Giselle 4 : mêmes causes, mêmes effets

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Plus de chaises que de musique … (jeu de mots douteux)

Cela faisait bien 6 ans que Giselle ballet emblématique de la compagnie ne faisait partie que des containers partant en tournée avec l’Opéra de Paris et n’était pas venue poser ses ailes sur la scène de Garnier et mon dernier (et seul d’ailleurs) visionnage « live » dans la grande boutique date de 2003/2004 avec … Martinez : Letestu dans les rôles principaux. Myriam Ould Braham, annoncée ce soir et que nous appellerons MOB comme les balletomanes connectés, dansait à l’époque le pas de deux des paysans avec Mallaury Gaudion. Pas étonnant donc que la scénographie m’ait paru nouvelle quelques 12 ans plus tard : la grandeur de la scène étant particulièrement impressionnante dans cet agencement de décor d’autant plus après avoir vu dans la même semaine le décor plus exigu de la production bordelaise. Mais la plus grande et désagréable surprise fut l’annonce de dernière minute que MOB, programmée en remplacement de Laetitia Pujol que j’attendais avec impatience était elle même remplacée par Amandine Albisson, l’étoile « noire » (jeu de mot relatif à sa nomination jugée abusive et politique par certains)  de la fin de l’ère Brigitte Lefevre, ancienne impératrice, pardon directrice du ballet, que j’attendais beaucoup moins voire pas du tout.

De fil en aiguille, pour maintenir intègre son couple Stephane Bullion remplaçait de facto Matthieu Ganio que j’attendais plus que tout et dont je me passerai à moins que d’ici juin Matthias Heymann ne soit indisposé par une allergie à la glace à la fraise (c’est le seul mal que je puisse lui souhaiter tellement je l’adore) et qu’il ne puisse danser le 11 juin auquel cas le couple MOB:Ganio se recomposerait sous mes yeux éblouis si MOB toujours souffrante n’était pas remplacée par Zakharova, invitée en catastrophe et se voyant obligé de danser avec Sergei Polunin et là je me verrais obligé de demander à mon voisin de loge, par chance agé (mais en baignoire à Garnier un samedi soir surtaxé inutile de penser trouver un moins de 25 ans) une dose de trinitrine pour recaler mes battements de coeur. Vous l’avez compris, une fois de plus, il semble n’y avoir personne dans cette maison pour garantir les distributions annoncées et assurer son rôle au moment voulu. Certes une Etoile est un peu comme un pur sang qu’il faut ménager ; l’inconvénient,  on y revient toujours,  est que contrairement au monde hippique les purs sangs sur le tard n’ont pas servi à la reproduction et que les petits poneys qui arrivent n’ont pas encore l’envergure de leurs prédécesseurs. A décharge des étalons et pouliches stars, ça n’est pas, durant cette saison étrange, leur absence de distribution régulière dans les productions classiques ni l’amoncellement de soirées triples bill (pour les néophytes , l’équivalent des soirées sur M6 où on diffuse trois épisodes d’une série, aussitôt vus aussitôt oubliés) qui permettent de les maintenir en condition et de garantir leur solidité et leur fiabilité. Ce constat n’est en aucun cas une critique ou une attaque contre les personnes  absentes ce soir que je respecte infiniment mais juste la remise en question d’une direction plus vaporeuse et flottante que l’épais brouillard qui ruisselle dans la fosse depuis la scène au cours de l’acte 2.  Et pour continuer dans ce qui fâche et fait polémique : après 6 ans d’absence est ce faire justice à cette sublime musique d’A. Adam que de confier  la partie orchestrale aux lauréats surement émérites du conservatoire ? N’a t’il pas réussi à en tirer ce qu’il voulait ou avait il fumé la paille de la chaumière de Giselle ?… il n’empêche que Koen Kessels pourtant rompu à la direction musicale de ballet nous a présenté un métronome totalement cyclothymique alternant des phases d’accélérations subites et monomaniaques et des phases de pénible léthargie dépressive , arrivant ainsi à désosser la merveilleuse partition et la vider de tout son charme. Cela n’aida pas les danseurs ni les spectateurs ! … et encore je m’estime heureux, il parait que la veille ce fut pire ! Mais quel gachis musical

