Giselle 3 (suite et fin): le pur cru bordelais

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crédit photo OdB …

Le troisième et dernier cast de cette série bordelaise faisait la part belle aux valeurs sûres et aux pépites émergentes de la compagnie.

Sara Renda débutait dans Giselle en tant qu’étoile et ce que l’on peut retenir c’est que ce début est prometteur. Sa vision du personnage est assez simple (mais comme expliqué dans les épisodes précédents nullement besoin de chercher midi à quatorze heures dans ce rôle où l’on attend de la vie dans l’acte 1 et de la mort dans l’acte 2). Il ressort de sa vision claire du rôle une musicalité clairement visible dans sa façon de danser renforcée par le plaisir que prend la jeune danseuse à être sur scène. Celui ci décuple la vitalité de son personnage et son côté fifille amoureuse peut être plus d’ailleurs de l’idée d’être amoureuse et courtisée que de son amoureux réellement car quelque part on sent bien dans ses hésitations qu’elle se demande si aller au bout du sentiment qui l’anime  en vaut vraiment la chandelle.

Sa scène de la folie est très émouvante, la plus touchante des trois casts car  peut être la plus sincère tout simplement (Kucheruk dans la caricature, Froberville dans la maitrise, Renda dans le lâcher prise). Cette étape de rupture est surement ce qui conditionne la Giselle qui va sortir de sa tombe dans l’acte 2 et après 4 représentations en une semaine je crois avoir compris qu’une scène de la folie ratée ne peut pas permettre d’avoir une Giselle convaincante dans l’acte 2 ; si elle n’a pas perdu pied avec la réalité à l’acte 1 une danseuse ne peut pas arriver désincarnée dans l’acte 2. La Willi de Sara Renda est belle, solide sur ses pointes et dans ses attitudes et autres arabesques ; ses sauts sont enlevés et ses réceptions précises. Tout respire la légèreté mais il manque à mon gout une pointe de ce je ne sais quoi qui fait que l’on voit une créature irréelle et pas une danseuse. Mais je ne suis pas inquiet, Sara Renda saura trouver au fil du temps de quoi étoffer son acte 2 et trouver ce je ne sais quoi.

Roman Mikhalev est Albrecht. Son duc de Silésie est un « vieux » briscard qui en a déjà séduit de la paysanne. On sent qu’il n’en est pas à son coup d’essai ; non pas qu’il ne soit pas sincère dans son désir pour Giselle (ce qui lui enlève ce côté salaud que certains veulent à tout pris coller au personnage) mais qu’il ne pense pas aux répercussions de ses divertissements campagnards. Et l’on voit bien comment il en prend conscience hélas trop tard mais avec une réelle culpabilité , qui rend crédible son apparition en pleine forêt dans l’acte 2. Le pas de 2 de l’acte 1 est frais et enlevé et celui du 2 aérien à souhait. Le danseur russe dispose de toute la technique et de la puissance nécessaires pour servir au mieux sa partenaire et pour s’affranchir sans difficultés des redoutables pièges de ses variations

Myrtha nous permet de retrouver Claire Teisseyre, ce soir plus assurée et avec des bras plus envoutants que la veille … je ne me répandrai pas à nouveau en louanges (cf) mais cette « petite » est à surveiller de très près !!
L’Hilarion de Marc Emmanel Zanoli crée le contre pied total de la vision mesquine de Kase Craig et apporte la finesse ou plus exactement la sensibilité qui manquait à l’amour terre à terre proposé par A.R. Pinera. On trouve ici un personnage sincèrement amoureux de Giselle et qui veut lui éviter une déconvenue en révélant la vraie identité d’Albrecht : pas de vengeance ou de méchanceté ici . Son entrée à l’acte 2 nous le montre livide, prêt à pleurer alors qu’il se rend vers la tombe de Giselle… et pour une fois le personnage émeut. C’est à ce potentiel là que l’on reconnait des artistes talentueux : lorsqu’un personnage secondaire et à l’interprétation souvent baclée devient marquant et propose quelquechose de nouveau ou en tout cas de personnel. Sa variation lorsqu’il est attaqué par les willis est rondement menée, comme un nageur qui lutterait contre des flots pour sauver sa Giselle en péril … pour le coup on n’a pas envie qu’il meure lui !!
Les Willis sont encore plus légères que la veille et ont retrouvée leurs ailes pour mieux virevolter …mais continuent de charger en bataillon désorganisé et je persiste c’est moche !

Belle surprise dans le pas de 6 des vendangeurs … Léo Lecarpentier, rarement mis en avant, propose de beaux moments et de jolis gestes. Ce pas de 6 s’inspirant du pas de 2 originel est déjà coton à deux alors multiplié pour 6 danseurs il parait impossible que tout le monde soit raccord et tous les soirs nombreux furent les décalages : il faut bien que je trouve quelques petits défauts si je ne veux pas être taxé de chauvin !! car pour conclure et après avoir vu ma première Giselle parisienne de leur série et en avoir vu d’autres (oh oui mon dieu … combien de fois ai je vu Giselle s’en retourner par sa trappe?) il faut bien avouer que cette série fut très agréable à suivre et qu’il faut saluer la diversité des approches des différents rôles ayant permis que sur chaque cast il y ait une histoire ou en tout cas des personnages différents. Comme je le disais précédemment , le ballet de Bordeaux porte bien haut la danse classique et il ne faudrait que des saisons plus étoffées et plus de créations dans ce style (il y a tant de ballet à remonter) pour que le niveau de la compagnie surpasse celui de certaines plus établies et qui peinent, certes sur des durées plus longues et un répertoire plus étoffé, à assurer des prestations au niveau de leur renommée… mais çà cela sera pour la prochaine fois avec le récit riche en rebondissements de la première de Giselle à l’Opéra de Paris

Giselle – Ballet de Bordeaux – Grand Théatre Mercredi 25 MAI 2016

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