Le Messie : quand le corps montre l’âme

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Pour être franc, je n’avais pas gardé un souvenir impérissable

de ce Messie, musique de G. F. Haendel, chorégraphié par Mauricio Wainrot proposé lors de la saison 2006 et quand je l’avais vu programmé en fin de saison 2016 cela ne m’avait pas plus enthousiasmé que çà. Cela m’avait tout au plus permis de voir que les prix avaient augmentés de 15 euros en 10 ans … Je partais donc sans entrain particulier assister au dernier spectacle de ma saison bordelaise, le temps était lourd, ma journée avait été fatigante  … cela sentait le raté …

Et Andrea Quinn est entrée dans a fosse ! Alors on va préciser de suite à ma voisine de parterre que les femmes chef d’orchestre existent maintenant depuis quelques années et qu’on ne va peut être pas passer la soirée à dire que « quand même ça fait bizarre », « en plus elle parait toute petite », « c’est dingue quand même, une femme qui mène tout ce petit monde à la baguette » … et se concentrer sur l’ouverture sublime de cet oratorio trop injustement résumé à son Halleluia final !

Avec autant d’intervenants :

choeurs, solistes dans les loges d’avant scène, orchestre, danseurs il serait facile de se disperser et de laisser son attention vagabonder de l’un à l’autre et je crois que c’est ce qui m’était arrivé lors de la précédente série. Ce soir, et sans vouloir dénigrer leur indiscutable talent, les parties musicales sont passées au second plan. Non pas que leur intervention fut inintéressante ; bien au contraire c’est leur côté absolument irréprochable qui a rendu possible ma totale immersion dans le flot chorégraphique de Wainrot. Sans cette fluidité musicale, cette religiosité grandiloquente mais pas pompeuse, il aurait été plus compliqué de se laisser emporter par tous les danseurs de la compagnie. La chorégraphie propose, on le comprendra vu la partition retenue,  des références mystiques et christiques avec de nombreuses poses évoquant des pietà de la Renaissance italienne, des crucifixions ou l’envol des anges ; elle véhicule surtout une énergie positive totalement transmise par les danseurs qui irradient littéralement sur scène. De fatigué on devient éveillé, de pessimiste on devient plein d’espoir, de matériel on devient spirituel. Et c’est toute la puissance de ce ballet et le talent des solistes et du corps de ballet que d’arriver à immerger le spectateur dans un flot de vie, de paix, d’espoir …

13509706_1041916482540309_1744799752_oAutant Les applaudissements ne se mangent pas peuvent vous coller une profonde crise d’angoisse, autant ce Messie peut prétendre aux mêmes effets d’élévation de l’âme que toute la religion dont est issue la partition. C’est là tout le talent de l’artiste, transcender le quotidien, le corps, le mouvement et faire que le spectateur en ressente une image divine ! alors non je ne vais pas vous faire ma crise de mysticisme et vous dire que Dieu m’est apparu pendant ce ballet … juste dire que au delà de la beauté des gestes, les danseurs du Ballet de l’Opéra de Bordeaux ont su puiser dans la chorégraphie profondément humaniste de Maurizio Wainrot, toute l’énergie, la force vive et la beauté intrinsèque de l’être humain. Et c’est cela qui nous a été donné de voir à travers un subtil mélange de solos, duos, trios, pas de 5, ensemble : en abandonnant la matérialité, nos appréhensions vis à vis de l’autre (et il en faut de la confiance en son partenaire pour ne pas trembler dans certains portés), en partageant ce même élan vital, l’Humain peut être grand et beau …

Magnifiquement servi par des interprètes régulièrement distribués

et cités dans ces pages ou par des membres du corps de ballet moins en vue durant la saison et à la fragilité touchante, la compagnie propose un spectacle de fin de saison permettant de revoir toutes ces têtes chères et de donner son moment d’expression à chacun ; certain(e)s arrivant à imposer leur aura avec une force de persuasion incroyable : Stéphanie Roublot (sculpturale et virginale), Claire Teysseire (humble et pleine de recueillement), Guillaume Debut (plein de vie), Diane LeFloch (d’une fluidité nymphique), Romn Mikalev/Neven Ritmanic (complices et heureux), Marc Emmanuel Zanoli (aérien et séraphique) … pour mes préférés de la soirée.

13499740_1041916472540310_446040899_oJe partais sans entrain je suis ressorti heureux de cette représentation venant couronner, comme une sorte de défilé final, une saison brillante de cette compagnie qui montre à chaque nouvelle bouffée d’oxygène proposée dans des saisons parfois monotones (Giselle, le Lac, La Belle, Romeo et Juliette, Casse noisette), une envie de danser et un enthousiasme sans faille.
A signaler aussi les excellents solistes de la Royal Academy of Music :

Nika Goric, soprano
Claire Barnett-Jones, mezzo
Oliver Johnston, ténor
Timothy Murphi, basse

et une grand merci à Sigrid Colomyes pour les photos

Le Messie – M. Wainrot Ballet de l’Opéra de Bordeaux     /   Grand Théatre 20 juin 2016

crédit Photo Sigrid Colomyes
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