Il ne suffit pas de faire la morte pour ETRE Giselle

Sans re-rentrer dans les détails de l’oeuvre, abondamment décrits dans les articles précédents, l’acte 1 est en théorie l’acte de 3 personnages : Giselle, que l’on n’applaudit décidément pas à la sortie de sa chaumière, Albrecht qui joue selon les danseurs la carte d’épouseur à tout va ou de jeune noble innocent batifolant loin de l’étiquette dans une paille plus plaisante que le carcans de la cour et Hilarion, rôle dont nous avons vu récemment que l’on pouvait en tirer quelque chose d’autre que le personnage convenu trop souvent présenté. En ce soir de première l’acte 1 fut celui …de deux paysans ! Le spectaculaire pas de deux des paysans était confié à François Alu (est ce intelligent, même si je préfère le voir là que pas du tout, de le distribuer à ce stade de sa carrière et à son niveau de technicité et de théâtralité, dans ce genre de rôle ??) et Charline Giezendanner… et ils ont retourné le village !!! Le pas de deux est sûr, précis, bouillonnant et totalement raccord avec ce qu’il est censé illustrer : c’est la fête au village !! Dans ses deux variations, François Alu est tout simplement bluffant au point qu’un « putain » m’a échappé et que ma voisine de baignoire (oui le vicomte est « open » et fait baignoire mixte) m’ a regardé interloquée. Sautant toujours plus haut et se réceptionnant comme s’il se positionnait tout naturellement, il est pire qu’un chat sauvage retombant parfaitement sur ses pattes après les plus incroyables contorsions aériennes. Certains trouveront que c’est « trop » … dans ce pas de deux qui ne sert qu’à çà, j’ai tout simplement trouvé sa prestation géniale … et difficile dans ses conditions de passer après lui. La variation de Charline Giezzendanner est du coup un peu fade bien que parfaitement exécutée.

Le reste aussi parait bien terne : Amandine Albisson n’est pas une actrice et ce premier acte, riche en pantomime n’est pas fait pour elle ; alors elle va au plus simple : elle est une jeune fille, trop distinguée pour être crédible en paysanne, un peu sur la retenue plus par convention sociale que par peur des garçons. Alors ce jeune paysan stylé qui passe régulièrement dans le village, elle le veut et compte bien l’avoir à coup de sourires aguicheurs et autres artifices de drague, trop marqués et pas très a propos me semble t’il. Stephane Bullion ne sait pas quoi faire de son personnage à l’acte 1. Il n’est certes pas un jeune duc innocent mais plus un coureur de jupon facile mais le fait que sa Giselle ne montre pas de résistance contribue à amplifier l’absence de piquant dans les scènes de séduction et à rendre le rôle du garçon encore plus transparent. Sans en faire une nunuche, il doit y avoir un déséquilibre entre une Giselle en demande et qui donne sa confiance pour espèrer obtenir ce qu’elle souhaite : c’est à dire un amour « spirituel » et un Albrecht beaucoup plus terre à terre qui cherche un amour « physique » et surement éphémère (qui peut ou non évoluer vers quelquechose de plus sincère). Sans quoi la scène de la folie de Giselle tombe à l’eau. Si elle n’a pas cette innocence et cette forme de naïveté adolescente, qu’elle aguiche et semble déjà en savoir beaucoup plus qu’elle ne le montre sur la séduction et l’amour, elle n’a aucune raison de péter son cable comme elle le fait …. alors de là à se rouler par terre et en mourir encore moins. Amandine Albisson en voulant aller à l’interprétation la moins travaillée et intériorisée se coupe elle même les ailes : sa scène de la folie n’est pas une scène de la folie, ne donne aucun frisson et est froide comme son personnage qui minaude et joue la reine du village. Même dans sa relation au corps de ballet on ne retrouve pas l’élan qui d’ordinaire laisse penser que les paysans ont une profonde amitié pour Giselle, peut être de la pitié à cause de son souffle au coeur, quand ils la sacrent reine des vendanges ; ce soir rien de cela : c’est Giselle qui s’impose aux villageois, qui veut s’imposer à Albrecht et qui rejette sciemment les avances d’Hilarion surement trop bourru pour elle.

