Concours de Jeunes Chorégraphes classiques et néoclassiques

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L’art de compliquer les choses 

Autant le dire tout de suite pour que les Gentils Organisateurs aient le temps de préparer çà pour la deuxième édition de ce concours qu’il faut absolument reconduire à Biarritz, terre de surfeurs certes mais qui a su depuis longtemps éduquer et fidéliser un public d’amateurs de ballet grâce à une compagnie à la communication efficace et bien rodée, grâce à un festival d’automne et désormais grâce à un concours de jeunes chorégraphes classiques et néo-classiques … autant le dire tout de suite, disais je avant de m’auto-interompre : il va falloir simplifier tout çà !! d’abord le nom du concours … le concours des jeunes chorégraphes classiques et néo classiques …. c’est un peu long tout çà !

c’est comme le nom du Pôle de Coopération Chorégraphique du Grand Sud Ouest qui organise l’événement… personne en créant ces vocables n’a constaté que ça sonnait horriblement chiant rien que de le dire … ? alors que leurs objectifs à ces deux entités aux sobriquets aussi érotiques et aguicheurs qu’une flammekuche réchauffée sont au contraire d’un dynamisme fulgurant !! Alors je vous en prie d’ici l’année prochaine trouvez un nom plus sexy pour ce concours … Plus sérieusement, ce concours de jeunes chorégraphes classiques et néo-classiques (que nous appelerons par la suite concours de djeuns qui font de la danse de vieux !) proposait à des garçons mais aussi à des filles (aussi curieux que cette idée paraisse) de moins de 36 ans de proposer un projet chorégraphique construit avec un vocabulaire classique et néoclassique. Trente deux candidats ont vu leur dossier étudié et visualisé par deux membres du PCCGSO (même l’acronyme est aussi compliqué à prononcer qu’un exercice d’orthophonie) : Charles Jude , directeur de la danse à l’Opéra de Bordeaux et Thierry Malandain, directeur reconduit (ouf!!) du Malandain Ballet Biarritz. Chacun a choisi 3 candidats et ce soir donc 6 jeunes chorégraphes de veine classique et néo-classique (promis après j’arrête de préciser!) présentaient leur ballet pour cette finale. L’enjeu était de taille : les deux gagnants du prix du jury se voyant offrir une résidence d’un mois pour créer une pièce de 20 minutes au sein de chacune des compagnies sus-citées. Les professionnels de la danse et les journalistes décernaient pour leur part un chèque de 3000 euros (sûrement pas de leur poche!) et enfin le dernier vote revenait au public qui en tapant 1 , 2, ..ou 6 sur leur smartphone accordaient une immunité à leur chouchou, celui recueillant le moins de voix se voyant obligé de subir une immersion totale de trois mois dans une compagnie contemporaine … ah non je confonds avec un autre concept ! le prix du public permettait l’octroi d’un soutien de 3000 euros à l’heureux(se) élu(e) !

Horizons divers et diversité des approches 

C’est donc après une petite halte gastronomique au cours de laquelle furent engloutis avec délectation calamars aux oignons confits, puis d’autres dans une sauce poisson/saucisse basque, bacalao en tempura et au coulis de piquillos, cuissot de lapin aux épices, coulant au chocolat et pomme caramel tatin (plusieurs estomacs participèrent à cette folie gustative!) délicieusement arrosés d’un gouleyant Blanc de Gascogne que, digestion faite au soleil en haut d’un rocher tel un varan de Komodo, trois jetés couronnés d’une pirouette me conduisirent devant la Gare du Midi

ricardo-amaranteRicardo Amarante, actuellement soliste au Ballet Royal des Flandres, illustre des standards  de la chanson française de Piaf à Charles Dumont dans une pièce regroupant 3 pas de deux : Love, Fear, Loss totalement raccord avec le thème du concours. On reste dans une certaine zone de confort chorégraphique et rien ne dépasse, il n’y a aucune aspérité et tout est aussi bien cadré que la petite danseuse de la boite à musique. Si l’interprétation des deux premiers pas de deux (que l’on ne demande pas de juger nous sommes bien d’accord, il s’agit uniquement de la construction chorégraphique) est plutôt souple et harmonieuse dans les thèmes l’amour et de la crainte, le dernier pas de deux est beaucoup plus hésitant et les difficultés techniques sont mises en valeur par la mise en difficulté du couple pour qui la perte a parfois plus frôlé la perte d’équilibre que la perte de l’être cher. Les deux premiers pas de deux enchainent des pas fluides avec un gout prononcé pour ce que j ‘appellerai les glissements sur pointes, le dernier m’a fait penser à une construction plus adaptée à du patinage artistique qu’à de la danse classique et cela a fortement influencé  mon jugement déjà plutôt éteint par un manque de vie dans l’ensemble des fragments précédents. Ce ballet ne révolutionne rien, et ça n’est surement pas son but de toute façon ; il est très musical (à ce sujet l’accompagnement « live » au piano est un choix judicieux) mais reste très voire trop conventionnel.

