifier à la Terre, le ballet est ici abordé de manière individualiste. Le parti pris est d’emblée matérialisé par le fait que chaque danseur évolue dans un cône de lumière (et l’on salue ici le travail de la régie pour la précision au niveau du timing franchement très serré de la gestion des éclairages) dont il ne sortira pas ou alors juste pour passer dans le code voisin, donnant un peu l’impression de contempler des petites créatures sous un globe de verre.

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Si les notions de groupe et de sacrifice sont occultées, tout l’aspect « sauvage », dans le sens « organique »ou « viscéral » est conservé et le ballet est porté par un esprit tribal qui nous montre un peu l’Homme revenu à son état naturel. Plus que de « sacre » d’un renouveau printanier, l’idée est plutôt celle d’une genèse, de l’origine de l’Homme, de cette énergie vitale qui apparait engendrant des pulsions sexuelles (finement mais explicitement évoquée par des appendices phalliques portés cà et là par les interprètes). Une scène spectaculaire détourne ces appendices en cornes et nous montre en arrière plan un troupeau de toros dont l’effet est saisissant et que l’on pourrait assimiler à une représentation de dieux païens ; car il est aussi question de çà dans cette version du ballet : d’un rite de vie, de transmutation, de passage d’énergie vitale d’une Force (à défaut être   un dieu) vers l’Homme.  La nudité des corps (femmes seins nus) est habilement gommée par les éclairages si bien que la frontière des sexes est totalement abolie évitant une érotisation de la tension sexuelle qui règne pourtant dans cette chorégraphie comme dans la partition de Stravinksy. On retrouve d’ailleurs beaucoup de références à la chorégraphie originale de Nijinsky dans les positions de mains (qui ne sont pas sans évoquer à plusieurs reprises le Faune et la symbolique de son sexe offert au regard des muses). Combats de centaures, parade nuptiale de licornes, les effets visuels sont marquants et emportent le spectateur dans cet élan que l’on aurait peine à qualifier de collectif car même dans les ensembles les danseurs paraissent toujours seuls et cloisonnés mais pourtant portés par une même énergie et ce sentiment que cette vision de la partition est d’une limpide justesse. A couper le souffle !!

24 Préludes – Le Sacre du Printemps Cie Marie Chouinard – Théatre Olympia Arcachon /Festival Cadences Samedi 24 Septembre 2016

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