Son acte 2 est propre : joli ballon, pointes solides, jolis bras, buste souple … je pourrais énoncer encore toute une liste de qualités. On voit bien une créature sans vie, évanescente et diaphane … tellement morte qu’elle n’a aucune âme. Sa danse est belle parce que ce qu’elle doit faire est beau mais elle ne dégage RIEN. Du coup elle fait tellement la morte qu’elle n’interagit plus avec son partenaire, Stéphane Bullion qui ,lui, propose quelque chose de plus touchant dans l’acte 2. Son arrivée dans la brume avec son bouquet de lys est  superbe, ses sauts semblent plus amples et on sent son personnage vraiment bouleversé par la mort de l’innocente qu’il courtisait pour s’occuper. Ses derniers pas, droit vers la salle, le regard perdu dans l’aube naissante au tomber de rideaux font qu’on a envie de tout lui pardonner et de le serrer dans nos bras pour le consoler. Même si on lui en veut un peu d’avoir escamoté les entrechats de sa variation contre des sauts de basque …
Vincent Chaillet est Hilarion ; il a du mal à trouver un angle d’attaque de son personnage dans l’acte 1 qu’il nous livre assez brut de décoffrage mais se rattrape avec une énergie incroyable dans l’acte 2 où il lutte avec vigueur et passion contre l’assaut des Willis.

Le corps de ballet est là sans être là ; comme Amandine Albisson, leur prestation est belle parce que les images sont belles : les 24 silhouettes arrivant voilées, leur grand pas « des éléphants » (hahaha), tout cela est beau mais il manque de la magie, de l’irréel, du rêve … Myrtha, incarnée par Valentine Colasante m’en a en revanche vendu du rêve. Son arrivée est magnifique : souveraine et occupant à elle seule toute la scène , elle déploie ses grandes qualités techniques en les teintant d’une belle poésie donnant à son personnage ce côté féerique que l’on attend d’une Willi (effet accentué par une seconde voix prédominant dans la mélodie à l’orchestre et donnant des accords voisins de ceux d’une scie musicale et donc un côté mystérieux tout à fait à propos : et cela sera mon seul compliment pour l’orchestre !) . Elle n’arrivera malheureusement pas à transmettre cette magie à son armée. Fanny Gorse et Heloise Bourdon étaient deux agréables Willis

Un début de série assez morose donc … la version présentée ce soir donnait l’impression de ces intérieurs américains aseptisés et passe-partout que l’on voit dans les mauvaises series TV … Mais hélas c’est souvent des fêlures et de ce qui n’est pas « propre » que naissent les plus grands moments d’émotion. Surement qu’après un petit rodage tout rentrera dans l’ordre. J’y retourne un nouvelle fois en juin … je vous raconterai ! la distribution ?! je n’ose la prévoir à l’avance 😉

Giselle – Ballet de l’Opéra de Paris – Palais Garnier Samedi 28 Mai

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9 réflexions sur “Giselle 4 : mêmes causes, mêmes effets

