Cadences J1 : entre vertus cardinales et péchés capitaux

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Première après midi complète au sympathique Théâtre de la Mer, scène toujours aussi redoutable pour les compagnies : imaginez une scène nue, montée sur la plage avec pour fond le bassin d’Arcachon qui se déploie, ses voiliers, ses pinasses, ses mamies qui traversent le cadre en marchant dans l’eau fraiche pour retrouver leurs jambes de ballerines d’antan …pas simple de s’imposer, de capter le regard et de maintenir l’attention devant ce panorama somptueux … et quelqu’en soit le résultat bien audacieux qui s’y frotte ! 

La programmation de la journée flirte décidément beaucoup avec les arts de la rue et du cirque et ce penchant, justifié lors du petit discours informel inaugural par le fait que cirque et danse ont une certaine parenté, ne saurait à la vue du niveau artistique de ce qui a été proposé que faire regretter que de jeunes vraies compagnies de danse aient été écartées pour se permettre ce hors sujet pas toujours convaincant. Il nous a été donné l’occasion, en bon vicomte janséniste, de réviser nos vertus cardinales et péchés capitaux et de, magnanimement, distribuer nos prix.

Compagnie du Fil à Retordre  : Paresse

Pour débuter l’après midi, un numéro d’art de rue interprété par un duo homme/femme  fort sympathique au demeurant alliant jonglerie savante et rythmée avec un diabolo, acrobatie spectaculaire avec des portés à deux ou une main et humour un peu potache, déjà vu mais qui fonctionne bien grâce au potentiel attachant de ce duo. Le numéro s’essoufle hélas bien vite et peine à maintenir l’attention durant les 55 minutes du programme. Nul doute qu’en développant d’autres numéros et en diversifiant leur gamme de gags, ce couple « normal » (ils ne sont ni scandaleusement beaux, ni ne déploient de colossaux moyens matériels tape à l’oeil …) pourrait proposer quelque chose de plus conséquent et de plus abouti tout en conservant leur esprit improvisation/autodérision. Avec la facilité avec laquelle ils se mettent le public dans la poche, ça ne devrait pas être dur  pour eux de produire avec leur normalité plus que n’a produit notre président « normal » !

Compagnie les Vickings : Justice

La compagnie, créée par Sara Olmo et Victor Launay en 2014, remporte le prix du concours les Synodales en 2015 et çà n’est surement que justice quand on voit le travail proposé aujourd’hui. Dans les deux ballets « L’Etreinte » et « Aveuglement » ils partent d’une note d’intention, développée, décortiquée, tenue jusqu’au bout et magnifiquement portée par ce duo à la complémentarité évidente. Dans le premier un homme qui convoite une femme qui le repousse ; pour la convaincre il n’a de cesse de l’étreindre de manière parfois maladroite, souvent passionnée, des fois violentes … cela sert de prétexte à des enroulements improbables , à des portés inattendus … à tout un langage nouveau dans lequel les corps s’imbriquent, se repoussent, laissant respirer entre eux l’espace pour mieux le distendre et le réduire à volonté. Il se dégage de ce pas de deux une impression douce amère entre violence et apaisement parfaitement maitrisée par les deux danseurs qui nous embarquent dans leur histoire et captent notre regard sans le perdre une seconde.

1459195_441811125923242_1953212978_n-2Aveuglement est l’histoire d’un aveugle qui vient de perdre la vue. D’abord perdu dans le monde (effet poétiquement rendu par l’évitement des gestes de l’homme par la femme), il va finir par apprivoiser sa cécité et retrouver une perception différente de son environnement. Ici c’est la fille qui guide l’homme, dans des portés bluffants quand on voit son petit gabarit mais qui ne tombent jamais dans la démonstration de force ; tout reste parfaitement dosé dans la relation qui va peu à peu se tisser entre les deux personnages. De la très belle danse, de très bonnes idées et un langage chorégraphique qui se démarque de ce que l’on peut trop souvent voir.