YvonDemol2Yvon Demol est un pur produit de l’Opéra de Paris . Dans Oui , il cherche à évoquer le rapport de domination/soumission entre individus. Comme quelques autres de ces « concurrents », il aborde sans fausse pudeur et sans gène le rapport des corps de même sexe dans des pas de deux troublants notamment le pas de deux inaugural entre ses deux interprètes garçons sur la sarabande de Handel. Son travail sur l’occupation de l’espace et sur les éclairages apporte une plus value à son ballet qui parait aussitôt plus dense et plus fouillé que la pièce précédente. On reprochera certaines redites gestuelles dans la seconde partie sur  un trio de Schubert, surement conscientes, voulues et assumées mais qui font à mon gout perdre un peu de la tension que le jeune chorégraphe a su poser avec caractère dès le début de son ballet. Un chorégraphe à suivre sans aucun doute !!

Vitali-SafronkineVitali Safronkine est russe et danse au Ballet Béjart Lausanne. Avec Mooving résonance (musique David Lang et Max Richter) il signe une définition quasi parfaite du style néo classique … sauf que cette définition a déjà été donnée par de grands maitres dont on ne peut que retrouver certaines marques de fabrique notamment dans les bras (Béjart) ou les mains (Forsythe), dans la façon d’organiser le territoire en lignes horizontales qui se croisent, dans la manière de faire sortir ses danseurs en marchant. Cette inter connexion des humains entre eux sur un rythme mécanique n’a plus rien de bien novateur mais le  ballet, bien que semblant déjà daté, fonctionne et bénéficie d’une belle dynamique qui n’a toutefois pas suffit à me maintenir concentré jusqu’au bout.

Xenia West chorégraphie depuis 10 ans déjà et danse au Staatsballet de Berlin. Avec To be continued  elle va s’imposer comme la plus violente au milieu de ce groupes de garçons.17dbc1aef0bb91418ae44417cc4bc80f Son ballet, sombre et percutant prend aux tripes dès les premières mesures. Le travail sur les positions de pieds, sur l’ouverture de jambes et les montées sur pointes est un régal pour l’oeil en manque de sensations classiques ici reboostées par une chorégraphie que l’on aurait volontiers dit « masculine » si l’on avait voulu passer pour un macho de base ! Son approche détourne le vocabulaire classique et se l’approprie complètement pour en faire un nouveau langage, personnel et communicatif. Le travail sur les lumières est soigné donnant au noir de son ballet un certain côté gothique. Je ne m’en cacherai pas plus longtemps j’ai sans hésitation voté pour elle et pour l’univers qu’elle propose.

Venait ensuite le local du concours ! 0a4727_6dff6ac4780e458c85de62d5816fde3dMartin Harriague, made in 64 mais né en 86, propose sur le papier de quoi faire gémir d’avance le balletomane fan de tutus et rubans : son ballet Prince aborde le thème du prince charmant sur des extraits de la Belle au bois dormant du génial Piotr Ilitch T. ! C’était sans compter la relecture décapante et l’ouverture vers un prince autrement plus complexe que le héros super star au sourire ultra brite qui arrive pour sauver la princesse …Le début du ballet m’a fait craindre le pire quand le groupe de 6 danseurs(seuses) se met à courir partout et à hurler et je me suis vu repartir pour un truc à la Laura Scozzi et son Barbe Neige et les Sept petits cochons au bois dormant  puis , hormis quelques détails scabreux, le propos se densifie avec notamment une version très physique de l’adage à la rose et un duo mimétique à la fois touchant et drôle (mais finalement la partie la moins stylée du ballet) sur la variation du chat botté si l’on s’en tient à la partition originale. La création est indiscutable dans cette oeuvre et l’univers de cet artiste complet  (danse, chorégraphie, musique …) a un gout de revenez-y !!  Ce qui m’a dérangé c’est que mis à part Tchaikovski il n’y avait rien de « classique » dans cette chorégraphie et que s’il fallait rattacher ce ballet à une famille je l’aurais volontiers mis dans de la danse contemporaine et donc hors sujet, sans que cela je le re-précise bien, ne vienne dénigrer  ou « péjorativer » (oui le Vicomte aime aussi créer des mots) le merveilleux travail associant avec réussite l’humour et une pointe d’amertume dans une vision du Prince charmant finalement plus opaque qu’il n’y parait dans les contes.