  1. Si les français veulent la tête de michel platini et karim benzema, j’ai l’impression que la clique des ballettonautes veut celle d’amandine albisson. En 2016, ce n’est donc plus Salomé qui fait décapiter jean- baptiste, mais celui-ci qui se paie la tête de celle-là. Le progrès, sans doute. Et, bien moi, je le confesse amandine m’a enthousiasmé. Je dois dire que je n’étais pas le seul, un russe à mes cotés voulait la kidnapper pour l’emmener au bolshoi. Mais bon, c’était un russe, c’est bien connu, les russes, ils ont trois cents ans de retard et ne connaissent rien au ballet. Alors pourquoi tant de haine… Eric cantona nous expliquerait sans doute que c’est parce qu’elle vient de marseille, et je crois qu’il ne serait pas loin de la vérité. Amandine c’est une méridionale, une fille façonnée par le vent et les vagues, séchée au soleil, pas une de ces parisiennes qui fondent sous la pluie comme de petits morceaux de sucre…
    Plus sérieusement, je suis étonné de voir à quel point chez les balletonautes la danse compte peu et le théâtre beaucoup. Jadis on préférait Mlle Ciaravola à Mlle Dupont pour cette même raison. Aujourd’hui Mlle Ould-Braham plutot que Mlle Albisson. La danse ce n’est pas des faux cils, des oeillades et des larmes sur les joues, c’est un art du mouvement. Le théatre est l’art du masque, il est le lieu de la crispation du corps. A contrario la danse le libère. Rien ne se fige, le geste résume tout, exprime tout. Dans cet art, Mlle Albisson excelle, elle est fluide comme le vent, on la sent, on ne la voit pas. Idem pour Mlle O’Neill, ou Mlle Guezendanner, ce sont des danseuses pures, elles n’ont pas besoin de grimaces pour être crédible, pour exister. La joie naïve de la paysanne, l’orgueil blessé de la willi, on ne le lit pas sur leurs visages, -sinon les gens s’ennuieraient dans les 4ème stalles- mais on le perçoit au travers d’un mouvement de cou, un bras par ci, une jambe par là.

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  2. Si les français veulent la tête de michel platini et karim benzema, j’ai l’impression que la clique des ballettonautes veut celle d’amandine albisson. En 2016, ce n’est donc plus Salomé qui fait décapiter jean- baptiste, mais celui-ci qui se paie la tête de celle-là. Le progrès, sans doute. Et, bien moi, je le confesse amandine m’a enthousiasmé. Je dois dire que je n’étais pas le seul, un russe à mes cotés voulait la kidnapper pour l’emmener au bolshoi. Mais bon, c’était un russe, c’est bien connu, les russes, ils ont trois cents ans de retard et ne connaissent rien au ballet. Alors pourquoi tant de haine… Eric cantona nous expliquerait sans doute que c’est parce qu’elle vient de marseille, et je crois qu’il ne serait pas loin de la vérité. Amandine c’est une méridionale, une fille façonnée par le vent et les vagues, séchée au soleil, pas une de ces parisiennes qui fondent sous la pluie comme de petits morceaux de sucre. Plus sérieusement, je suis étonné de voir à quel point chez les balletonautes la danse compte peu et le théâtre beaucoup. Jadis on préférait Mlle Ciaravola à Mlle Dupont pour cette même raison. Aujourd’hui Mlle Ould-Braham plutot que Mlle Albisson. La danse ce n’est pas des faux cils, des oeillades et des larmes sur les joues, c’est un art du mouvement. Le théatre est l’art du masque, il est le lieu de la crispation du corps. A contrario la danse le libère. Rien ne se fige, le geste résume tout, exprime tout. Dans cet art, Mlle Albisson excelle, elle est fluide comme le vent, on la sent, on ne la voit pas. Idem pour Mlle O’Neill, ou Mlle Guezendanner, ce sont des danseuses pures, elles n’ont pas besoin de grimaces pour être crédible, pour exister. La joie naïve de la paysanne, l’orgueil blessé de la willi, on ne le lit pas sur leurs visages, -sinon les gens s’ennuieraient dans les 4ème stalles- mais on le perçoit au travers d’un mouvement de cou, un bras par ci, une jambe par là.

