Roméo et Juliette : quand il manque l’Amour

 

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Renaissance italienne 

Il est assez intéressant de se retrouver confronté dans la même saison à deux approches radicalement différentes d’un mythe aussi universel … Après avoir cet automne adoré la mise en scène de la pièce de Shakespeare par Eric Ruff à la Comédie Française, me voila parti pour revoir l’adaptation du ballet de Prokofiev que Rudolf Noureev avait monté en 1984 pour l’Opéra de Paris. Et si monter Roméo et Juliette est toujours à mon avis un véritable challenge en raison du poids  de l’oeuvre dans l’inconscient collectif, c’est aussi devoir faire un effort pour se sortir du carcan : « leurs familles sont ennemies, il s’aiment, ils vont devoir mourir » … car Roméo et Juliette c’est bien plus que çà ! Et en désacralisant l’oeuvre et en la plongeant dans une Italie solaire et teintée de mafia sicilienne, la version théatrâle proposée à la Comédie Française avait su dégraisser le texte de tout le romantisme sirupeux dans lequel on veut à tout prix l’engluer.

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L’homme qui n’en finit pas de partir …

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Je m’étais déjà étouffé en découvrant la saison « classique » échafaudée par un Benjamin Millepied qui en avait déjà un dans la tombe (il fallait bien s’attendre à ce que quelqu’un fasse un faux pas et chute dans la trappe laissée ouverte devant un « ci git Giselle sacrifiée à la vision américaine du classicisme ») et voilà qu’une note laconique explique qu’en plus de s’être auto programmé à deux reprises dans sa future saison annoncée quelques jours après sa démission, Benji 1001PATTES annule sa création  prévue en juillet 2017 pour des raisons de logistique … Il est vrai qu’à l’heure où twitter diffuse l’inutile avec une célérité qu’Einstein aurait du mal à rapprocher de celle de la lumière et à une époque où aucun pseudo créateur faisant le buzz ne conçoit sa vie sans jet lag on comprend tout à fait que l’ancien directeur de l’Opéra de Paris ne puisse quitter Los Angeles pour dégager du temps de travail à Paris autour du grand ballet qu’il avait prévu d’y donner avec le plasticien Philippe Parreno … Quand il est sur place il n’a pas le temps de créer et veut partir, quand il est parti il n’a plus le temps de revenir créer … mon Dieu que tout cela est compliqué !! nul doute que la direction de l’Opéra n’est pas non plus très claire dans cette annulation mais ce jeu de chaises anti musicales est lassant pour le public qui se voit balloté de programmations discutables en rebondissements médiatiques dignes de la presse people.

Remplacer la création (qui aura lieu affirme Benji, mais surement pas à Paris) par une entrée au répertoire d’un ballet de Anna Teresa de Keersmaecker est la cerise sur le gâteau,  le pompon du Mickey … bref la dernière aberration qu’il manquait pour clore la future saison. Déjà programmée dans une création de l’opéra Cosi fan Tutte n’y avait-il pas mieux à faire que de doubler encore un chorégraphe dans une saison qui semble faite pour un bègue tellement le programme semble déjà tourner en boucle : Forsythe, Balanchine, Forsythe, Balanchine, (et je passe sur le programme de l’école de danse : Forsythe, Balanchine !) … autant dire que non cette annulation ne me plait pas et que non le choix fait en substitution ne me plait pas non plus !

et sinon irez vous voir la compagnie de Benji au théâtre des Champs Elysées  à la rentrée 2016 , tant qu’il sera encore à Paris ?! attendez vous en tout cas à frôler l’indigestion médiatique à ce moment là … mais d’ici là foutez lui la paix , laissez le partir et laissez nous tranquilles !

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Benjamin Millepied, lors de la conférence de Stéphane Lissner à l’ Opéra Garnier, le 4 février Photo Albert Facelly pour Libération

Nocturnes – Estro : Malandain Ballet Biarritz

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Nocturnes, 

La musique de Chopin, que ce soit dans les Nocturnes ou d’autres pages, a toujours cette mélancolie particulière qui m’a longtemps agacé (parce que je la trouvais mièvre) et à laquelle je suis de plus en plus sensible … il est peut être question d’âge !! et on ne peut nier qu’elle fait son petit effet quand le rideau s’ouvre sur un chemin de lumière allant de cour à jardin sur lequel va défiler la vingtaine de danseurs de la pièce au fil de différentes compositions :  duo, trio etc … L’idée du chorégraphe est d’évoquer les danses macabres du moyen âge et il aurait été facile de tomber avec cette musique dans des travers morbides et auto destructeurs. Lire la suite « Nocturnes – Estro : Malandain Ballet Biarritz »

Iolanta/Casse Noisette (2) : la seconde perd sa virginité

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Tempête dans un verre d’eau …

