Chère Elena Sergueievna

Comment créer une psychose « adophobe » en milieu bourgeois vieillissant

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C’est le défi que semble s’être lancé la direction artistique de la saison culturelle d’Arcachon en programmant dans cette paisible station balnéaire, née des wagons de notables tuberculeux venant y soigner leur phtisie mondaine. Le public plutôt jeune sur des évènements théâtraux plus « culturellement corrects » (on attend des bus entiers pour les Fourberies de Scapin à venir dans les prochains mois) avait un peu déserté l’endroit (lisez « n’avait pas été amené ») et c’est un reflet assez caricatural de la population de la petite Deauville qui remplissait la salle :  de la pelisse en vison, du vieux beau venant de garer son bateau, de la bourgeoise étroite d’esprit et d’orifice anal et du patriarche à la rigueur militaire et à l’ouverture d’esprit aussi large que celle d’une coquille  St Jacques en pleine tempête dans la baie de St Brieux … le sujet de la pièce de Ludmilla RAZOUMOVSKAIA allait un peu plomber l’ambiance « accolades polies et sourire POLIDENT du balcon »


Ecrite à la fin des années 70 dans une URSS encore pas très à l’aise avec la liberté de parole, la pièce met en scène 4 étudiants venant de passer leurs examens, ou plus exactement de les rater, se présentant un soir chez Elena Sergueievna leur professeur de mathématiques pour lui souhaiter son anniversaire … enfin presque ! pour récupérer la clef du coffre où sont rangées leur copies avant correction, afin de les reprendre, les corriger et avoir ainsi la note finale qui leur ouvrira les portes de la brillante carrière à laquelle leur lignée aristocratique les destinerait s’ils n’étaient pas des cancres.

La-piece-Chere-Elena-creee-Tallinn-Estonie-1981_0_730_364La pièce sera interdite par le régime deux ans après sa création … et pour cause ..; on est loin de la glorification de la société soviétique dont les élites engendrent pourtant des monstres : les charmants bambins vont en effet séquestrer, violenter, menacer la pauvre professeur au début émue de leur gentille attention puis rapidement terrifiée par leurs actes dont la violence va crescendo allant du chantage moral (le transfert de sa mère malade dans une prestigieuse clinique et vouée à une mort certaine dans son hôpital public),  des menaces physiques au saccages de l’appartement pour se terminer par le viol de l’une des élèves par un garçons du terrifiant quatuor. Face à ce débordement de violence, Elena tente de lutter aves ses croyances humanistes, justes et bonnes mais qui paraissent en regard des monstres qu’elle doit affronter bien mièvres et inadaptées. Ce genre de négociation est dépassé quand on est face à des gens qui n’en ont plus de morale.

Un huis clos qui s’enlise

Coincée dans un espace délimitant plusieurs pièces de l’appartement d’Eléna, la mise en scène de Didier Long exploite au maximum les ressorts de ce huis clos dont le texte est cependant un peu répétitif : les arguments de l’otage reposant principalement sur la bonté d’âme, l’humanité, les valeurs du travail et de l’honnêteté donnent au personnage d’Elena un côté d’abord touchant et rapidement ennuyeux. Il faut dire que le discours des trois garçons et de la jeune fille sont franchement imparables et que leur stratégie pour arriver à leurs fins (avoir la clef) est plutôt bien échafaudée : un charmeur, un philosophe et bel orateur invoquant Dostoievski et la fin de Dieu, une fille dont le matérialisme arrogant est sûrement le plus proche de la réalité de la jeunesse actuelle et la brutalité physique d’un alcoolique pour qui la vie n’a de saveur que dans les morsures de la vodka …  Face à ce scénario, on ne peut que penser à Funny Games de Mickael Haneke … avec les limites d’une scène par rapport à un grand écran de cinéma mais Didier Long réussit assez bien à rendre angoissante cette montée de violence sans échappatoire possible et à laisser planer un certain suspens.

Myriam  Boyer incarne avec talent la « chère » Elena lui rendant toute sa douceur, sa gentillesse, sa compassion mais hélas aussi sa totale inadaptation à cette situation de crise. Du côté des ados, les jeunes acteurs au débit parfois un peu brouillon peinent sur la durée à maintenir une tension constante et à rattraper certaines faiblesses du texte. Gauthier Battoue est surement le plus convaincant de tous dans le rôle de Pacha qui mène un peu la prise d’otage et manipule tout le monde.

bref ,

une pièce sombre, dure et violente malgré son titre enjôleur  et mettant à mal toute l’idéologie humaniste d’une société si déconnectée de ses problèmes qu’elle ne cherche même pas à la résoudre …
Mon voisin, 75 ans à vue de nez, ressort outré en disant à sa femme que c’est bien assez de voir comment les jeunes sont des sauvages aux informations sans avoir à supporter çà au théâtre … « les jeunes ils sont comme çà de nos jours, prêts à te tuer pour passer devant toi à la boulangerie ou avoir ta place dans le bus »

En sortant, je relève la capuche de mon sweat … créant un vent de panique sur le parvis du théâtre

Chère Elena – Théatre Olympia Arcachon – 18 Février 2016

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