Surréaliste voyage

La plus inattendue des rencontres musicales

Comment en plein mois de février, par une noire et tempêtueuse soirée, trois talentueux musiciens baroques peuvent-ils se retrouver, dans une salle des fêtes devant un parterre attentif de 30/40 personnes dont quelques enfants (fait assez rare pour être signalé) ? surement grâce à la passion dont ils feront preuve durant tout le concert ; celle la même qui durant les dernières 24 Heures avait conduit ces membres de l’Ensemble Baroque Atlantique dans les lycées et écoles primaires du secteur pour sensibiliser leur futur public à la musique qu’ils défendent et pour montrer que l’on peut être jeune et jouer d’un instrument aussi étrange que le clavecin ou la viole de gambe. Pour montrer aussi que des compositeurs dont le seul nom aurait tendance faire fuir tant ils évoquent l’ennui, peuvent être aussi bouleversant que la dernière ballade en vogue sur Deezer. 

Comment en plein mois de février, par une noire et tempêtueuse soirée, je me suis retrouvé avec 30/40 personnes dans une salle des fêtes devant trois musiciens baroques ? Par le plus grand des hasards et la plus étonnante des rencontres car la publicité pour cet évènement a été totalement absente …par une certaine passion aussi,  pour les choses du passé, moi qui suis persuadé que le clavecin (un peu moins fan de la viole de gambe) est un instrument capable de véhiculer de belles émotions et que les noms de Bach ou Buxtehude n’ont rien d’effrayants ni de soporifiques loin de là 

Un beau et riche voyage de Leipzig à Hambourg 

Le programme du concert proposait de nous faire traverser une bonne partie de l’Allemagne de la fin du XVII ème/début du XVIII ème siècle à travers trois compositeurs : BUXTEHUDE, BACH et ERLEBACH. Ce programme aura eu pour intérêt majeur de me faire découvrir la musique instrumentale de Buxtehude dont je ne connaissais que la riche et imposante composition pour orgue. A travers deux sonates (III en sol mineur et VI en ré mineur), j’ai découvert une musique beaucoup moins pompeuse et impressionnante et un visage beaucoup moins austère du compositeur dont on ressent toutefois la propension à une écriture virtuose se sent dans les lignes mélodiques accordées au violon. Une autre découverte fut celle de Erlebach, compositeur dont j’ignorais totalement le nom. Sa musique est sûrement moins profonde que celle de Bach dont la sonate pour violon marquait le milieu du voyage notamment de son superbe Adagio qui sera repris en bis à l’arrivée au terme de ce périple musical, mais il a l’avantage de montrer les influences métissées dont nous parlait Guillaume Rebinguet Sudre (violoniste) en début de concert. On ressent dans le dialogue soutenu entre le violon et la viole tout le bouillonnement de l’opéra italien et c’est tout d’un coup des scènes d’opéra napolitain auxquelles on assiste en pleine Germanie ; l’influence française n’est pas loin non plus avec plus de rigueur, de structure mais tout autant de sensibilité glissée au détour de quelques notes par le clavecin entre une riposte du violon à la harangue gouailleuse de la viole avant de finir dans une farandole sur des accords tout à fait propre à un bal populaire. Peut être pas la musique la plus inoubliable et la plus bouleversante, mais en tout cas réellement prenante et passionnante à découvrir. Un très beau voyage dans lequel on se laisse emporter oubliant le cadre, oubliant le mauvais temps dehors …

Les interprètes sont particulièrement investis dans leur passion : sur scène d’abord, en marge du concert ensuite par une introduction pédagogique sur le programme, une présentation au public des instruments, copies conformes d’instruments d’époque, utilisés lors du concert, puis à l’issue de la représentation où l’on apprend que le meneur de la soirée est aussi constructeur du clavecin joué ce soir. Guillaume Rebinguet Sudre (violon) est aussi bavard avec son instrument et aussi à l’aise dans les vocalises des sonates interprétées ce soir que dans des pages plus délicates et nostalgiques,  que pour défendre à l’oral ce répertoire et la nécessité de faire vivre ces instruments . Julien Léonard (viole de gambe) fait sonner son instrument avec virilité et son jeu donne beaucoup de profondeur et apporte un niveau de basse qui compense un son peut être un peu étouffé et écourté par la salle qui n’est pas destinée à ce genre de manifestation. Jean Luc Ho souligne avec finesse au clavecin la ligne mélodique de toutes ces sonates. A l’entracte il interprète seul une passacaille de Couperin en y apportant un souffle et des contours variés, parfois surprenants dans leur force quasi pianistique, et en ce sens une certaine modernité (même si le mot est moche l’intention de l’instrumentiste est, elle, très belle …) et je vous invite à aller l’écouter dans les partitas de Bach ou à l’orgue puisqu’il passe d’un clavier à l’autre.

bref, 

des artistes de haut niveau, perdus dans la campagne malgré des concerts dans des salles de concert et des ensembles prestigieux (Hervé Niquet, Raphael Pichon, Marc Minkowski pour citer les plus emblématiques) par passion pour leur art … c’était beau !

Ensemble Baroque Atlantique – Salle des fêtes de Sanguinet (40)  

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