Compagnie Grégoire : Avarice

17 nuits sans sommeil est une histoire d’insomniaque inspirée d’une nouvelle de Murakami. L’esprit japonais est conservé dans la scénographie et l’art de l’épure poussé à l’extrême par Muriel Corbel ; le ballet se déroule sur une sorte de tatamis blanc avec une jarre en terre cuite et une théière, un homme et une geisha. Tout est minimaliste de la gestuelle au contenu de cette pièce qui réussi paradoxalement à endormir  en 17 secondes !! Tout reste hermétique, du concept visuel à l’énergie du couple qui reste déconnecté du public. Il ne ressort rien de cette  masturbation cérébrale nippone … si ce n’est l’envie de hurler pour que cela s’arrête. Malgré la proximité du public, aucun échange ne passe cela reste sec et aride, totalement avare d’émotion.14446236_1153200904746724_8194092009377999358_n

Compagnie Grenade : Force

Place à un habile mélange de styles avec Time Break, revu en avant première par Josette Baiz et sa compagnie. Si la mouvance de ce ballet reste très « hip hop » avec un esprit « battle » toujours présent , la chorégraphe y injecte des références à d’autres styles et l’on retiendra particulièrement une « parodie » très expressive du cygne classique et l’entrainant cha cha cha. 14457313_1153200531413428_1620247740045192266_nCes jeunes danseurs bouillonnent d’envie, de joie d’être sur scène, d’humour aussi et même si sur la longueur la pièce présentée a du mal à se renouveler et à maintenir son cap sans se perdre dans quelques disgressions c’est une belle énergie qui se dégage de cette compagnie et un fort élan de sympathie qui donne envie d’en voir plus (je n’ai hélas pas vu leur représentation en soirée la veille dans la grande salle du festival)

Compagnie François Mauduit : Orgueil et Luxure 

La note d’intention de LumiNaissance (vous sentez déjà qu’avec ce titre on part loin!) parle du thème du mythe de la naissance (quel mythe ?) et de la lumière, de la confrontation d’Eros et Thanatos bref de beaucoup de trop de choses pour espérer pouvoir se fixer un fil conducteur dans cette succession d’instants chorégraphiques (dont certains pas foncièrement mauvais en eux) qui, juxtaposés dans un ballet qui n’est pas présenté comme un ballet à programme mais bien comme le développement d’une idée, finissent par donner le tournis. Ca n’est malheureusement pas le choix musical qui « ose » (car certains puristes pourront y trouver un autre thème : celui du sacrilège) faire cohabiter Tristan de Wagner et la Marseillaise (si si je vous jure!) , Carmen de Bizet et Barbara … avec une pincée de Tchaikowsky et une marche de Lully tout simplement mégalo , qui viendra unifier la sauce ! Le fourre tout musical est assorti d’un fourre tout chorégraphique où le jeune chorégraphe hésite entre pointes et pieds nus ou peut être baskets pour l’instant hip hop obligé pour titiller le programmateur et le mécène. 14449743_1153199038080244_1991351763091225533_nL’absence de lien entre les costumes nuit lui aussi considérablement à l’unité du programme. De la naissance et de la lumière il en est question vaguement avec deux poupons provoquant la convoitise du jeune public et surtout avec l’apparition DU chorégraphe Francois Mauduit dans une cape en or , d’Eros et Thanatos a travers les histoires sentimentales un peu compliquées (c’est peu de le dire) de Carmen ou Tristan et Isolde … bref j’ai surtout vu la maitrise du thème : l’art d’enfoncer des portes ouvertes. Les attitudes corporelles sont ostentatoires et narcissiques donnant un air prétentieux à leurs interprètes …Revenez sur terre Hélios ! Quelques points positifs cependant : cela permet de faire un quizz musical (j’ai fait zéro fautes d’après ma copine de jeu mais la dame de devant n’a pas apprécié mon interprétation de Don José) …mais le plus important cela plait au public présent et c’est ce qu’il faut apprécier , mon avis n’étant que purement subjectif !

Compagnie 3.6/3.4 : Tempérance 

De la tempérance au « juste équilibre » il n’y a qu’un pas et d’équilibre, Vincent Warin, ancien champion de France et vice champion du monde de BMX en fait preuve dans sa Pièce acrobatique (et poétique même si l’intitulé officiel ne le précise pas) dansée en solo BMX et violoncelle : L’Homme V.

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@ Studiomarks

Véritable pas de deux entre un homme et son cyclo cette pièce de 30 minutes pêche un peu en longueur mais dose finement les passages aériens où le cycliste réalise des ralentis visuellement très poétiques faisant presque oublier que sous cet homme en apesanteur il y a un vélo et les passages plus acrobatiques. Entre rêverie et humour, art et performance sportive, une relation de complicité se crée entre l’homme et la machine qui deviennent peu à peu une créature unique … fascinante ! Une belle surprise en tout cas.

Théatre de la Mer – Festival Cadences Arcachon Samedi 24 Septembre 2016

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