Nous avons donc laissé la première partie de notre marathon russe (enfin deuxième si l’on s’en tient au découpage habile de la soirée : premier entracte au milieu de Iolanta, fin de Iolanta début du ballet avant un nouvel entracte avant la fin du ballet) sur un effet travelling arrière nous installant dans le salon d’une famille bourgeoise moscovite pour l’anniversaire de Marie. Les parents et amis qui avaient participé au petit spectacle retirent leurs costumes et parmi eux le jeune acteur qui incarnait Vaudemont, reconnaissable à sa tignasse rousse, détail peu flatteur mais qui a l’avantage d’aider le spectateur à faire le fil rouge entre les deux oeuvres. Marie le cherche du regard, lui aussi … de manière assez empotée il faut bien le dire … mais les roux sont souvent un peu niais il faut bien le dire aussi (je plaisante vous emballez pas les poils de carotte) … et autour la fête bat son plein. Lire la suite « Iolanta/Casse Noisette (2) : la seconde perd sa virginité »

Iolanta/Casse Noisette (1): la première voit le loup …

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Faut il obligatoirement faire semblant de se masturber le cerveau ?

L’association de ces deux oeuvres, initialement créées lors d’une même soirée et tout aussi rapidement dissociées (mais on ne va pas revenir sur le flot médiatique d’encre musicologique nous ayant expliqué cela en long, en large et en travers), avait de quoi surprendre lors du lancement de la saison et faisait augurer un marathon Tchaikovsky aussi délicieusement indigeste que l’abus de pavlolva au café Pouchkine. Casse Noisette c’est déjà un peu long alors se taper un opéra, même en un acte, avant … cela nécessitait un entrainement digne des plus grands wagnériens pour assurer sur la durée (bouteille d’eau, couverture de survie, barre de céréales et huile de phoque). L’idée était de formaliser un lien entre les forces vives de la grande boutique : l’art lyrique et la danse … On aurait pu rêver quitte à vouloir associer chant et danse d’une production d’un grand opéra français qui intégrait jadis tout çà,  un beau Meyerbeer par exemple mais cela n’aurait plus été dans la ligne de la maison. Alors va pour opéra + ballet russe … Là où l’angoisse est montée d’un cran c’est quand Dmitri Tcherniakov a été annoncé comme maitre d’oeuvre devant chapeauter la mise en scène de l’opéra et cimenter des fragments chorégraphiques de 5 (finalement 3) créateurs disparates. De l’angoisse il en fut question rapidement quand l’Opéra a commencé à twitter, facebooker, instagrammer, jacasser et brasser de l’air en annonçant qu’il n’y aurait pas de risque de crise de foie avec un Casse Noisette acidulé et dégoulinant de guimauve,  celui ci serait axé sur « l’angoisse et la perte » …  Lire la suite « Iolanta/Casse Noisette (1): la première voit le loup … »

La Reine Morte (2) : un total contrepied

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C’est de l’avant avant dernier rang du théâtre que j’ai revu La Reine Morte de Kader Belarbi  et franchement cela change pas mal de choses … me voila déjà rassuré, la compagnie a encore des pieds (vu du parterre après réaménagement de la scène les jambes étaient coupées à mi mollet !). L’impression d’écrasement du fait de la scène aplatie s’estompe vu d’en haut ce qui donne au bal du premier acte une ampleur plus intéressante .

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La Reine Morte : la bouffée d’oxygène capitoline

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Le grand ballet narratif n’est pas mort

Kader Belarbi, (ancien) danseur étoile de l’Opéra de Paris dirige depuis 2012 le Ballet du Capitole de Toulouse et insuffle à cette compagnie une certaine vitalité en leur concoctant des saisons qui, vues de la région bordelaise,  semblent se caractériser par leur diversité. Kader Belarbi, pour qui « l’abstraction n’existe pas » continue de défendre un répertoire que certains pro-américains auraient rapidement faits d’enterrer ou de reléguer au musée des belles choses d’une époque révolue  : le grand ballet classique et narratif.
Il y a, à l’heure actuelle,  en France peu de compagnies qui peuvent se permettre d’une part de monter ce genre d’oeuvre et d’autre part d’entretenir ce répertoire et de le faire évoluer. Le Ballet de Bordeaux à l’arrivée de Charles Jude avait entrepris de relancer loin des scènes parisiennes la diffusion des grands ballets du répertoire ( Giselle, la Belle, le Lac, Casse Noisette -oui il commence à nous les casser-Copelia…) mais depuis quelques années cette vague de (re)création s’essouffle et il semble de bonne augure de voir s’établir des prises de contact, des échanges de scènes ou de productions entre le Ballet du Capitole, celui de l’Opéra de Bordeaux et le Mallandain Ballet Biarritz qui sont les trois compagnies phare du grand Sud Ouest.  Lire la suite « La Reine Morte : la bouffée d’oxygène capitoline »