Mais t’es où ? pas là … si mais bien caché !

 

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@Angela Sterling pour le Dutch Nationa Ballet

Le printemps arrive et fleurissent avec lui des articles sur la disparition des chorégraphes classiques et néo classiques, alimentés par l’approche de la finale du Concours de jeunes chorégraphes de Biarritz sous le haut patronat non pas de son altesse la princesse Caroline de Monaco mais plus simplement de l’Opéra de Bordeaux et du Malandain Ballet Biarritz avec le soutien du Ballet du Capitole de Toulouse  (ce triumvirat ayant formé le Pôle de Coopération Chorégraphique du Grand Sud Ouest… oui j’avoue rien que le nom c’est chiant ! et l’on pleure les moments où Roland Petit débarquait chez Cocteau en lui disant « trouve moi un sujet de ballet, Pablo s’occupera des décors » sans que tout cela soit estampillé de la gueule de Marianne et du logo Ministère de la Culture et de la Communication) … mais que voulez vous les temps changent !

Reprenant les poncifs que les trois compagnies sont les dernières représentantes, dans le sillage de l’Opéra de Paris, du versant classique et néo classique du ballet en France, ces articles se demandent où sont les chorégraphes issus de cette formation et travaillant pour perpétuer ce style … certains allant même jusqu’à dire que la danse classique est morte et qu’il faut passer à autre chose. Alors certes ces trois maisons sont bien dans la mouvance prétendue moribonde mais, le Malandain Ballet Biarritz mis à part, qui bénéficie d’une riche actualité avec des tournées internationales et des salles combles dans sa Gare du Midi à Biarritz, on ne peut pas dire que cela se fasse dans un élan créatif débordant. Je ne souhaite pas rentrer dans l’analyse du pourquoi et cela me sera surement reproché mais ce n’est pas d’une part le fond de mon message et d’autre part je n’ai modestement pas les données pour analyser la chose en connaissance de cause. Ce que je constate c’est que si les (maigres) saisons de ces compagnies sont bien à dominante classique et défendent le grand ballet narratif en programmant ce type de spectacle, le Capitole n’assure une création originale par an (Giselle cette année), Bordeaux stagne depuis longtemps sur son fond de roulement comme dirait l’expert comptable qui leur serre la bourse. Beaucoup de productions sont reprises depuis plus de 15 ans et aucun ballet classique n’a été remonté depuis bien longtemps maintenant. Une fois encore je ne veux pas discuter du pourquoi mais seulement nuancer le constat fait par certains qui semblent vouloir dire que la danse classique n’existe que par ces compagnies. L’Opéra de Paris est dans le même cas de figure avec de rares tentatives françaises pourtant très réussies (je pense à la Source de JG Bart, aux Enfants du Paradis de J Martinez, à Hurlevent de K Belarbi…) mais malheureusement anecdotiques et encore plus dans l’orientation voulue par le nouveau PDG made in California. Et pourtant, les scènes qui programment ces ballets classiques font salle comble dans ces cas là et se retrouvent obligées de faire des offres promotionnelles pour garnir leurs rangs en cas de programmation contemporaine.

Mais alors, s’il y a un public pour pourquoi les compagnies ayant ce répertoire vivotent elles sur quelques ballets déjà existants et de trop rares créations ? n’y a t-il plus de chorégraphes classiques pour alimenter les programmations ? foutaise dirais-je à ceux qui osent se poser la question !! il n’y a qu’à sortir un peu du circuit bien léché des programmations officielles et sortir de ces lieux auxquels ces mêmes journalistes reprochent leur image élitiste et trop impressionnante pour les publics nouveaux. Il n’y a qu’à battre la campagne et aller dans toutes ces petites salles moins prestigieuses, plus âpres, qui se méritent davantage car il faut sortir de la zone de confort intra-urbaine , il n’y a qu’à aller se frotter à quelques festivals pour voir que les jeunes chorégraphes d’inspiration classique sont nombreux ; on dit que les femmes sont encore moins représentées … vous moquez vous ?? Sortez vos fesses des fauteuils rembourrés et chaussez vos bottes … sans trop chercher vous en trouverez … le problème est que toutes ces personnes n’ont pas accès à la grande diffusion de leur talentueuses créations : trop souvent les grandes maisons de ballet bloquent leur scène à des talents internes à leur compagnie et il serait bien judicieux de retrouver des soirées de ballet « jeunes chorégraphes » permettant aux talents des danseurs de chaque compagnie de s’exprimer en tant que chorégraphe, d’apporter leur évolution du vocabulaire classique et de nourrir leurs « collègues » ; cela pourrait aussi de manière tout à fait pragmatique permettre de préparer la reconversion des danseurs et de les aider dans ce tournant précoce de leur vie (on rappellera par exemple qu’un danseur doit envisager une reconversion à 42 ans à l’Opéra de Paris).

