Cadences J2 : hésitations bipolaires

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Lorsque Johan Arfwedson identifia les cristaux de lithium au début du XIX siècle, il ne se douta surement  pas que l’équipe de programmation du festival Cadences en aurait besoin pour ré-équilibrer sa bi-polarité artistique particulièrement flagrante en cette seconde après midi de festival deux siècles plus tard !  (je blague, c’est bon la diversité!) Lorsque Stoll et Hoffman synthétisèrent pour la première fois le LSD au début du XX ème siècle, ils ne se doutèrent surement pas que ce puissant hallucinogène serait la source secrète d’inspiration du festival Cadences un siècle plus tard … Petit tour d’horizon de la pharmacopée psychotrope au Théatre de la Mer

Compagnie Diverres : alprazolam

Catherine Diverres propose un programme d’une heure et deux ballets inégaux en longueur et en intérêt. Centro, créé en 2015 met en scène deux hommes : un espagnol et un grec … « du même âge et issus de la même mère Méditerranée, l’un pourrait s’identifier à l’autre et leur mémoire, leur histoire, leurs désirs s’inverser « . Il est question de symétrie, de fusion, d’inversion.. ce ballet, d’une abstraction déconcertante, se perçoit comme ces oeuvres d’art contemporain que l’on n’appréhende pas immédiatement… sans avoir dans quel sens le regarder, sans sa voir où est l’art. Un peu comme dans cette exposition où je me trouvais un jour face à des bouts de moquette découpés en carré et dispersés savamment sur le sol en petits tas de tailles différentes … et de me demander si l’art était concrètement dans la réalisation (les tas de bouts de moquette) ou dans la divagation littéraire de l’artiste (le long texte expliquant son concept). Je n’ai pas su par où prendre ce ballet, je l’ai observé longuement sous plusieurs angles, il est resté obscur et du coup mortellement ennuyeux ; d’autant plus que j’avais l’impression, comme devant mes petits morceaux de moquette,  que l’on se fichait de moi en voulant me faire gober que cette oeuvre pouvait émouvoir, toucher, interpeler, faire frissonner ne serait ce qu’un cil … ce qui me semble être l’essence d’une oeuvre d’art … car oui pour moi l’Art est avant tout quelque chose qui se « sent », pas quelque chose qui s’explique ! Aussi abrutissant qu’un débat géopolitique en allemand à 4H du mat’ sur Arte. Narcose induite ! sur la digestion d’un canard arrosé d’un bon Médoc en plus , …c’est pas très gentil !
Stance II est empreint de plus de féminité et donc (et la je me trouve très machiste dans ma liaison) de plus de sensibilité. Sur une musique plus facile que la non musique de la pièce précédente, Pilar Andres Contreras, nous entraine dans un univers chorégraphique plus lent, plus rond, à l’esthétique plus abordable mais tout aussi abstraite … de puissamment narcotique on passe à tranquillisant y a du mieux !

Ballet de Poche : caféine 

La compagnie composée de danseurs du ballet de l’Opéra de Bordeaux propose quant à elle un programme varié alliant diverses pages de son répertoire déjà fourni malgré son jeune âge (2015). Le langage est ici beaucoup plus conventionnel et les émotions beaucoup plus « directes » et en ce sens un vrai stimulant directement actif.  La part belle est faite aux créations de Guillaume Debut dont l’univers reste toujours très proche du theâtre, faisant évoluer des personnages très rapidement caractérisés et que le public s’approprie facilement. L’humour (subtil et pince sans rire : on adore) est toujours présent dans Galerie et Le lac Du Swing tandis que la poésie s’installe sans niaiserie dans le naif ballet Mimique créé pour l’occasion, rappelant les dessins de Raymond Peynet.  peynet
A côté de cette galerie de personnages, des compositions moins narratives montrent les solides bases néo classiques des interprètes de la compagnie totalement investis dans les rôles d’amoureux qui parsèment le programme. Les Vieux Amants de Marina Kudriashova souffre à mon goût de son choix musical et de la distribution qui si elle fonctionne magistralement dans le domaine classique (on se souvient de K Craig et C Teisseyre dans le pas de deux du cygne blanc), manque ici de « chair » sur une bande son de Brel terriblement présente au point d’en atténuer les belles images et les beaux élans charnels de cette chorégraphie. Seulement un voile de Marc Emmanuel Zanoli profite d’un ciel typiquement Magritien, et donc tout à fait adapté à son origine « les Amants » de Magritte. Le visuel reprend audacieusement le tableau du maitre et si le choix musical ne me convainc pas pleinement (Prokofiev reste pour moi trop connoté comme musique) la fluidité du mouvement, parfois peut être trop bavard, est superbement rendue par les interprètes M Guizien et A Whittle qui dégagent,malgré leur visage « masqué » en référence au tableau, une aura pleine d’émotion. Enfin Orphée de Christine Hassid est une belle chorégraphie qui sait être contemporaine sans tomber dans une abstraction inaccessible. Des attitudes fortes ponctuent cette belle création, dansée par M.E. Zanoli, qui aurait mérité un autre choix musical que cet air que j’adore pourtant de l’Orphée de Gluck. Quoiqu’il en soit l’énergie, la générosité et le talent des interprètes ont réveillé le public mis KO par les ballets précédents ! Bravo

