Nocturnes – Estro : Malandain Ballet Biarritz

Nocturnes-©-Olivier-Houeix-2

Nocturnes, 

La musique de Chopin, que ce soit dans les Nocturnes ou d’autres pages, a toujours cette mélancolie particulière qui m’a longtemps agacé (parce que je la trouvais mièvre) et à laquelle je suis de plus en plus sensible … il est peut être question d’âge !! et on ne peut nier qu’elle fait son petit effet quand le rideau s’ouvre sur un chemin de lumière allant de cour à jardin sur lequel va défiler la vingtaine de danseurs de la pièce au fil de différentes compositions :  duo, trio etc … L’idée du chorégraphe est d’évoquer les danses macabres du moyen âge et il aurait été facile de tomber avec cette musique dans des travers morbides et auto destructeurs.

malandain_nocturnes_07-2Thierry Malandain évite cet écueil en insufflant de la vie dans ce chemin qui conduira toute la compagnie sur le sombre rivage. Si comme sur les compositions médiévales, il y a souvent une ombre qui suit en marchant le groupe de danseurs insouciants, il se dégage de ce ballet une vivifiante tentative de résistance à ce flux indétournable qui conduit les danseurs de cour à jardin, de la vie terrestre à un au delà tout juste évoqué quand un groupe qui reste le regard figé vers la coulisse semblant nous dire que là bas il se passe quelquechose. Le mouvement est fluide, les corps s’entrelacent et il y a dans  ce crépuscule beaucoup de sensualité à défaut d’une réelle trame à laquelle se rattacher. Les étreintes se font douces, amoureuses, brisées ou plus évanescentes et entrainent l’esprit du spectateur dans un vagabondage de souvenirs. Il ne faudrait cependant pas que le ballet  dure plus longtemps pour éviter certaines redites et une descente en intensité. Les interprètes rompus à cet exercice dans un pur style « Malandain » dosent savamment le pathos, l’insouciance de leur jeune beauté et leur sincérité soutenant la nostalgie du chorégraphe durant les 30 minutes pleines de poésie que dure le ballet

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Estro, 

Utiliser la musique de Vivaldi est toujours difficile : son Stabat Mater est d’une telle puissance émotionnelle qu’il est compliqué de ne pas se laisser dévorer par la musique et ses concerti sont souvent tellement survitaminés qu’il est facilement possible de se laisser emporter dans une exubérance risquant de conduire à la crise de foie … c’est un peu ce qui se passe avec ce ballet. Couplés à des concerto de l’Estro Armonico , le Stabat Mater met en scène la douleur d’une mère face à la mort du fils ; Arnaud Mahouy a le charisme nécessaire pour faire exister ce corps et y apporter à la fois cette dose de chair et d’âme qu’exigent son essence « christique » . Les scènes éclairées avec des pots de peinture perforés transformés en photophores (on saluera une fois encore l’inventivité au niveau des « décors ») sont d’une grande beauté notamment celle où le corps du jeune homme roule sur un tapis de jeunes femmes se relevant l’une après l’autre en une piéta démultipliée.

malandain-ballet-biarritz-olivierhoueixOHXEntre ces passages d’une belle et mystique intensité, la vie continue en quelque sorte, avec son flot d’activité du quotidien : la musique se fait plus bavarde et si le mouvement au départ semble ne pas vouloir se résoudre à se laisser emporter par la vitalité du compositeur vénitien, très rapidement le relâchement et la retenue font place à plus de vigueur et d’exubérance plongeant rapidement le propos dans un tourbillon un peu confus. Le vocabulaire du chorégraphe reprend ses grands thèmes favoris : levers de jambes, bras écartés, position du cobra, pseudo jerk … et à tendance à se répéter ce qui fait que le ballet patine un peu dans la semoule et devient monotone, desservi en cela par la musique de Vivaldi dont la pluie de notes profanes ruine un peu l’effet bouleversant de sa musique sacrée. Là où il aurait pu atteindre le sublime, Malandain reste dans sa zone de confort et ne pousse pas ses danseurs à se surpasser comme le voudrait la note d’intention du chorégraphe mentionnant le chemin de l’homme vers les sommets.

bref,

un moment agréable avec cette compagnie qui dégage toujours une belle vitalité et de bonnes ondes mais ces deux pièces manquent de l’intensité et de l’inventivité que l’on avait pu trouver dans les derniers ballets narratifs de Thierry Malandain.

Estro Nocturnes – Malandain Ballet Biarritz – Olympia Arcachon – 24 MARS 2016

(crédit photo Olivier Houeix -MBB)

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