Un café (bon ok pas en tête à tête) avec … Nicolas Le Riche

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Crédit photo : Sébastien Mathe OdP

C’est dans le cadre de l’exposition Etoiles à l’Elephant Paname encore visible jusqu’à fin mai qu’était organisée la projection du film/documentaire de Jérome Laperrousaz : Nicolas Le Riche. Sous un éclairage en mode ciel étoilé de circonstance, l’Etoile et le cinéaste attendent leurs « invités » avec une grande simplicité …y compris les retardataires … (sans commentaires).
Jérome Laperrousaz présente rapidement le point de départ de sa collaboration avec le danseur : la danse, la moto, leur point de recoupement dans la vitesse et l’équilibre et le début d’une relation amicale qui débouche sur le documentaire présenté ce soir. Nicolas Le Riche est plus en retrait, très posé, très simple et accueillant.

1997, Nicolas a 25 ans ; il est étoile depuis 4 ans, le plus jeune danseur étoile jamais nommé à l’Opéra de Paris. Il est sur le point de se marier avec Claire Marie, elle même danseuse, future étoile (2002) et Roland Petit veut lui faire un cadeau de mariage … comme pour Jean Babilée créateur du rôle : la reprise du Jeune Homme et la Mort lui est offerte. En parallèle, le danseur répète Sylvia de John Neumeier et traverse le globe pour aller danser à New York, répète Casse Noisette, … il est l’un des danseurs star de la planète et il reste d’une simplicité et d’un calme digne d’un maitre bouddhiste. Une des séances d’échauffement le montre d’ailleurs expliquant que ces exercices du matin sont une sorte de purification, de rituel de danseur qui amène l’esprit à prendre conscience du corps, de chaque articulation, de chaque muscle et permet de ressentir le mouvement ce qui sera un point essentiel dans la mémorisation de la chorégraphie. Et la mise en parallèle de cette réflexion avec le travail sur la création de Sylvia, où le voit le chorégraphe modeler ses danseurs, est utile pour comprendre comment les interprètes peuvent faire pour refaire à l’identique et mémoriser des gestes qui sont en pleine création et qui pour le profane sont éphémères et abstraits comparés à ceux d’une chorégraphie classique plus codifiée et pour laquelle chaque figure a un nom : arabesque, entrechat, pirouette  … Une séquence d’échauffement est particulièrement belle, cadrée sur les pieds, le son focalisé sur le bruit des chaussons sur le tapis de danse ; le jeune homme exécute avec une précision et une régularité des mouvements non chorégraphiés mais déjà d’une sublime beauté.  Puis c’est le grand soir, la représentation de cet incroyable ballet qu’est le Jeune Homme et la Mort et cette séquence incroyable où on voit le danseur quitter sa loge, aller dans le foyer de la danse s’échauffer, y croiser sa partenaire Marie-Claude Pietragalla avant de bondir sur scène pour incarner toute la violence de ce Jeune homme  … puis la sortie de scène et ces impressions livrées zoomé par la caméra … Jérome Laperrousaz expliquera au cours de sa longue alocution après la projection que toutes ces séquences semblant prises sur le vif étaient au contraire minutieusement préparées, qu’à force de côtoyer l’artiste il savait comment tout allait se passer et qu’il profitait de ces moments pour questionner Nicolas hors champs et lui faire cracher le plus intime de lui devant 6 caméras, des kilos d’éclairage et tous les techniciens qui vont avec sans que cela perde de spontanéité ou ne paraisse artificiel. Cet effet durant tout le documentaire est plutôt bien obtenu : le spectateur se sent confident privilégié de moments intimes de la création artistique, de la vie de l’homme et partage même l’ébullition des émotions dans la tête du danseur qui revit dans une folle traversée de Paris en moto toutes ses pirouettes de la soirée.

NICOLAS LE RICHE anne-deniau-2326-2 cPuis vient le rapport au corps suite à un accident , puis un autre … les mots placés sur cette situation sont violents « j’ai cru que j’allais crever » dit le Jeune Homme au visage angélique (avec au passage une danse indienne un peu kitsch évoquant au balletomane Solor oubliant sa Bayadère dans les vapeurs d’opium). La volonté du danseur sera plus forte que les traumatismes de sa chair et il reprend le travail à la barre. L’épisode des répétitions de Notre Dame de Paris montrent un autre aspect du danseur et ses talents d’acteur dans le rôle de Quasimodo … en même temps il est désigné pour danser Romeo et Juliette , dont un extrait avec Isabelle Guerin pourrait résumer en quelques images le besoin actuel de renouveau artistique de la compagnie qui n’a plus des personnalités aussi fortes dans sa constellation pour danser ces ballets. Les extraits des représentations de Notre Dame de Paris et des répétitions de Sylvia rappellent les souvenirs de ces étoiles mythiques : Legris, Guerin, Hilaire, Loudieres …

Nicolas se marie avec Claire Marie … dans un magnifique pas de deux, où, sculptures vivantes développant leur courbes dans le musée Rodin, l’amour de leur art transforme leurs enlacements en un chef d’oeuvre de tendresse et de sensualité. Quel beau couple !!

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Crédit Photo : Léo Masson

A la suite de la projection, chacun des protagonistes (mais plus le cinéaste qui n’hésitera pas à faire sa pub pour ses futures programmations à la cinémathèque) livre ses anecdotes de tournages pour l’un, ses techniques cinématographiques et les conditions de tournage pour l’autre. Nicolas Le Riche pour qui était là tout ce petit public attentif, ému et conquis (dont il me semble une consoeur blogueuse reconnaissable à sa plume) parlera assez peu, (en tout cas moins que son ami) toujours d’une voix calme et posée, douce et apaisante, toujours avec modestie mais avec une aura identique à celle qu’il a sur scène. Les questions du public seront sans grand intérêt, tout était déjà dit ; il n’y avait rien d’autre à ajouter si ce n’est savourer les derniers instants de ce beau documentaire, parfois un peu daté en ce qui concerne la bande son, saluer Nicolas et se dire que partager ce petit moment était tout simplement un beau cadeau de Terpsichore.

Etoiles – Eléphant Paname Samedi 9 avril 2016

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