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Compagnie Gilschamber : scopolamine

Gilles Schamber présente la Trace, pièce pour trois danseuses dont le but est de laisser une trace dans la chair de ceux qui regardent le spectacle. Sur une musique un peu psychédélique, trois superbes créatures ondulent dans ce que d’abord je compare à un générique de James Bond des années 80. Puis vue la durée du ballet et ma difficulté de me prendre au jeu de ces danses de plus en plus lassives je decide de rebaptiser le ballet : Hallucinations après ingestion d’une infusion de Datura. Sous l’effet hallucinogène des alcaloïdes de la plante, un jeune homme décompense ses névroses liées aux trois femmes de sa vie : sa mère, sa soeur, son épouse. Son Oedipe se réveille et ses pulsions de désir pour sa mère commencent de le perturber. Il refoule les images sexuées de la matronne mais doit déjà faire face au désir incestueux de sa soeur fantasmant le corps du frère, le seul homme de la maison depuis le départ du père.

img_1369Puis l’épouse entre en jeu et sa rivalité avec la mère qu’elle veut remplacer dans la vie du jeune homme. Cette imbrication de pulsions sexuelles, de fantasmes et de refoulements devient insoutenable pour le malheureux qui décide de mettre fin à ces jours livrant son corps mort à la furie des trois femmes … mais hélas le ballet n’est pas fini alors que mon histoire touche à sa fin … alors je regarde tourner la queue de la baleine dans le lointain … c’est à ce moment là que je décide aussi de zapper la compagnie suivante et de me faire une glace et une bière pour me remettre de ce mauvais trip … A noter que ce ballet est loin d’être mauvais mais qu’il a besoin surement d’un autre cadre, d’un éclairage, d’une ambiance plus confinée pour produire son effet.

Compagnie Alexandra N’Possee : THC

La dernière compagnie a se présenter sur la scène du Théatre de la Mer bénéficie d’une superbe luminosité, d’un jeu de lumière dorée et d’ombres sur les corps des 3 danseurs de hip hop qui vont danser Reconstitution. Ce ballet est suffisamment abstrait pour que chacun y trouve son histoire et il est amusant d’entendre ce que chacun a imaginé à l’issue de la représentation mais tout le monde semble revenir de manière plus ou moins détournée à une notion de passage du temps, de déchéance, de souvenir et de la relation avec ceux qui assistent à l’effet de tout ça sur un proche. Sur une base de hip hop qui pour une fois semble sortir de l’ambiance « battle » Abdennour Belalit livre une oeuvre pleine de tendresse, de drôlerie et d’émotion sur un assemblage de musique soigné (encore le Cum dederit du Nisi Dominus de Vivaldi décidemment toujours aussi efficace!). On ressort troublé mais apaisé de ce programme idéalement placé pour clôturer cette session 2016 sur la plage. De très belles images et un de mes coups de coeur du festival !

Je rappelle que l’usage de psychotrope est dangereux pour la santé et que la plupart des substances mentionnées dans cet articles sont soumises à règlementation.

Cadences Theatre de la mer – Dimanche 25 Septembre 2016

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