La finale de ce concours est dans le Sud Ouest donc et accueille DEUX chorégraphes français sur les 6 finalistes (!!!) et pourtant rien que pour le sud ouest je peux vous citer des jeunes chorégraphes talentueux que personne ne va chercher et que les médias qui semblent pourtant inquiets de la situation de la danse ne mettent pas en avant : Fabio Lopez (compagnie Illicite), Marc Emmanuel Zanoli et Guillaume Debut (compagnie Ballet de Poche) Emmanuelle Grizot (compagnie Legato), Christine Hassid (compagnie Christine Hassid Project) … auxquels s’ajoutent Julien Lestel et sa compagnie, Rémi Lartigue et les Ballets de France … et tant d’autres ! Alors c’est sûr, on se dit qu’une étoile reconnue de l’Opéra de Paris a déjà des difficultés à voir ses ballets se monter ou être reconduits sur SA scène ; alors bien évidemment les chorégraphes plus anonymes ne peuvent que se heurter à des difficultés de reconnaissance … et tout çà pour une question de vocable « danse classique » contre « danse contemporaine » … rien que ce schisme est une aberration de l’esprit car ces jeunes chorégraphes ne proposent pas des reconstitutions folkloriques de ballets des siècles passés, ils ne proposent pas des pièces de musée mais au contraire font évoluer leur langage en y ajoutant des composantes actuelles (la fluidité du hip hop est régulièrement incorporée dans les pas d’une danseuse sur pointe!) mais cela les programmateurs et surtout les mécènes ne veulent pas le voir … ils sont à fond dans ce même aveuglement qui a touché les collectionneurs d’art snobs et ignares qui ont fait monter les prix d’artistes capables de leur vendre de la merde en boite sous prétexte que c’était de l’art moderne et en leur faisant gober un « concept » pour expliquer l’intérêt de posséder ce fécal chef d’oeuvre … il en est de même pour la danse aujourd’hui où un certain snobisme pousse à crier au génie face à des « danseurs » heurtant et renversant des chaises et des tables pendant un temps interminable (toute ressemblance avec un ballet existant ou ayant existé ne serait que pure coïncidence) …Ils ont les sous et décident de qui va être programmés mais on voit bien à l’arrivée que le public n’est massivement pas aussi  aveugle ou moins avant gardiste que les programmateurs .. ce qui lance le débat de l’attrait des chimériques nouveaux publics vers ses maisons impressionnantes que sont les Opéras !

Pour ma part je pense que la danse est un art immédiat, qu’elle soit contemporaine, classique ou extra terrestre c’est la beauté du mouvement sur l’instant qui touche et qui émeut. Vouloir y introduire un message aussi censé soit il pour expliquer que ce que l’on voit peut être moche tant que cela est justifié par le concept qui est derrière détourne à mon sens la danse de son essence même qui est le mouvement et sa capacité dans sa fugacité et dans sa fulgurance à provoquer une émotion sur la personne qui le regarde. La seule différence pour moi entre « la danse » et « la danse contemporaine » est dans cette notion de message et de réflexion intellectuelle qui régit la seconde là où le plaisir et l’émotion immédiats dominent la première .. moi qui n’ai pas de cerveau je vous laisse deviner laquelle a mon coeur.
Je soutiens donc tous ces jeunes chorégraphes qui font du Beau une quête perpétuelle, qui se battent pour le diffuser et qui défendent l’idée que bouger un bras, monter sur un pointe peut devenir un mouvement sublime, arrêter le temps et provoquer une émotion.

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Carré blanc sur fond blanc … is this Art ?

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