Olaf-KollmannspergerOlaf Kollmannsperger est espagnol et danse au Staatsballet de Berlin. Il propose un ballet humoristique sur le thème de la cuisine : The Cooking Show mettant en scène deux cuisiniers et une femme tour à tour commis de cuisine, boule de pâte et poularde  ! Sur une bande son dynamique et diversifiée il nous entraine dans les déboires voire même les ébats « amoureux » d’un patissier avec sa boule de pâte, d’un cuisinier avec sa poule et d’une petite brigade de restaurant gastronomique. Cela fait sourire et révèle de belles trouvailles mais ce ballet ne sauvera surement pas l’image de la danse classique (et néo-classique) en perdition ou du moins ne sauvera pas l’image (traditionnelle) que l’on veut encore se faire de ce style de danse. Dernière pièce du concours c’était le dessert idéal pour nous permettre de voter en notre âme et conscience et il fallait bien cet interlude léger pour se remettre des deux choc Xenia / Harriague

Un palmarès sans grande surprise mais contre-productif

Le jury composé de : Helène Trailine, Kader Belarbi, Ivan Cavalarri, Charles Jude et Thierry Malandain a statué.

Martin Harriague avait déjà conquis la salle à l’applaudimètre et le vote populaire l’a désigné sans surprise vainqueur du Prix du Public (3000 euros). Il remporte aussi le prix des professionnels de la danse et des journalistes (3000 euros) et, jamais deux sans trois, un des prix du jury qui lui permettra de faire une création pour le Malandain Ballet Biarritz.

Xenia Wiest remporte le deuxième prix attribué par le jury et réalisera la saison prochaine une création pour le Ballet de l’Opéra de Bordeaux

Coup de théâtre dans cette remise des prix totalement fantasque (« on a oublié de donner les cadeaux offerts par Repetto » entend-on dire au micro alors que le rideau se ferme et que la salle se vide !!), la Fondation de la Danse dont des membres étaient là a décidé d’offrir 1000 euros de prix à la dernière minute et désigne Ricardo Amarante. Je n’ai hélas pu joindre Marie Cécile, présidente du groupe Tupperware de notre vicomté pour moi aussi me manifester 30 minutes avant la remise des prix et offrir quelques bols en plastique à qui je rêve de partir en pique nique avec !

Ce palmarès me laisse toutefois dubitatif … couronner ainsi le travail de Martin Harriague que j’ai beaucoup aimé et qui m’a donné envie de découvrir  plus avant l’univers de son créateur ça n’est pas la question, mais qui à mon sens ne relève pas du thème de la danse classique et néo classique me semble un peu hasardeux (mais l’inclure dans le concours exposait à ce risque) … Mais que la presse ait aussi fait ce choix me dérange davantage. Pour deux raisons totalement schizophréniques : le message du berger-journaliste qui crie au loup « la danse classique est morte, plus personne n’en fait » et qui finit par lui même la tuer en cautionnant dans un concours qui lui est dédié, le chorégraphe qui a l’approche de la danse la plus contemporaine de tous les finalistes … Il est aussi ironiquement amusant de voir que tous ces chorégraphes sont en parallèle des danseurs dans une compagnie et que le parcours des étrangers dans cette vie partagée de la danse entre l’interprétation et la création semble soutenu par leurs compagnie de rattachement. Ce dynamisme semble être moins flagrant en France où il parait encore compliqué de faire cohabiter ces deux personnalités (danseur et chorégraphe) sous un même toit. Puisse ce concours être dans les prochaines années le tremplin pour de nombreux danseurs français souhaitant exprimer leur gout pour la chorégraphie… cela passerait par un jury plus indépendant, issu du milieu de la danse mais moins impliqué dans la vie des grandes compagnies françaises afin que les membres de leur corps de ballet puissent accéder au concours sans risque de conflit d’interêt.

Mais qu’importe la polémique que cela peut lever : mes deux chouchous ont gagné,  l’ambiance était radieuse, l’après midi fort agréable. Il m’était impossible de ne pas saluer la qualité des interprètes sans qui toutes ces créations n’auraient pu être défendues avec un aussi bon niveau. Longue vie au concours des jeunes qui font de la danse de vieux !!

1er concours de jeunes chorégraphes – Gare du Midi Biarritz – 24 avril 2016

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