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    1. Tout d’abord merci pour cette longue réaction … il n’y a aucune haine dans mes propos ni contre Amandine Albisson ni contre quiconque … contrairement à ce que j’ai pu lire et voir passer sur les réseaux sociaux …
      Je ne remets pas en cause le haut niveau de cette artiste qui ne serait pas à la place où elle est si elle ne le méritait pas (un minimum!… allez détendez vous je blague!). J’ai même cité les qualités techniques dont elle fait preuve et qui ont surement séduit votre buveur de vodka (c’est une blague aussi !!). Les russes n’ont pas tous 3 siècles de retard je vous rassure (leur mafia est désormais bien plus performante que la sicilienne par exemple) mais vous avouerez qu’ils ont une conception de la danse différente de la nôtre… plus technique, plus corporelle peut être, moins fine surement …aspects qui semblent vous toucher dans la danse.
      Certes le ballet, qui plus est dans Giselle, est affaire de mouvement et qui ne sait pas faire flotter ses bras n’a pas sa place dans ce chef d’oeuvre … toutefois si la technique fait l’ARTISAN l’interprétation et l’aura qui accompagnent l’objet issu de la technique en l’occurence ici le mouvement font l’ARTISTE … et pour ma part, sans vouer une haine particulière pour l’une ou une idolâtrie fanatique pour l’autre des étoiles que vous citez : JAMAIS Melle Albisson ne m’a émue avec ses héroïnes. Le poncif « on reprochait la même chose à Aurelie Dupont devenue par la suite une icône » est éculé et je bous à chaque fois que je l’entends … tout est AUSSI question de maturité et de pratique du rôle : la dernière et sublime Manon de Melle Dupont était surement plus incarnée que sa première (encore qu’elle m’ai toujours bouleversé dans ce rôle). Je ne parle pas de faux cils ou d’exagérations grotesques (je suis le premier à les condamner – vous le verrez en lisant mon ressenti de la première de ce même Giselle à Bordeaux) , je parle juste de ce qu’ont certains qui fait que leur mouvement est beau non pas à cause du mouvement en lui même, ni même de l’intention qu’il exprime, mais de ce qu’il dégage … et ce sont deux choses différentes. L’intention du mouvement est donnée par le chorégraphe : les retombées de bras des Willis sont le moyen du chorégraphe dans l’intention de montrer que les Willis sont des êtres volants ; ces mouvements de bras sont beaux en eux mêmes et suggèrent le « vol » au spectateur (même à votre voisin imbibé de vodka) mais vous ne pourrez pas dire de toutes les Willis qu’elles volent … seules certaines (dont n’ a pas fait partie Amandine Albisson ce soir de première) arrivent à dépasser l’intention du chorégraphe pour transcender le mouvement et donner l’illusion (comme au théâtre aussi grimacier soit-il) que l’intention est réalité … en ce sens Giselle était bien l’image de Giselle mais n’était pas Giselle, une froide image … peut être votre voisin voulait il tout simplement un glaçon dans sa vodka ?

      Avec tout mon amitié

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  3. Merci de votre message très intéressant, et très bien argumenté, je vous répond non pour vous convaincre mais pour vous faire partager une autre manière d’appréhender la danse.
    Vous conviendrez que l’indulgence ne fut pas de mise pour la prise de rôle de cette jeune danseuse. A voir certains messages catastrophés du remplacement de Mlle Ould-Braham, j’ai cru tout d’abord qu’on avait distribué à sa place une majorette. Cela manquait peut-être un peu de délicatesse.
    Puisque vous blaguez sur la mafia, ne sous-estimez pas la marseillaise qui ne fait pas toujours dans la finesse mais qui je vous assure ne manque pas de techniques pour œuvrer dans le corporel.
    Trêve de plaisanteries, j’avoue ne pas être très attiré par la dimension théâtrale de la danse, mais je ne suis pas pour autant fasciné par la technique. Ce qui me plait c’est le style. Pour moi, il n’y a pas d’un coté les artisans, et de l’autre les artistes. Si le monde de la danse se divise en deux catégories, je distingue les danseuses qui ont un style de celles qui n’en n’ont pas. Je pense -c’est personnel- qu’une grande danseuse ne sublime pas une œuvre mais existe par delà cette œuvre. Prenons le cas de Mlle Dupont, quand elle dansait Petipa, Béjart, Petit ou Lacotte, elle s’adaptait à ces chorégraphies très différentes, en suivait les pas, les gestes, pourtant quelque chose d’elle même résistait à cet effacement derrière ces œuvres, ce quelque chose c’est ce que j’appellerais le style Dupont. Ainsi quand on considère sa filmographie, malgré son évidente diversité, il demeure une grande unité dans sa carrière, conséquence de sa manière si particulière de se mouvoir, d’être en scène. Il en va de même pour Mlle Letestu, Mlle Gillot, Mlle Gilbert, etc. Et quand je loue les qualités de Mlle Albisson, Mlle O’Neill, Mlle Giezendanner, Mlle Barbeau -je pourrait en citer d’autres- c’est pour cette raison. Elles ont chacune à leurs façons une manière singulière d’appréhender une technique et une chorégraphie, manière qui survivra à une autre technique et une autre chorégraphie. « Donner l’illusion que l’intention est réalité » comme vous le dites si joliment n’est donc pas forcément ce que je recherche car la perfection formelle me touche plus que l’incarnation. Pour le corps de ballet, il en va de même, c’est pourquoi une œuvre comme Etudes m’émeut beaucoup, son coté géométrique notamment, j’y retrouve ce que Lautréamont appelait « la beauté suprême, froide et austère, des mathématiques ». La dimension politique d’un corps de ballet m’intéresse aussi mais c’est une autre histoire…
    L’orgueil blessé de Myrtha est l’instrument qui la fait passer de victime à bourreau, de pauvre fille à Reine des willis.
    Pour finir, je dirai concernant mon voisin russe que s’il n’eut pas besoin de vodka pour vouloir accompagner Mlle Albisson en Russie, il lui en faudra surement pour s’en passer.
    Amitiés.

