LOUIS STETTNER : révéler l’invisible

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Ce qui frappe d’emblée dès les premiers clichés de ce Paris des années 40/50 c’est que l’on ressent le lieu, qu’on a l’impression d’avoir toujours couru dans ses rues débouchant sur le Square de Châtillon, d’avoir grandi dans ces petits matins laissant les rues désertes ; on sait d’emblée que c’est Paris… ces rues, cette lumière grise ne peuvent être nulle part ailleurs. Les prises de vue de Louis Stettner pourraient facilement tourner à la tarte à la crème nostalgique version Amélie Poulain et à la carte postale déballée au kilomètre aux abords de Montmartre …au contraire elles atteignent le sublime en diffusant l’âme de ce Paris perdu.

Et cela sera un fil conducteur de toute les photos présentées par le Centre Georges Pompidou dans cette « retrospective » consacrée au photographe américain né à Brooklyn en 1922. L’exposition regroupe des clichés offerts par le photographe souhaitant que le musée Beaubourg soit le dépositaire de son oeuvre. Elle a l’avantage de nous faire découvrir en une centaines d’oeuvres des thèmes chers à l’artiste : la vie urbaine, une approche assez passionnante du geste que ce soit l’abandon des inconnus dans le métro new yorkais ou celui de travailleurs anonymes et « la qualité atmosphérique ». De cette qualité il en est question dans les vues des rues de Paris où la lumière devient le sujet presque concret et matériel de la photo ; il en est aussi question dans la fumée sortant d’une bouche de métro à Times Square ou à travers les flocons de neige tombant sur Wall Street. Et le génie du photographe est de nous faire voir comme on verrait un vase posé sur une table, la beauté de ces phénomènes … non pas en captant le jeu d’un rayon de lumière cela serait trop simple et n’importe qui peut le voir mais bien en proposant une ambiance qui, le visiteur le ressent, ne pourrait pas exister sans cette lumière, cette neige, cet air … et finalement ce vide pourtant bien réel et présent.

Ce qui pourrait résumer le talent de Louis Stettner, pour moi qui n’y connait pas grand chose en photo, c’est une sorte de capacité à donner de la force à ses photos en s’appuyant sur ce qui entoure le sujet et en détournant l’intérêt du sujet vers ces choses immatérielles, vers ce « vide » (luminosité, vapeur, neige) qui l’entoure et qui devient l’essence même de la photo.

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Louis Stettner a aussi beaucoup photographié les humains… souvent à leur insu car dès qu’ils posaient trop cela ne l’intéressait plus. Cela donne des photographies prises dans le métro de New York totalement saisissantes par le total abandon des corps ; et je pense que c’est ce qui fascinait le photographe. De même dans sa série de photo consacrée à Pepe et Tony deux pêcheurs des Baléares, ou dans ses photos de différents corps de métier (blanchisseuse, balayeur, …) il capte l’essence de chaque personnage, de chaque geste .  Evitant l’écueil de tomber dans la photographie reportage ou du simple cliché « pris sur le vif », il arrive à montrer la beauté de l’individu dans le travail et finalement semble bien penser que l’Homme n’est jamais si beau que lorsque son attention est détournée de sa condition humaine et lorsqu’il n’est pas en représentation.

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Et face à l’explosion de la photographie, dynamisée par la facilité de prendre tout est n’importe quoi en photo, par toutes les applications laissant croire à chacun qu’il est un photographe hors pair cette exposition est une belle leçon d’humilité : ici point d’artifice ou de solution de facilité, des images brutes, de choses pas forcement belles à la base mais un trait de génie : la captation de l’indicible et la mise en évidence de l’invisible. Et le Robinet qui clôture ma visite me laisse sans voix tellement c’est tout sauf un robinet.

Autochtone en mal d’activité estivale dans un Paris déserté, touriste en vacances à Paris cherchant une visite plus insolite que la Tour Eiffel … cours y !! c’est au Centre Georges Pompidou et c’est GRATUIT !!

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LOUIS STETTNER, Ici Ailleurs – Centre Georges Pompidou jusqu’au 12 septembre 2016

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