L’Elixir d’Amour : melodramma giocosissimo

Gran-Teatro-La-Fenice

Sans chercher des poils sur les oeufs ni s’enfoncer dans des théories fumeuses et chiantes !

Une fois n’est pas coutume il n’y a pas de honte à « se la péter » un peu et entamer sa saison lyrique dans l’une des plus belles salles d’Europe (à défaut d’avoir conservé le prestige d’antan en conséquence des coupes drastiques dans le budget culturel italien).  Et rien de tel que de commencer par un ouvrage sans second degré métaphysique, dans une mise en scène non élitiste  ou pseudo intellectuelle bref par une grande bouffée d’air frais après un été un peu marqué il est vrai par la sinistrose médiatique.

2613zm_5645BodyPart2L’Elixir d’Amour est un melodramma giocoso composé par Gaetano Donizetti dans les années 1830 qui raconte les pérégrinations de Nemorino, le simplet du village et pourtant plein de bon sens dans sa naïveté, amoureux d’Adina, la belle gosse de la place (et en plus cultivée – elle lit Tristan et Iseult aux paysans du village) qui en pince pour le prestige de l’uniforme de Belcore, sergent de seconde zone. Evidemment, le malheureux ne peut que se faire recaler … c’est sans compter l’arrivée au village de Dulcamara, charlatan itinérant et de ses élixirs miraculeux. Apres divers rebondissements, Adina cédera au coeur noble et pur de Némorino (et surement aussi un peu à l’héritage qu’il vient de faire pour ne pas finir sur une note trop sucrée et indigeste !). Tout est bien qui finit bien !! et c’est ce versant purement comique et parfois parodique et insolent (notamment envers la gent militaire) qu’a choisi Bepi Morassi, fidèle à cette maison, dans sa mise en scène fraiche, lisible, débordante de vitalité et d’humour. Il nous livre l’histoire, brute avec tout ce qu’elle a de cocasse, de touchant et de parfois gnagnan … Les personnages qui relèvent du registre de l’opéra bouffe y sont truculents ; le couple central  peut être pas très fouillés psychologiquement oscille entre exaltation amoureuse, désespoir et touchante sincérité. La scénographie replace le livret dans un contexte assez commedia dell arte avec une attachement au théâtre net dans les décors souvent faits de toile peinte, de peu d’éléments annexes et de nombreuses « mini scènes » sur la scène. Les mouvements des choeurs, très bien dirigés, contribuent à donner un visuel bouillonnant à cette verve comique et dynamique.

Un plateau vocal inégal mais totalement investi

C’est sur des aigus de Giannetta, la première dauphine d’Adina au concours de Miss Transalpe, que commence l’oeuvre … aigus que nous n’entendrons pas, la malheureuse luttant toute luette dehors, contre un choeur tonitruant ne lui laissant aucune chance de se faire entendre. La suite de la soirée montrera qu’ Arianna Donadelli est le maillon vocal faible du cast … Au revoir ! Elisir1 (Custom)Irina Dubrovskaya dessine un Adina un peu à la serpe, sans grande finesse mais plutôt à grands coups de stéréotypes sans toutefois que cela ne tourne à la caricature. Son personnage est finalement ce qu’il doit être : une paysanne qui se croit grande dame. Vocalement elle se ménage sur le premier acte ayant elle aussi un peu de mal à pousser des aigus capables de planer au dessus des tutti. Ce manque de projection se résout progressivement tout au fil de la représentation sans être pleinement convaincant au niveau du volume sonore (bon il faut dire que j’ai Dame Joan Sutherland en tête comme référence !). Giorgio Misseri est un excellent acteur et arrive à donner à Nemorino un peu plus de profondeur que la mise en scène et la caractérisation des personnages un peu archétypique ne semblaient vouloir lui donner. Alternant du franc comique (malgré lui) et du poignant (dans un très honnête « una furtiva lagrima, le tube de cet opéra), il s’avère tout à fait adéquat dans ce rôle malgré des aigus trop souvent tirés au forceps et un ton parfois nasillard. Les seconds rôles sont les grands triomphateurs de la soirée. Incarnant à la perfection le rôle de basso buffo du docteur Dulcamara , Omar Montarini a la rondeur de voix nécessaire pour rendre compréhensible le texte et le souffle pour scander son texte sur un débit endiablé dans ces grandes accélérations frôlant l’hystérie héritées de Rossini.

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Marco Filippo Romano n’est pas en reste du côté de la veine comique avec son sergent Belcore, caricature de l’italien dragueur et sûr de lui et du militaire fanfaron. Il est surement la voix la plus précise de la soirée. L’orchestre, dirigé par Stefano Montarini, contribue à cette ambiance joyeuse alliant vivacité, précision des attaques … et mon Dieu, qu’est ce que la sonne bien dans cette salle !! Rien que l’ouverture est un pur moment de bonheur pour l’oreille avec un son plein, net et une transparence permettant de profiter pleinement de chaque pupitre.

L’Elisir d’Amore Teatro La Fenice – Venezia 30/08/2016

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