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  4. J’avoue que les commentaires qui ont fusé à l’annonce du remplacement ont été violents !! et parfois choquant en tout cas souvent irrespectueux et gratuits ! Je conçois votre notion de « style » et en partage pleinement la nécessité pour faire une grande danseuse mais vous ne m’enlèverez pas la nécessité d’interpréter chaque rôle pour le faire vivre … Etudes est pour moi une pièce jubilatoire à défaut de m’émouvoir (je suis peu sensible aux beautés froides aussi pythagoriciennes ou euclidiennes soient elle) pour son côté spectaculaire et pour le mouvement en lui même mais entre ces ballets abstraits (qui peuvent être très « beaux » je suis d’accord avec vous) et Giselle qui est le sommet , peut être encore plus que le Lac, de la cristallisation de tout ce que l’inconscient collectif peut mettre dans une ballerine il y a ces notion de  » don de soi » et de recherche intérieure sur le personnage qui font que la danseuse danse Giselle ou est Giselle ; cela dépasse le mouvement et le style … et indépendamment de leur style Amandine Albisson et Monique Loudières ne proposent pas les mêmes Giselle par exemple … vous aurez compris qui est pour moi une Giselle mythique et qui est une Giselle parmi d’autres !

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  5. Je vous comprends tout à fait. Notre désaccord repose d’ailleurs simplement sur une question de temporalité. Cette recherche intérieure demandant souvent de la maturité, je préfère juger les jeunes danseuses sur leur capacité à développer une identité sur scène, à se rendre reconnaissable, à s’extraire par leur singularité du corps de ballet. Le reste me semble t’il s’apprend avec le temps. Que le scénique prime sur le stylistique, tendance que l’on retrouve dans certaines nominations, me semble à terme dommageable pour cette institution. Il y auraient des poèmes à écrire sur les entrées de Mlle Giezendanner, son port de bras, son jeu de jambes, et cette ballerine demeure pourtant sujet depuis sept ans. En tous cas, vos réponses longues et passionnantes font honneur à votre site, qui n’est pas comme ailleurs un lieu de décrets mais un lieu de débats.

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    1. Maintenant ça suffit ! Amandine Albisson n’est pas Giselle … point barre !!
      hahaha !! encore heureux que l’on puisse débattre ! si ce site représente mon goût dans toute son impartialité et sans aucune objectivité, le vicomte a digéré la révolution française et sa « noblesse » est désormais plus dans son ouverture d’esprit que dans l’autorité de ses lettres de cachet 😉

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